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Atlas Culinaire · Maurice · Afrique
Le boeuf braisé qui fond dans une sauce tomate où infusent cannelle, girofle et gingembre — l'héritage provençal créolisé, plat du dimanche des tables mauriciennes, servi sur riz blanc avec des brèdes
La daube mauricienne est une émigrée. Née daube de Provence, elle a traversé les mers avec les colons français de l'Isle de France au XVIIIe siècle, puis l'île l'a refaite à son image : le vin s'est effacé au profit de l'eau et du jus des tomates mûres, et le gingembre, le piment et les épices chaudes de l'océan Indien — bâton de cannelle, clous de girofle, cardamome — sont entrés dans le faitout. Il en reste un braisé de boeuf patient, où les cubes de paleron ou de joue s'abandonnent pendant deux heures dans une sauce tomate sombre et parfumée, jusqu'à s'effilocher à la fourchette.
Où finit la daube, où commencent la rougaille et le cari ? À Maurice, la frontière est disputée.
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Coupez le boeuf en cubes de 5 cm. Mélangez-les avec le curcuma et le sel jusqu'à ce que chaque cube soit enrobé. Couvrez et laissez mariner au réfrigérateur au moins 1 heure, idéalement une nuit.
Le pourquoiLe sel entame un saumurage à sec qui assaisonne la viande en profondeur et l'aide à retenir ses sucs pendant le braisage ; le curcuma colore la surface et apporte sa note terreuse dès la saisie.
Chauffez l'huile à feu vif dans une grande cocotte. Saisissez les cubes de boeuf par petites quantités, sans surcharger, jusqu'à belle coloration dorée sur toutes les faces — environ 3 à 4 minutes par face. Réservez au fur et à mesure.
Le pourquoiLa réaction de Maillard construit sur la croûte des cubes les composés grillés qui donneront sa profondeur à la sauce : une daube sans saisie reste plate, quel que soit le temps de braisage.
Dans la même cocotte, faites revenir les oignons dans le gras de saisie 8 à 10 minutes jusqu'à ce qu'ils soient dorés. Ajoutez l'ail, le gingembre, le piment, puis les épices entières (cannelle, girofle, cardamome) et laissez-les torréfier 2 minutes en remuant. Versez les tomates concassées et laissez cuire une quinzaine de minutes jusqu'à obtenir une sauce épaisse.
Le pourquoiLes arômes de la cannelle, du girofle et de la cardamome sont liposolubles : ils se libèrent dans le gras chaud, pas dans l'eau. Ce passage à l'huile avant la tomate fait toute la profondeur de la daube.
Remettez la viande et ses jus dans la cocotte. Déglacez avec le vin rouge ou le vinaigre de canne (beaucoup de familles mauriciennes se contentent d'eau) en grattant les sucs. Ajoutez l'eau ou le bouillon, le thym et le laurier. Portez à frémissement, couvrez et laissez cuire à feu très doux 90 à 120 minutes, jusqu'à ce que la viande s'effiloche à la fourchette. Rectifiez le sel en fin de cuisson.
Le pourquoiEntre 80 et 95 °C, le collagène du paleron ou de la joue se transforme lentement en gélatine : c'est elle qui rend la viande fondante et la sauce naturellement veloutée. À gros bouillons, les fibres se contractent et expulsent leurs jus.
Retirez les épices entières (bâton de cannelle, clous de girofle, gousses de cardamome) et les branches de thym. Goûtez et rectifiez l'assaisonnement. Servez en assiettes creuses sur du riz blanc, accompagné de brèdes sautées ou de légumes créoles. Si la sauce est trop liquide, laissez-la réduire 5 minutes à découvert avant de dresser.
Le pourquoiUn clou de girofle ou une gousse de cardamome croqués en bouche ruinent une cuillerée : on les retire toujours avant le service. Les quelques minutes de repos laissent aussi la sauce se poser et s'épaissir.
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La même daube créole, déclinée au poulet : c'est la version la plus courante à Maurice, souvent enrichie de pommes de terre et de carottes, avec la même base tomate-cannelle-girofle héritée de la daube provençale.
Voir la recette →CousineLa daube créole existe des deux côtés du canal : à La Réunion comme à Maurice, le braisé provençal des colons français s'est acclimaté aux épices de l'océan Indien — tissage transîle d'un même héritage.
Voir la recette →CousineLa daube de bœuf et le salmi de cerf partagent la cocotte, le vin et la longue cuisson. La différence tient au gibier : le cerf exige la marinade d'une nuit que le bœuf ne réclame pas, et sa sauce se lie pour finir.
Voir la recette →VarianteÀ Maurice, pour la viande, daube et rougaille se recouvrent presque : beaucoup de familles emploient un mot pour l'autre. La daube tire vers les épices chaudes (cannelle, clous) et ajoute pommes de terre et carottes.
Voir la recette →CousineLe contrepoint mauricien sur la même viande : la daube monte sur tomate et cannelle SANS curcuma ni massalé. Deux familles distinctes de la marmite créole, que les cuisiniers de l'île ne confondent jamais.
Voir la recette →CousineLe même mot créole, deux marmites : la daube de bœuf est la daube canonique de Maurice, tomate-cannelle-girofle avec pommes de terre et carottes, quand ce porc-ci braise au soja et au cinq-épices dans la lignée sino-mauricienne. Les comparer, c'est toucher du doigt le métissage de l'île.
Voir la recette →Sourcer ou se taire
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