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Atlas Culinaire · Maurice · Afrique
La star du gajak mauricien : un petit triangle de feuille fine frit jusqu'au croustillant, garni d'une purée de pomme de terre et petits pois parfumée au cumin, au curcuma et aux feuilles de cari — le snack de quatre-heures qu'on croque au coin de la rue, brûlant, avec un trait de piment.
Avant d'être mauricien, le samoussa a traversé la moitié du monde. Né dans la Perse médiévale sous le nom de sanbosag — l'historien Beyhaghi le mentionne dès le XIe siècle —, le petit triangle farci gagne le sous-continent indien au XIIIe ou XIVe siècle dans les bagages des marchands d'Asie centrale ; vers 1300, le poète Amir Khusrau décrit déjà les nobles de Delhi croquant des samoussas à la viande et au ghee. C'est l'Inde qui l'habille en végétarien : pomme de terre écrasée, petits pois, épices épanouies dans l'huile chaude. Et c'est cette version-là qui débarque à Maurice au XIXe siècle, avec les engagés indiens arrivés par l'Aapravasi Ghat de Port-Louis à partir de 1834. L'île l'a adopté et affiné, au sens propre : le samoussa mauricien est fin, presque plat, feuille croustillante tendue sur une garniture jaune d'or au curcuma, relevée de cumin, de masala et de caripoulé (feuilles de cari). Il règne sur le gajak, cette culture très mauricienne des fritures d'apéritif et de quatre-heures qu'on partage avec gato pima et baja, à l'heure du thé, aux foires, aux mariages. À l'étal de rue, on vous le tend dans un cornet de papier, brûlant, avec une pointe de piment : la feuille craque, la vapeur parfumée s'échappe, et vous comprenez pourquoi mille ans de voyage se terminent si bien au coin d'une rue de Port-Louis.
Le samoussa mauricien nourrit deux débats de quartier.
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Épluchez et coupez les pommes de terre en cubes, cuisez-les à l'eau bouillante salée (ou 10 minutes à la vapeur) jusqu'à ce qu'elles soient tendres sans partir en bouillie, puis égouttez-les. Dans une poêle, faites revenir oignon, ail et gingembre dans l'huile, ajoutez cumin, curcuma, masala, feuilles de cari (caripoulé) et piment, et laissez les épices s'épanouir une minute dans l'huile chaude. Ajoutez les petits pois avec un filet d'eau, cuisez 2 à 3 minutes, puis incorporez les pommes de terre et écrasez grossièrement à la fourchette. Goûtez, salez, parsemez de coriandre (cotomili) et de cive.
Le pourquoiLes arômes du cumin, du curcuma et du masala sont liposolubles : ils ne se libèrent pleinement qu'au contact de l'huile chaude, pas dans l'eau de cuisson. Et une garniture sèche est la condition d'une feuille qui reste croustillante.
Étalez la garniture sur une assiette et laissez-la refroidir totalement avant de garnir, au moins jusqu'à tiède-froide. Profitez de cette pause pour préparer la colle farine-eau et couper les feuilles de brick en bandes régulières.
Le pourquoiUne farce chaude dégage de la vapeur qui détrempe la feuille de l'intérieur : le samoussa ressort mou et gras de la friture au lieu de croustiller net. Froide, la garniture se manipule aussi mieux et se tasse sans déchirer la feuille.
Coupez chaque feuille de brick en bandes (2 à 3 par feuille selon la taille). Déposez une cuillère de garniture à l'extrémité d'une bande, repliez ce coin pour former un premier triangle, puis rabattez le triangle sur lui-même tout le long de la bande en gardant la forme à chaque pli : c'est le pliage drapeau classique. Scellez le dernier rabat avec un peu de colle farine-eau (ou de blanc d'œuf).
Le pourquoiLe pliage drapeau superpose plusieurs épaisseurs de feuille : à la friture, elles croustillent en strates. Et un triangle bien scellé ne s'ouvre pas dans l'huile — une fuite de garniture fait mousser le bain et graisse tout le lot.
Chauffez l'huile à 170-180 °C. Plongez les samoussas par petites fournées, sans surcharger le bain, et faites frire 2 à 3 minutes en retournant à mi-cuisson, jusqu'à un doré uniforme. Retirez à l'écumoire et égouttez sur du papier absorbant.
Le pourquoiÀ bonne température, l'eau de surface se vaporise plus vite que l'huile ne pénètre : la feuille croustille sans devenir grasse. Trop de samoussas d'un coup font chuter la température, et ils boivent l'huile.
Servez les samoussas chauds et croustillants, accompagnés d'un chutney coco-coriandre frais et d'une pâte de piment écrasée. À l'étal de rue, on les prend dans un cornet de papier, brûlants, à croquer en marchant ; présentés en assortiment avec gato pima et baja, ils composent un plateau gajak complet.
Le pourquoiLe croustillant d'une feuille frite est éphémère : l'humidité de la garniture le regagne en moins d'une heure. Brûlant, le contraste entre la feuille qui craque et la purée épicée fondante est à son maximum.
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Le même triangle frit débarqué avec l'engagisme indien sur l'île sœur : à La Réunion comme à Maurice, feuille fine, garniture épicée et friture minute — deux drapeaux, un seul geste.
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Voir la recette →L'ancêtre direct : le samosa végétarien indien à la pomme de terre et aux petits pois, arrivé du sanbosag persan au XIIIe-XIVe siècle, que les engagés indiens ont emporté vers Maurice — la version mauricienne s'en distingue par sa feuille plus fine et son triangle plat.
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