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Atlas Culinaire · Maurice · Afrique
Le cari des grandes occasions indo-mauriciennes : mouton ou cabri longuement mijoté au massalé, curcuma, ail-gingembre et feuilles de caripoulé, servi en tablée avec riz, grains, achards et faratas chauds.
Dans les cours indo-mauriciennes, le cari mouton n'est pas un plat de semaine : c'est celui qu'on mijote quand la famille entiĂšre va s'asseoir autour de la cocotte. Sa grammaire arrive Ă Maurice avec les engagĂ©s indiens dĂ©barquĂ©s Ă l'Aapravasi Ghat de Port-Louis Ă partir de 1834 : les graines qui crĂ©pitent dans l'huile chaude, la pĂąte d'ail-gingembre pilĂ©e, le massalĂ© torrĂ©fiĂ©, les feuilles de caripoulĂ© cueillies sur l'arbre de la cour. Sur l'Ăźle, cette mĂ©moire venue du Bihar et du Tamil Nadu Ă©pouse la pomme d'amour, le piment local et le service crĂ©ole : le cari trĂŽne au centre de la table, flanquĂ© de riz blanc, de grains, d'achards et de faratas chauds, et chacun se sert. Mouton ou cabri, selon la maison et l'occasion : chez les familles musulmanes, c'est le plat qui prolonge le sacrifice de l'AĂŻd-el-KĂ©bir, quand la viande partagĂ©e se transforme en cari et en briani ; dans les mariages, il se cuit en marmites gĂ©antes pour des tablĂ©es entiĂšres. La cuisson raconte le geste : la viande d'abord saisie Ă sec dans les Ă©pices jusqu'Ă ce que l'huile perle, puis mouillĂ©e et laissĂ©e Ă feu doux jusqu'Ă ce que la chair cĂšde Ă la fourchette. C'est ce cari familial, appris auprĂšs de sa mĂšre mauricienne, que Shelina Permalloo a servi en finale de MasterChef UK en 2012, dans un menu oĂč il voisinait une moelle marinĂ©e moutarde-curcuma et un riz biryani, avant d'en faire la matiĂšre de son livre Sunshine on a Plate : la preuve qu'un plat de cour peut faire le tour du monde sans rien changer Ă son geste.
Trois débats traversent ce plat.
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MĂ©langez les morceaux de mouton (ou de cabri) avec le sel et le curcuma, Ă la main, pour bien enrober chaque morceau. Laissez reposer 20 minutes Ă tempĂ©rature ambiante. Pour une version de fĂȘte, certaines familles ajoutent un yaourt nature Ă cette marinade et la prolongent de 30 minutes Ă 1 heure au frais.
Le pourquoiLe sel commence à pénétrer les fibres et le curcuma pose la teinte jaune d'or signature du cari ; le yaourt, légÚrement acide, détend les fibres d'une viande adulte et arrondit la sauce.
Dans un fait-tout à fond épais, chauffez l'huile à feu vif jusqu'à légÚre fumée. Jetez-y les graines de cumin et de moutarde : elles doivent crépiter et sauter dans les dix secondes. Ajoutez aussitÎt les feuilles de cari fraßches (caripoulé) en vous écartant des projections, et laissez frémir 30 secondes.
Le pourquoiCe passage des épices entiÚres dans l'huile chaude libÚre leurs arÎmes liposolubles : tout le cari se construira ensuite sur cette huile parfumée.
Baissez à feu moyen et ajoutez les oignons émincés. Laissez-les brunir 10 à 12 minutes, jusqu'à brun doré, ni blond ni brûlé. Ajoutez l'ail, le gingembre et le piment, cuisez 2 minutes, puis versez le massalé : une minute à frire dans le gras en remuant, et enchaßnez aussitÎt avec les tomates concassées (pommes d'amour).
Le pourquoiDes oignons bien bruns apportent leurs sucres caramélisés et donnent du corps à la sauce ; le massalé doit frire briÚvement pour cuire ses épices moulues, mais les tomates doivent le mouiller avant qu'il ne brûle.
Montez le feu à vif et ajoutez les morceaux de mouton marinés dans la sauce épicée. Mélangez énergiquement pour enrober chaque morceau, puis laissez la viande « sécher » 10 minutes dans les épices, sans ajouter d'eau, en remuant souvent et en grattant réguliÚrement le fond.
Le pourquoiCette phase sĂšche saisit la viande dans le gras Ă©picĂ© : ses jus sortent, se concentrent au fond et se mĂȘlent aux Ă©pices au lieu de se diluer dans l'eau de mouillage.
Versez l'eau à mi-hauteur de la viande. Portez à ébullition, puis baissez à feu trÚs doux, couvrez partiellement et laissez mijoter 60 à 70 minutes en remuant tous les quarts d'heure. Ajoutez une louche d'eau chaude si la sauce réduit trop vite.
Le pourquoiLe collagÚne du mouton fond lentement à petit frémissement : c'est lui qui donne à la sauce son onctuosité et à la chair son fondant. Un gros bouillon durcirait la viande.
Goûtez et corrigez sel et piment. Parsemez généreusement de coriandre fraßche (cotomili) ciselée. Portez la cocotte au centre de la table, entourée de riz blanc, de faratas ou rotis chauds, d'achards de légumes, de chatini et de grains. C'est un plat de partage, jamais servi à l'assiette.
Le pourquoiLa coriandre crue apporte la note verte et fraßche qui tranche le gras long du mouton ; le trio riz, grains et condiments équilibre le cari à la mauricienne.
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â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
Le cari du dimanche quand le cari mouton est celui des grandes fĂȘtes : mĂȘme base d'Ă©pices et de caripoulĂ©, volaille Ă la place de la viande rouge, mijotage bien plus court.
Voir la recette âCousineL'autre grand plat de mouton des fĂȘtes de l'AĂŻd Ă Maurice : quand le cari mijote en sauce, le briani scelle la mĂȘme viande sous le riz en cuisson dum. Les deux se partagent souvent la mĂȘme bĂȘte et la mĂȘme tablĂ©e.
Voir la recette âCousineMĂȘme grammaire du cari mauricien â tempering, oignons bruns, massalĂ©, pommes d'amour â appliquĂ©e au bĆuf : cuisson plus courte, sauce moins gĂ©latineuse, mais le geste est identique.
Voir la recette âVarianteLe frĂšre rĂ©unionnais : de l'autre cĂŽtĂ© du canal, le mĂȘme cabri des grandes occasions mijote dans le massalĂ© torrĂ©fiĂ©. MĂȘme racine indienne de l'engagisme, mĂȘme viande de fĂȘte, deux drapeaux pour un seul geste transĂźle.
Voir la recette âCousineDeux façons mauriciennes de traiter une viande ferme. Le cari de cabri passe par le safran et le massalĂ©, dans la grammaire indienne de l'Ăźle ; le salmi de cerf passe par le vin et le girofle, dans sa grammaire française. Le mĂȘme pays, deux hĂ©ritages.
Voir la recette âAux Antilles, le mĂȘme engagisme indien a produit le colombo : cabri mijotĂ© dans un mĂ©lange d'Ă©pices moulues cousin du massalĂ©. Deux ocĂ©ans, une seule diaspora et presque le mĂȘme plat de fĂȘte.
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