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Atlas Culinaire · Madagascar · Afrique
Le canard doré puis mijoté à feu très doux jusqu'à ce que l'eau disparaisse : ail, gingembre et poivre vert pilés, une sauce qui accroche aux morceaux — un laoka de fête des Hautes-Terres, cité parmi les sept plats royaux merina
Ritra, en malgache, veut dire « réduit à sec ». C'est moins un plat qu'un geste : on dore la viande, on la couvre d'un peu d'eau avec des aromates pilés, puis on laisse le feu très doux faire son œuvre jusqu'à ce que le liquide ait entièrement disparu et que les sucs concentrés enrobent chaque morceau d'un vernis brun. On dit hen'omby ritra pour le zébu, akoho ritra pour le poulet, gisa ritra pour l'oie — et gana ritra quand c'est le canard qui passe à la cocotte. Le blog Karibo Sakafo, tenu par une cuisinière de la diaspora, précise d'ailleurs que la recette se faisait « normalement avec de l'oie » : le canard, plus courant dans les basses-cours d'aujourd'hui, a pris la place sans changer le geste.\n\nC'est un plat de fête des Hautes-Terres, de ceux qu'on ne prépare pas un soir de semaine : un canard entier, deux bonnes heures de cuisson, une attention de tous les instants sur la fin. Le répertoire du ritra plonge ses racines dans la cuisine d'apparat de la monarchie merina : le blog malgache Aty Aminay range le gana ritra parmi les hanim-pitoloha, les sept plats royaux servis lors des grandes cérémonies du royaume, aux côtés du varanga, du romazava et du hen'omby ritra — des plats qui se retrouvent encore aujourd'hui sur les tables des mariages, des retrouvailles familiales et des dimanches qui comptent.\n\nLa version attestée est d'une sobriété royale, justement : ail, gingembre frais et poivre pilés ensemble au mortier, oignons fondus, et des grappes de poivre vert entières qui infusent dans le bouillon pendant que le canard s'attendrit. Pas de lait de coco ici — on est sur les plateaux, pas sur la côte — et la tomate, quand elle apparaît, reste une variante familiale, pas le cœur du plat. Le gana ritra se mange comme tout laoka : sur une montagne de vary fumant, avec un lasary voatabia (tomate crue, oignon, un trait de sakay) dont l'acidité fraîche tranche le gras concentré du canard, et un verre de ranovola tiré de la croûte de riz de la marmite.
Deux débats honnêtes traversent ce plat.
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Découpez le canard en 8 morceaux. Au mortier, pilez ensemble l'ail, le gingembre frais, une partie du poivre (dont une grappe de poivre vert si vous en avez) et le sel jusqu'à obtenir une pâte grossière. Frottez généreusement chaque morceau de canard avec la moitié de cette pâte et laissez reposer 30 minutes à température ambiante (ou jusqu'à une nuit au frais si vous vous y prenez d'avance). Réservez l'autre moitié de la pâte pour la cuisson.
Le pourquoiLe pilage au mortier écrase les fibres du gingembre et libère les huiles de l'ail bien mieux qu'un hachage : c'est cette pâte, et non une marinade complexe, qui signe le goût du ritra.
Faites chauffer un filet d'huile dans une cocotte à fond épais, à feu vif. Dorez les morceaux de canard sur toutes les faces, 4 à 5 minutes par face, jusqu'à une coloration brune profonde, en travaillant en deux fournées si nécessaire. Réservez les morceaux, puis videz l'excès de gras rendu en ne gardant qu'une cuillerée au fond de la cocotte.
Le pourquoiLa croûte dorée (réaction de Maillard) fabrique les sucs qui feront toute la profondeur de la sauce finale ; et le canard rend beaucoup de graisse qu'il faut retirer maintenant, sinon la réduction à sec finira huileuse au lieu de laquée.
Dans la même cocotte, faites revenir les oignons émincés à feu moyen 3 à 4 minutes, jusqu'à ce qu'ils soient translucides, en grattant les sucs de la saisie. Ajoutez le reste de la pâte pilée ail-gingembre-poivre et faites-la revenir une minute en remuant, juste le temps qu'elle embaume. Si votre famille aime la version à la tomate, c'est ici qu'on ajoute une ou deux tomates concassées, mais la recette des Hautes-Terres s'en passe.
Le pourquoiL'oignon fondu apporte le sucre et le liant de la future sauce courte, et le passage rapide de la pâte pilée dans le gras chaud réveille ses arômes sans les brûler.
Remettez les morceaux de canard dans la cocotte avec le jus qu'ils ont rendu. Déposez la seconde grappe de poivre vert entière, versez environ 40 cl d'eau, portez à frémissement, puis couvrez et laissez mijoter à feu très doux 1 h 30 à 2 h selon la taille et l'âge de l'animal. Surveillez de temps en temps et rajoutez un peu d'eau seulement si le fond menace de sécher avant que la viande soit tendre.
Le pourquoiLa cuisson longue à petit frémissement transforme le collagène du canard en gélatine — c'est elle qui donnera à la sauce réduite son pouvoir d'enrobage — pendant que la grappe de poivre vert infuse doucement sans agressivité.
Ôtez le couvercle, montez légèrement le feu et laissez la sauce réduire jusqu'à une consistance presque sèche qui enrobe les morceaux, en les retournant délicatement toutes les deux minutes. C'est ce geste qui fait le ritra et le distingue d'un simple mijoté. Si vous jouez la version moderne au voatsiperifery, concassez les baies et ajoutez-les hors du feu, tout à la fin.
Le pourquoiQuand l'eau est partie, il ne reste que les sucs concentrés, la gélatine et le gras du canard : ensemble ils forment ce vernis brun qui « confit à sec » la viande, signature du plat.
Pendant la réduction, cuisez le riz par absorption : rincez-le à l'eau froide jusqu'à ce que l'eau soit claire, couvrez d'une fois et demie son volume d'eau, portez à ébullition, puis couvrez et laissez cuire à feu très doux 18 à 20 minutes. Laissez reposer 5 minutes couvercle fermé avant de servir.
Le pourquoiÀ Madagascar, le riz n'accompagne pas le plat : c'est le plat — vary sy laoka. Un laoka aussi concentré que le ritra appelle un riz blanc neutre, cuit nature, qui reçoit et prolonge la sauce.
Dressez une belle portion de riz blanc, posez dessus les morceaux de canard laqués de leur sauce réduite, et servez à part un lasary voatabia ou rougail de tomate crue (tomate, oignon finement émincé, un peu de gingembre et de sakay selon les convives). Accompagnez de ranovola, et de betsabetsa ou de toaka gasy pour les grandes occasions.
Le pourquoiL'acidité et la fraîcheur de la tomate crue tranchent le gras concentré du canard : ce contrepoint cru-cuit est la respiration classique du repas malgache.
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Le grand plat de canard mijoté des tables de fête mauriciennes : même oiseau, même statut de plat du dimanche et des grandes occasions dans l'archipel, avec un habillage franco-créole (olives, sauce liée) là où Madagascar assèche la sauce au poivre vert.
Voir la recette →CousineSur l'île sœur, le canard mijote aussi en morceaux dans une base oignon-ail-gingembre, mais le cari réunionnais garde tomate et curcuma et reste en sauce, là où le ritra malgache pousse la réduction jusqu'à sec. Deux traitements créoles du même oiseau de basse-cour de l'océan Indien.
Voir la recette →CousineAutre plat d'apparat des Hautes-Terres cité parmi les hanim-pitoloha : le zébu y est aussi cuit très longuement jusqu'à l'évaporation du liquide, puis effiloché et doré — une logique de concentration à sec parente de celle du ritra.
Voir la recette →CousineLe poulet au gingembre partage le cœur aromatique du gana ritra — gingembre pilé avec l'ail, oignons fondus — dans un registre plus quotidien : le canard réduit à sec est la version de fête, le poulet au gingembre celle des jours ordinaires.
Voir la recette →VarianteMême geste exactement — dorer, mijoter, réduire jusqu'à sec — appliqué au zébu au lieu du canard. Les deux plats figurent côte à côte dans les listes des hanim-pitoloha, les sept plats royaux merina, et se déclinent aussi en akoho ritra (poulet) et gisa ritra (oie).
Voir la recette →Sourcer ou se taire
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