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Atlas Culinaire · Maurice · Afrique
L'ourite — le poulpe, en créole mauricien — mijotée dans une rougaille de tomates mûres écrasées, oignon roussi, ail, thym et piment, servie brûlante sur riz blanc au bord du lagon
À Maurice, on ne dit pas poulpe : on dit ourite, comme on dit zourite chez la sœur réunionnaise. La bête vient du lagon, pêchée à la pique sur le platier à marée basse, un geste ancien que Rodrigues, l'île dépendance, a porté au rang d'art : là-bas, les piqueuses d'ourite arpentent l'eau jusqu'aux genoux, tige de fer à la main, à fouiller les caches du corail. On la mange fraîche, ou séchée au soleil sur des fils tendus comme du linge — l'ourite sec, qu'on réhydrate une nuit avant de la cuisiner.
Deux débats traversent ce plat.
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Rincez l'ourite à grande eau froide. Retirez le bec dur au centre des tentacules et videz le corps en ôtant les viscères. Massez vigoureusement la bête avec le jus de citron vert et une cuillère de gros sel, qui sert ici d'abrasif, puis rincez. Incisez légèrement les tentacules les plus épaisses pour une cuisson uniforme, et coupez en tronçons de 5 à 6 cm.
Le pourquoiLe massage au sel et au citron décape le mucus de la peau et commence à détendre les fibres : c'est le premier geste d'attendrissage, avant même le feu.
Plongez l'ourite 8 minutes dans une grande casserole d'eau bouillante non salée. Elle doit se recroqueviller et virer au violet-rose. Égouttez et réservez. Ce blanchiment est surtout utile pour les gros poulpes de plus d'un kilo, car il homogénéise la cuisson.
Le pourquoiLe choc de chaleur contracte et fixe les chairs d'un coup : les tronçons garderont leur forme dans la sauce au lieu de se déliter pendant le long mijotage.
Dans une casserole en fonte ou à fond épais, chauffez l'huile à feu moyen. Faites revenir les oignons émincés 5 minutes jusqu'à ce qu'ils soient translucides puis dorés. Ajoutez l'ail pilé avec le piment, les feuilles de caripoulé (feuilles de cari) et le curcuma, et remuez 2 minutes. Laissez les deux gousses d'ail entières confire doucement dans l'huile.
Le pourquoiC'est le fond de toute rougaille : les sucs dorés de l'oignon et de l'ail donnent à la sauce sa profondeur, que la tomate seule ne peut pas apporter.
Ajoutez les tomates concassées et la pâte concentrée. Écrasez grossièrement à la cuillère en bois. Déposez les piments entiers, qui parfument sans tout embraser. Laissez compoter 15 minutes à feu moyen en remuant régulièrement : la sauce doit réduire et s'assombrir légèrement.
Le pourquoiCompoter chasse l'acidité crue de la tomate et concentre ses sucres : c'est cette réduction qui transforme des tomates écrasées en vraie rougaille.
Ajoutez les tronçons d'ourite blanchis dans la sauce et enrobez-les bien. Versez 100 ml d'eau si la sauce est trop dense, ajoutez le thym, couvrez et laissez mijoter 40 minutes à feu doux à moyen, en remuant toutes les 10 minutes.
Le pourquoiLe poulpe suit une courbe capricieuse : ses fibres se contractent et durcissent d'abord, puis le collagène fond dans la sauce chaude et acidulée et la chair se ré-attendrit. Il faut lui laisser le temps de franchir ce cap.
Goûtez et ajustez le piment selon votre goût. Salez seulement en fin de cuisson, puis laissez reposer 5 minutes hors du feu. Servez avec du riz blanc vapeur et du pain pour saucer, quelques feuilles de cotomili (coriandre fraîche) en finition.
Le pourquoiLa réduction concentre les saveurs et le poulpe libère sa propre salinité marine en cuisant : saler tôt, c'est saler deux fois.
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La même sauce mère — tomates écrasées, oignon roussi, ail, thym, piment — appliquée à l'archétype mauricien : la rougaille change de protéine sans changer de grammaire.
Voir la recette →VarianteAutre fruit de mer, même casserole : les crevettes remplacent le poulpe dans la rougaille, avec une cuisson éclair là où l'ourite exige quarante minutes de mijotage.
Voir la recette →CousineLe frère réunionnais : même poulpe (zourite là-bas, ourite ici), même patience au feu doux, mais le civet créole de La Réunion monte sa sauce au vin rouge quand la rougaille mauricienne reste fidèle à la tomate écrasée.
Voir la recette →CousineLe même poulpe, deux traitements opposés. Le vindaye le sert froid, vinaigré, à la moutarde ; la rougaille l'installe chaud dans une sauce tomate. C'est un bon raccourci des deux âmes de la cuisine mauricienne, l'indo-portugaise et la créole.
Voir la recette →CousineL'autre céphalopode mauricien mijoté en sauce : l'ourite (poulpe) monte sur la rougaille tomate quand la mourgate monte sur le cari au curcuma. Deux grammaires sœurs pour deux bêtes du lagon.
Voir la recette →À Rodrigues, où la pêche à la pique de l'ourite est presque un emblème national, le poulpe se mange aussi en salade fraîche au citron vert, tomate et oignon — l'autre grand destin de la même bête du lagon.
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