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Atlas Culinaire · Maurice · Afrique
Du poulpe cuit sans une goutte d'eau, du curcuma, du vinaigre â et un plat qui n'est ni un cari ni un chaud : un pickle, meilleur le lendemain.
Le nom de ce plat est un mot français déguisé, et c'est là toute son histoire. On lit partout que le vindaye descend du vindaloo de Goa. C'est vrai de trÚs loin : les deux remontent au portugais carne de vinha d'alhos, la « viande au vin et à l'ail », une conserve de marine que les navigateurs emportaient pour tenir des mois de mer, et que Goa a transformée au XVIᔠsiÚcle en remplaçant le vin par du vinaigre de coco et en y jetant le piment que les Portugais venaient d'apporter d'Amérique.
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Le canon vivant de l'ßle : les graines de moutarde éclatent dans l'huile chaude avant le curcuma, le vinaigre arrive en fin de course, et le tout part au bocal. C'est ce que font Cocozil, le lexique de la cheffe Kristel et les marchands de Port-Louis. La moutarde donne au plat son parfum de noisette et son mordant.
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Videz la poche à encre si votre poulpe est entier, puis frottez-le énergiquement avec trois bonnes cuillerées de farine, en insistant sur les ventouses. Rincez ensuite à grande eau, longuement, jusqu'à ce que l'eau file claire.
Le pourquoiLa farine accroche le mucus et le sable logé dans les ventouses, que l'eau seule fait glisser sans jamais l'emporter. C'est le geste des cuisines mauriciennes, et il ne figure dans aucune recette européenne. [Geste relevé chez Cocozil, portail de recettes mauriciennes]
Posez le poulpe dans une cocotte à fond épais avec les clous de girofle, rien d'autre. Couvrez, mettez sur feu moyen-doux et oubliez-le trois quarts d'heure à une heure. Il va rendre son eau et cuire dedans.
Le pourquoiUn poulpe est fait d'eau et de collagÚne. Noyé dans deux litres d'eau salée, il rend son goût au bouillon qu'on jettera ; cuit à couvert dans son seul jus, il se concentre au lieu de se laver. La chaleur douce et longue fait fondre le collagÚne en gélatine, et c'est cette fonte qui donne la tendreté. [Cuisson à couvert et sans eau, avec les clous de girofle : Cocozil]
Sortez le poulpe, gardez son jus de cÎté, et détaillez-le en morceaux d'environ trois centimÚtres. Laissez tiédir.
Le pourquoiUn poulpe ruisselant introduirait de l'eau dans la sauteuse, et l'eau est l'ennemie de ce plat : elle dĂ©laverait les Ă©pices et empĂȘcherait l'acide de mordre.
Pendant que le poulpe tiédit, mettez les lamelles d'oignon rouge à tremper dans le vinaigre avec le sucre et le sel, un bon quart d'heure. Réservez sans jeter le vinaigre.
Le pourquoiL'acide attaque la paroi des cellules et retire à l'oignon son agressivité sans le cuire : il reste croquant. C'est ce qui donne au vindaye son mordant frais, trÚs différent de la douceur d'un oignon fondu.
Chauffez l'huile à feu moyen dans une grande sauteuse. Jetez les graines de moutarde et attendez qu'elles éclatent, une trentaine de secondes. Ajoutez alors le curcuma, le fenugrec, l'ail et le gingembre, et remuez à peine le temps de compter jusqu'à dix.
Le pourquoiLa graine de moutarde ne livre son parfum de noisette qu'en éclatant dans le gras chaud, et le curcuma a besoin d'huile pour s'ouvrir. Jetées dans un liquide froid, ces épices resteraient crues et poudreuses.
Ajoutez les morceaux de poulpe et les piments verts, et mélangez cinq à huit minutes, le temps que chaque morceau se teigne. Salez, poivrez.
Le pourquoiLe poulpe est déjà cuit : il ne s'agit plus de le cuire mais de l'habiller. Ces quelques minutes lui font boire l'huile épicée, qui sera le véhicule du goût pendant tout le séjour au bocal.
Ăgouttez les oignons en gardant leur vinaigre. Versez les uns et l'autre dans la sauteuse, mĂ©langez deux minutes, et coupez le feu.
Le pourquoiL'acide arrive en toute fin, jamais dans la longue cuisson : c'est lui qui fait du plat un pickle plutÎt qu'un sauté. Réduit, il s'évapore, et vous perdez exactement ce qui définit le vindaye.
Transférez dans un bocal de verre ébouillanté, laissez refroidir à découvert une petite heure, puis fermez et gardez au frais.
Le pourquoiLe vindaye est une conserve avant d'ĂȘtre un plat : l'acide, l'huile et le sel font le travail que faisait la marinade des navires portugais. Les arĂŽmes se lient en reposant, et le plat cesse d'ĂȘtre une somme d'Ă©pices pour devenir un tout. [« Une façon de conserver des aliments un peu comme pour des pickles » â lexique crĂ©ole de la cheffe Kristel]
Sortez le bocal une demi-heure avant. Parsemez de coriandre et servez fourré dans un morceau de pain, ou à cÎté d'un riz blanc.
Le pourquoiLe froid endort les arĂŽmes et fige l'huile, la chaleur casse l'Ă©quilibre acide. La tempĂ©rature ambiante est le seul point oĂč l'on goĂ»te Ă la fois la moutarde, le vinaigre et le poulpe.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
Le mĂȘme pickle, deux chairs. L'ourite (le poulpe) demande une longue cuisson prĂ©alable et donne un vindaye ferme, presque charnu ; le poisson, plus fragile, se fait frire puis enrober. La marinade Ă la moutarde et au curcuma, elle, ne change pas d'une virgule.
Voir la recette âCousineDeux pickles de la mĂȘme famille : le mot achard et le mot vindaye dĂ©signent tous deux une conservation au vinaigre, Ă la moutarde et au curcuma. L'achard travaille le lĂ©gume cru et croquant, le vindaye une chair cuite. Les deux se mangent froids, et les deux sont meilleurs le lendemain.
Voir la recette âCousineLe mĂȘme poulpe, deux traitements opposĂ©s. Le vindaye le sert froid, vinaigrĂ©, Ă la moutarde ; la rougaille l'installe chaud dans une sauce tomate. C'est un bon raccourci des deux Ăąmes de la cuisine mauricienne, l'indo-portugaise et la crĂ©ole.
Voir la recette âCousineDeux conserves de la mĂȘme cuisine, Ă deux bouts de la table. Lâachard limon travaille lâĂ©corce du citron vert au sel et Ă lâhuile ; le vindaye travaille une chair cuite au vinaigre et au curcuma. MĂȘme logique du bocal, mĂȘme patience, et Ă Maurice on les trouve souvent cĂŽte Ă cĂŽte dans le mĂȘme pain fourrĂ©.
Voir la recette âCousineLâourite et la mourgate, le poulpe et le calmar, sont les deux cĂ©phalopodes du lagon mauricien, et le crĂ©ole ne les confond jamais. Le calmar, tendre et rapide Ă cuire, part en cari chaud ; le poulpe, dense et long Ă attendrir, part en vindaye froid. Baissac notait dĂ©jĂ en 1880 quâon appĂątait les casiers au foie dâourite et Ă la chair de mourgate.
Voir la recette âLâancĂȘtre commun, et il nâĂ©tait pas un plat de fĂȘte mais une technique de survie. Les marins portugais noyaient la viande dans le vin et lâail pour quâelle tienne des mois de mer : lâacide freinait la putrĂ©faction, lâail parfumait. De cette conserve de bord sont sortis le vindaloo de Goa, le vindail de PondichĂ©ry et le vindaye de Maurice. Le vin a disparu partout en route, remplacĂ© par le vinaigre â de coco Ă Goa, blanc Ă Maurice.
Pas encore dans l'AtlasLâautre destin de lâourite. Ă Rodrigues surtout, le poulpe est sĂ©chĂ© au soleil au bord des villages, puis pilĂ© avec du piment pour donner le pima ourite, un condiment que la cheffe mauricienne Kristel range parmi les spĂ©cialitĂ©s de lâĂźle. Le vindaye conserve la chair dans lâacide et lâhuile, le pima ourite la conserve par le soleil et le sel : deux rĂ©ponses au mĂȘme problĂšme, garder le poulpe.
Pas encore dans l'AtlasLe cousin qui explique lâorthographe. Ă PondichĂ©ry, comptoir français de lâInde pendant prĂšs de trois siĂšcles, on mange le vindail â exactement la mĂȘme refrancisation du portugais vinha dâalhos que le « vine dâail » mauricien de 1890. Lourdes Tirouvanziam-Louis, qui en dĂ©fend le patrimoine, le prĂ©sentait ainsi devant Rick Stein : « une dĂ©formation du plat français vin dâail⊠trĂšs typique de PondichĂ©ry, vous ne le trouverez nulle part ailleurs. » Maurice, sans quâelle le sache, avait dĂ©jĂ le mĂȘme mot. â ïž Aucune source nâĂ©tablit que lâun vient de lâautre : câest une convergence, pas une filiation.
Pas encore dans l'AtlasLe cousin le plus cĂ©lĂšbre, et le plus trompeur. Les deux mots descendent du portugais vinha d'alho, le « vin d'ail » : une viande macĂ©rĂ©e au vin et Ă l'ail. Goa en a fait un curry mijotĂ© et brĂ»lant, Maurice un pickle froid Ă la moutarde oĂč le vin a cĂ©dĂ© la place au vinaigre. MĂȘme racine, deux plats que tout oppose.
Pas encore dans l'AtlasLa RĂ©union a le sien, hĂ©ritĂ© de la mĂȘme racine portugaise. Les deux Ăźles s'accordent sur la moutarde, le curcuma et le vinaigre, et sur le fait qu'un vindaye se mange froid â ce qui, dans les Mascareignes, est dĂ©jĂ un consensus rare.
Pas encore dans l'AtlasSourcer ou se taire
â COURONNE â ENLUMINURE V4 · or en attente du test
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