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Atlas Culinaire · Maurice · Afrique
Le bĆuf des dimanches crĂ©oles â paleron ou macreuse dorĂ© puis mijotĂ© plus d'une heure dans une rougaille de pommes d'amour, oignon, ail, gingembre et thym, jusqu'au fondant absolu
Ă Maurice, le mot « rougaille » dĂ©signe la sauce mĂšre de la cuisine crĂ©ole : une tombĂ©e de pommes d'amour bien mĂ»res, fondues avec l'oignon, l'ail, le gingembre et le thym, dans laquelle vient mijoter ce que la maison a sous la main. Le mot lui-mĂȘme est un hĂ©ritage tamoul â de Ć«áčukÄy, le pickle, arrivĂ© dans les bagages des engagĂ©s indiens dĂ©barquĂ©s Ă l'Aapravasi Ghat Ă partir de 1834 â mais le sens a voyagĂ© : lĂ oĂč La RĂ©union garde au rougail son visage de condiment pilĂ©, Maurice en a fait le nom de la marmite elle-mĂȘme. Le condiment cru, ici, s'appelle satini. La rougaille bĆuf, c'est la version des grandes tablĂ©es : des cubes de paleron marinĂ©s au curcuma, saisis jusqu'Ă la croĂ»te dorĂ©e, puis abandonnĂ©s au frĂ©missement le plus doux pendant plus d'une heure, le temps que le collagĂšne fonde et que la sauce prenne ce rouge-orangĂ© brillant qui signe le plat rĂ©ussi. Chaque famille a sa main â plus ou moins de gingembre, un piment entier qui infuse, du caripoulĂ© quand l'arbre du jardin en donne â et le plat arrive au centre de la table dans sa cocotte, entourĂ© du trio sacrĂ© du service mauricien : riz blanc, grains, satini et achards. RĂ©chauffĂ©e le lendemain, elle est encore meilleure, et tout le monde Ă Maurice vous le dira.
La rougaille bĆuf nourrit trois dĂ©bats de cuisine familiale.
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Dans un saladier, mĂ©langez les cubes de bĆuf avec le sel, le poivre noir et le curcuma. Travaillez Ă la main pour enrober uniformĂ©ment chaque cube. Laissez reposer 15 Ă 30 minutes Ă tempĂ©rature ambiante, le temps que le sel commence Ă pĂ©nĂ©trer et que le curcuma teinte la viande de sa robe dorĂ©e-ambrĂ©e.
Le pourquoiLe sel amorce l'assaisonnement Ă cĆur et le curcuma donne Ă la viande sa teinte jaune-or avant mĂȘme la cuisson : la rougaille finale y gagne une couleur plus profonde et une note terreuse discrĂšte.
Chauffez l'huile dans une cocotte Ă fond Ă©pais Ă feu vif jusqu'Ă lĂ©gĂšre fumĂ©e. DĂ©posez les cubes de bĆuf marinĂ©s en une seule couche, sans les serrer (travaillez en deux tournĂ©es si besoin), et ne touchez Ă rien pendant 3 Ă 4 minutes : une croĂ»te dorĂ©e-brune doit se former avant de retourner. Dorez sur toutes les faces, environ 8 minutes au total, puis rĂ©servez le bĆuf dans un plat.
Le pourquoiLa réaction de Maillard crée la croûte savoureuse et laisse au fond de la cocotte des sucs caramélisés : c'est ce fond, dissous ensuite par les oignons et les tomates, qui donne sa profondeur à la sauce.
Dans la mĂȘme cocotte, sans nettoyer les sucs de dorure, baissez Ă feu moyen et ajoutez les oignons Ă©mincĂ©s. Grattez le fond Ă la cuillĂšre en bois pour dĂ©coller les sucs, qui vont parfumer les oignons. Laissez fondre 8 Ă 10 minutes jusqu'Ă ce qu'ils soient translucides et lĂ©gĂšrement blonds. Ajoutez alors l'ail hachĂ© et le gingembre rĂąpĂ©, poursuivez 2 minutes jusqu'Ă ce que le parfum monte, puis glissez le piment entier.
Le pourquoiL'eau rendue par les oignons déglace naturellement les sucs de viande, et ajouter ail et gingembre en second les préserve : hachés fins, ils brûlent en quelques secondes s'ils touchent la cocotte trop tÎt.
Ajoutez les tomates fraßches concassées grossiÚrement (ou la boßte de concassées) et les branches de thym. Mélangez, portez à ébullition à feu moyen-vif, puis laissez cuire 10 minutes à découvert : les tomates fondent, rendent leur jus, et le surplus d'eau s'évapore. La sauce doit épaissir légÚrement et prendre un rouge-orangé brillant. Goûtez et ajustez le sel.
Le pourquoiCuire à découvert avant d'introduire la viande évapore l'eau de végétation des tomates : la rougaille se construit concentrée dÚs le départ, au lieu de diluer le mijotage qui suit.
Remettez les cubes de bĆuf dorĂ©s et leurs jus de repos dans la cocotte. MĂ©langez pour bien les enrober de sauce. Couvrez partiellement (couvercle dĂ©calĂ©) et laissez mijoter Ă feu trĂšs doux 60 Ă 70 minutes, en remuant toutes les 15 Ă 20 minutes. La sauce doit frĂ©mir Ă peine, jamais bouillir fort. Vers 45 minutes, piquez un cube Ă la fourchette : il doit cĂ©der sans rĂ©sistance, sinon prolongez.
Le pourquoiC'est au frémissement doux que le collagÚne du paleron se transforme lentement en gélatine : la viande devient fondante et la sauce s'enrichit. Une ébullition agressive contracte au contraire les fibres et durcit la viande.
Quand le bĆuf est tendre, retirez le couvercle et montez Ă feu moyen. Laissez rĂ©duire la sauce 8 Ă 10 minutes en remuant rĂ©guliĂšrement : elle doit napper la cuillĂšre et laisser une trace au fond de la cocotte entre deux passages. Retirez le piment entier et les branches de thym. GoĂ»tez, corrigez sel et poivre ; une demi-cuillĂšre de sucre si trop acide, un demi-verre d'eau chaude si trop Ă©paisse.
Le pourquoiCette réduction finale concentre les sucs de viande et de tomate accumulés pendant le mijotage : c'est elle qui transforme un jus de cuisson en vraie sauce rougaille, riche et brillante.
Hors du feu, parsemez généreusement de coriandre fraßche (cotomili) ciselée. Portez la cocotte au centre de la table et servez avec du riz blanc nature, des achards de légumes, un satini et une salade tomate-concombre. Réchauffée le lendemain, la rougaille est encore meilleure : les saveurs se fondent et la sauce gagne en profondeur.
Le pourquoiLes parfums du cotomili sont volatils : ajouté hors du feu, il garde toute sa fraßcheur verte et vient trancher la richesse de la sauce au lieu de disparaßtre à la cuisson.
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â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
La rougaille mauricienne est une sauce Ă tout faire : la mĂȘme base tomate-thym-gingembre accueille le thon frais en version cĂŽtiĂšre, avec un mijotage bien plus court que le bĆuf.
Voir la recette âVarianteĂ Maurice, pour la viande, daube et rougaille se recouvrent presque : beaucoup de familles emploient un mot pour l'autre. La daube tire vers les Ă©pices chaudes (cannelle, clous) et ajoute pommes de terre et carottes.
Voir la recette âCousineLe mĂȘme bĆuf mijotĂ©, mais l'autre grammaire indo-mauricienne : le cari monte sur curcuma et massala, jaune-or, quand la rougaille monte sur la tomate. Deux familles, un seul rĂ©pertoire crĂ©ole.
Voir la recette âCousineLe frĂšre transĂźle : sur l'Ăźle sĆur, le bĆuf mijotĂ© crĂ©ole passe par le cari au curcuma, tandis qu'Ă Maurice la rougaille tomate tient ce rĂŽle â deux rĂ©ponses des Mascareignes au mĂȘme morceau Ă braiser.
Voir la recette âVarianteLa mĂȘme rougaille, une autre viande. Le bĆuf demande un mijotage bien plus long que la saucisse et donne une sauce plus profonde ; les saucisses apportent leur gras fumĂ©, qui parfume toute la tomate. Le geste et les aromates sont identiques.
Voir la recette âCousineLe geste transĂźle de l'ocĂ©an Indien : Ă Maurice comme Ă La RĂ©union, le bĆuf mijotĂ© dans une sauce tomate-oignon-gingembre-ail servie sur le riz est un pilier crĂ©ole. MĂȘme trio aromatique, mĂȘme service riz-piment Ă part ; les Ăźles sĆurs ont chacune leur nom pour un plat trĂšs proche.
Voir la recette âSourcer ou se taire
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