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Atlas Culinaire · Maurice · Héritage franco-mauricien
Le canard dorĂ© dans sa propre graisse puis mijotĂ© sur la tomate et le thym, les olives jetĂ©es en fin de cuisson pour trancher la richesse de la sauce â un dimanche franco-crĂ©ole des Mascareignes
Le canard aux olives appartient au vieux rĂ©pertoire français : un mijotĂ© bourgeois oĂč l'amertume saline de l'olive vient dĂ©graisser, en bouche, la richesse d'une volaille grasse. ArrivĂ© aux Mascareignes avec la colonisation française, il y a Ă©tĂ© rĂ©interprĂ©tĂ© Ă la maniĂšre crĂ©ole : le canard dĂ©coupĂ© est dorĂ© Ă feu vif dans sa propre graisse, puis mijote longuement sur la base qui signe toutes les grandes sauces de l'Ăźle â oignon fondu, ail pilĂ©, pomme d'amour (tomate) rĂ©duite, thym, parfois un piment entier qui parfume sans brĂ»ler. Les olives, produit d'Ă©picerie dans une Ăźle oĂč l'olivier ne pousse pas, entrent en fin de cuisson : c'est ce qui fait de ce plat un plat habillĂ©, celui du dĂ©jeuner du dimanche ou des grandes tablĂ©es familiales, cousin du salmi et de la daube dans la famille des mijotĂ©s franco-crĂ©oles de Maurice. On le sert comme il se doit : sur un riz blanc fumant qui boit la sauce nappante, avec des lĂ©gumes vapeur, et l'on comprend au premier coup de fourchette pourquoi les familles le rĂ©servent aux beaux jours du calendrier.
La vraie ligne de partage, Ă Maurice, passe entre le canard aux olives et le salmi : pour beaucoup de familles, un canard qui mijote va d'abord au salmi, montĂ© sur le vin rouge et les Ă©pices entiĂšres (cannelle, girofle), et la version aux olives est perçue comme la cousine plus française du mĂȘme geste.
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Piquez les morceaux de canard Ă la fourchette. Dans un grand saladier, mĂ©langez-les avec le vin rouge, le thym, du sel et du poivre. Couvrez et laissez mariner 2 heures au rĂ©frigĂ©rateur. Ăgouttez et Ă©pongez soigneusement les morceaux avant cuisson. RĂ©servez la marinade.
Le pourquoiL'acidité du vin attendrit la chair et tempÚre le goût musqué d'un canard fermier, tout en préparant le fond de la future sauce.
Dans une grande cocotte, chauffez l'huile Ă feu vif. Faites dorer les morceaux de canard sur toutes leurs faces, par fournĂ©es si nĂ©cessaire, 8 Ă 10 minutes au total : ils doivent ĂȘtre bien colorĂ©s. Retirez-les et rĂ©servez. Ăliminez les deux tiers de la graisse rendue dans la cocotte.
Le pourquoiLa croûte dorée, c'est la réaction de Maillard : elle fabrique les sucs caramélisés qui donneront toute sa profondeur à la sauce, et le canard rend au passage sa graisse.
Dans la mĂȘme cocotte, avec la graisse restante, faites revenir les oignons Ă feu moyen 5 minutes. Ajoutez l'ail, le laurier, le thym et le piment, remuez 2 minutes. Ajoutez les tomates concassĂ©es et la pĂąte de tomate, puis laissez cuire 8 minutes jusqu'Ă obtenir une sauce rĂ©duite.
Le pourquoiC'est la base de toutes les grandes sauces créoles : la tomate réduite dans la graisse du canard fait le corps du plat et récupÚre les sucs du dorage.
Remettez les morceaux de canard dans la cocotte. Ajoutez la marinade rĂ©servĂ©e, ou 150 ml d'eau si vous n'avez pas marinĂ©. Les morceaux doivent ĂȘtre Ă moitiĂ© immergĂ©s dans la sauce. Portez Ă frĂ©missement, couvrez et laissez mijoter 45 minutes Ă feu doux : le canard doit devenir tendre sans se dĂ©tacher de l'os.
Le pourquoià petit frémissement, le collagÚne du canard fond lentement et la chair confit dans la sauce au lieu de se raidir.
Rincez les olives Ă l'eau froide, surtout si elles sont trĂšs salĂ©es, puis ajoutez-les dans la cocotte et mĂ©langez dĂ©licatement. Ătez le couvercle et laissez mijoter encore 30 minutes Ă feu doux-moyen : la sauce doit rĂ©duire et napper le canard, les olives rester tendres sans devenir molles.
Le pourquoiAjoutées tard, les olives parfument la sauce sans la saturer de sel ni d'amertume ; à découvert, l'évaporation concentre le tout jusqu'à la texture nappante.
Retirez la cocotte du feu. Penchez-la légÚrement et écumez avec une grande cuillÚre la graisse qui remonte en surface. Rectifiez l'assaisonnement en sel et poivre, retirez le piment et les branches de thym. Servez dans la cocotte, avec un riz blanc vapeur et des légumes vapeur.
Le pourquoiLe canard rend beaucoup de graisse au mijotage : l'écumer rend la sauce brillante, franche en bouche et bien plus digeste.
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MĂȘme geste fondateur : la volaille dĂ©coupĂ©e, dorĂ©e Ă feu vif puis mijotĂ©e dans la base crĂ©ole oignon-ail-tomate, servie sur riz blanc. Le fricassĂ© est le quotidien, le canard aux olives le dimanche.
Voir la recette âCousineMĂȘme grammaire de la daube mauricienne : volaille mijotĂ©e sur tomate, thym et cannelle, sans curcuma â la famille française crĂ©olisĂ©e, Ă l'opposĂ© du cari jaune-or. Le canard aux olives en est la version habillĂ©e des beaux dimanches.
Voir la recette âCousineMĂȘme famille des grands mijotĂ©s franco-crĂ©oles du dimanche Ă Maurice : viande dorĂ©e puis longuement mijotĂ©e au vin rouge sur base tomate-oignon-thym. Ă Maurice, salmi et civet sont interchangeables, et le canard passe d'ailleurs souvent au salmi plutĂŽt qu'aux olives.
Voir la recette âCousineLe mĂȘme canard fermier mijotĂ© sur l'Ăźle sĆur, mais dans l'autre grammaire : Ă La RĂ©union il monte volontiers en cari au curcuma et au massalĂ©, quand la version mauricienne aux olives reste fidĂšle au registre franco-crĂ©ole tomate-thym.
Voir la recette âCousineLe grand plat de canard mijotĂ© des tables de fĂȘte mauriciennes : mĂȘme oiseau, mĂȘme statut de plat du dimanche et des grandes occasions dans l'archipel, avec un habillage franco-crĂ©ole (olives, sauce liĂ©e) lĂ oĂč Madagascar assĂšche la sauce au poivre vert.
Voir la recette âSourcer ou se taire
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