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Atlas Culinaire · Maurice · Héritage franco-mauricien
Le gibier des campements â cerf de Java marinĂ© aux Ă©pices, mijotĂ© Ă la cannelle, au girofle et Ă la tomate, et une sauce qu'on rĂ©duit, jamais qu'on lie.
Le cerf n'a jamais Ă©tĂ© chez lui Ă Maurice. Il y a Ă©tĂ© amenĂ© en 1639 par Adrian Van der Stel, gouverneur hollandais, qui fit venir des bĂȘtes de l'Ăźle de Java pour les Ă©lever en enclos. L'espĂšce est le cerf rusa, Rusa timorensis. L'enclos s'est brisĂ©, les cerfs ont gagnĂ© les forĂȘts, et ils ne les ont plus quittĂ©es. Quatre siĂšcles plus tard, faute du moindre prĂ©dateur, ils sont devenus le grand gibier de l'Ăźle, et ce plat est leur destination la plus attendue.
Commençons par une correction que cette page se devait Ă elle-mĂȘme.
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Dans un grand plat creux, réunissez le vin rouge, les oignons émincés, l'ail, le gingembre, les bùtons de cannelle, les clous de girofle, le thym, le caripoulé, les piments secs et le poivre en grains. Plongez-y les cubes de cerf et retournez-les pour les enrober.
Le pourquoiLes épices entiÚres et non moulues sont la marque du salmi mauricien : elles infusent lentement dans le vin sans troubler la sauce ni la charger d'amertume. La cannelle et le girofle ne sont pas un soupçon décoratif, ce sont les deux voix maßtresses du plat. [Cuizine Maurice, « Deer Salmi » : trois bùtons de cannelle et huit clous de girofle]
Couvrez et placez au frais. Quatre heures suffisent, une nuit vaut mieux. Le lendemain, sortez la viande et égouttez-la soigneusement, en gardant toute la marinade.
Le pourquoiL'aciditĂ© du vin ne pĂ©nĂštre que de un Ă deux millimĂštres : elle parfume et colore, elle n'attendrit pas en profondeur. C'est la longue cuisson qui fera fondre le collagĂšne. Le vrai bĂ©nĂ©fice de la marinade est aromatique. [Cuizine Maurice : « au moins 4 heures, une nuit si possible » ; Kristel se contente dâune heure]
Ăpongez les cubes de cerf. Chauffez l'huile dans une cocotte Ă fond Ă©pais et saisissez-les en trois ou quatre fois, sans jamais tasser la cocotte, jusqu'Ă ce qu'ils soient bien colorĂ©s sur toutes les faces. RĂ©servez au fur et Ă mesure.
Le pourquoiUne cocotte surchargée fait chuter la température : la viande rend son eau et bout au lieu de brunir. Or c'est la réaction de Maillard, cette coloration, qui construit la profondeur de la sauce. Saisir ne « scelle » aucun jus, c'est un mythe : cela crée du goût.
Remettez la viande dans la cocotte, ajoutez les tomates concassées et laissez-les fondre cinq minutes en grattant les sucs du fond. Versez alors la marinade entiÚre, épices comprises, salez, portez à frémissement et laissez mijoter à couvert une heure à une heure et quart.
Le pourquoiLa tomate n'est pas un ajout moderne : les deux recettes mauriciennes lues en mettent, et c'est elle qui donne au salmi son fond rond et sa couleur, lĂ oĂč le civet français s'en passe. Elle apporte aussi l'aciditĂ© qui Ă©quilibre la cannelle. [Cuizine Maurice (250 g de tomates concassĂ©es) et LâAtelier de Kristel (coulis de tomate)]
Pendant ce temps, faites revenir les petits oignons dans un peu de beurre avec une pincĂ©e de sucre et un fond d'eau, jusqu'Ă ce qu'ils soient brillants et tendres. Sautez les champignons Ă feu vif dans une poĂȘle sĂšche puis beurrĂ©e. Ajoutez-les Ă la cocotte pour les vingt derniĂšres minutes.
Le pourquoiCuits dÚs le départ, les grelots se défont et les champignons rendent leur eau dans la sauce. Traités à part et ajoutés tard, ils gardent leur forme et leur mordant, et le plat garde du relief.
Retirez le couvercle, montez le feu et laissez réduire un quart d'heure, jusqu'à ce que la sauce nappe la cuillÚre. Rectifiez le sel, retirez les bùtons de cannelle, parsemez de coriandre fraßche et servez avec du riz blanc.
Le pourquoiC'est ici que le salmi mauricien se sĂ©pare du civet français. On ne passe pas la sauce, on ne la lie ni au sang ni Ă la farine : on la rĂ©duit Ă dĂ©couvert et elle s'Ă©paissit d'elle-mĂȘme. La liaison au sang appartient au civet â Le Mauricien en publiait justement un en dĂ©cembre 2022, avec la consigne de le verser sans jamais atteindre l'Ă©bullition. [LâAtelier de Kristel : couvercle retirĂ©, quinze minutes Ă feu vif « pour que la sauce rĂ©duise et Ă©paississe »]
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â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
Deux mijotĂ©s de la mĂȘme Ă©cole franco-mauricienne, sĂ©parĂ©s par la bĂȘte. La daube de poulet est le plat de semaine, rapide et domestique ; le salmi de cerf est celui de la saison de chasse, marinĂ© une nuit et mijotĂ© des heures. La grammaire est la mĂȘme, l'occasion ne l'est pas.
Voir la recette âCousineLa daube de bĆuf et le salmi de cerf partagent la cocotte, le vin et la longue cuisson. La diffĂ©rence tient au gibier : le cerf exige la marinade d'une nuit que le bĆuf ne rĂ©clame pas, et sa sauce se lie pour finir.
Voir la recette âCousineDeux façons mauriciennes de traiter une viande ferme. Le cari de cabri passe par le safran et le massalĂ©, dans la grammaire indienne de l'Ăźle ; le salmi de cerf passe par le vin et le girofle, dans sa grammaire française. Le mĂȘme pays, deux hĂ©ritages.
Voir la recette âCousineDeux braisĂ©s d'hĂ©ritage français crĂ©olisĂ©s Ă Maurice : le salmi pousse les Ă©pices chaudes (cannelle, clou de girofle) sur le gibier, le fricassĂ© garde la ligne sobre oignon-thym sur la volaille.
Voir la recette âCousineDeux gibiers crĂ©oles mauriciens mijotĂ©s lentement Ă l'indienne (le cerf de Java introduit, la roussette endĂ©mique). MĂȘme logique de viande sauvage domptĂ©e par une longue cuisson Ă©picĂ©e ; le salmi/civet est la forme sĆur du cari sur ce registre de gibier.
Voir la recette âCousineMĂȘme famille des grands mijotĂ©s franco-crĂ©oles du dimanche Ă Maurice : viande dorĂ©e puis longuement mijotĂ©e au vin rouge sur base tomate-oignon-thym. Ă Maurice, salmi et civet sont interchangeables, et le canard passe d'ailleurs souvent au salmi plutĂŽt qu'aux olives.
Voir la recette âLe faux jumeau, et il se publie Ă Maurice mĂȘme. Le Mauricien donnait en dĂ©cembre 2022 un civet de cerf entiĂšrement français : bouquet garni, viande farinĂ©e, et le sang versĂ© en fin de cuisson « sans atteindre lâĂ©bullition ». Ni cannelle, ni girofle en bĂąton, ni caripoulĂ©, ni tomate. Câest exactement ce que le salmi mauricien nâest pas â et la meilleure façon de comprendre ce qui, dans le salmi, vient de lâĂźle.
Pas encore dans l'AtlasLe mĂȘme gibier des Mascareignes, le mĂȘme vin, deux Ăźles. La RĂ©union dit « civet », Maurice dit « salmi » â et Ă Maurice les deux mots dĂ©signent en rĂ©alitĂ© le mĂȘme plat. Le cerf, lui, est un introduit rĂ©cent des deux cĂŽtĂ©s de l'ocĂ©an.
Pas encore dans l'AtlasL'ancĂȘtre europĂ©en, apportĂ© par les colons français : marinade au vin rouge, mijotage long, et cette liaison au sang qui dĂ©finit le civet. Maurice y a ajoutĂ© le girofle, le thym crĂ©ole et souvent une pointe de cannelle, qui font glisser le plat vers l'ocĂ©an Indien.
Pas encore dans l'AtlasLa mĂȘme sauce, une autre bĂȘte. La cheffe mauricienne Kristel dĂ©finit le salmi comme « une sauce pour le petit gibier » : le canard en est le support le plus courant hors saison de chasse, avec exactement les mĂȘmes Ă©pices â cannelle, girofle, thym, caripoulĂ©, tomate et vin rouge ou rosĂ©. Qui sait faire lâun sait faire lâautre.
Pas encore dans l'AtlasSourcer ou se taire
â COURONNE â ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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