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Atlas Culinaire · Malaisie · Asie
La « mare de fĂšves » du Johor â le ful medames Ă©gyptien passĂ© par La Mecque, alourdi de bĆuf hachĂ© et de ghee, que l'on mange Ă la cuillĂšre de pain grillĂ© dĂšs sept heures du matin Ă Larkin.
Le portail Pemetaan Budaya du Jabatan Kebudayaan dan Kesenian Negara renvoie « 0 » résultat pour « kacang pool », alors qu'il fiche par ailleurs le tempe, le nasi ambeng ou le ketupat palas.
Le Jabatan Warisan Negara ne l'a pas davantage retenu parmi les 117 mets gazettés Warisan Kebangsaan au titre de la Deklarasi Objek Warisan signée par le commissaire du patrimoine Mohamad Muda Bahadin.
Le Kamus Dewan de la Dewan Bahasa dan Pustaka ignore l'entrĂ©e « kacang pol » â la requĂȘte renvoie « Carian kata tiada di dalam kamus terkini » â et dĂ©finit « kacang parang », le nom que toutes les recettes malaisiennes donnent Ă la fĂšve du plat, comme Canavalia ensiformis, espĂšce qui n'a rien Ă voir avec la Vicia faba rĂ©ellement employĂ©e.
Pourtant le ministĂšre de l'UnitĂ© nationale a Ă©levĂ© le plat au rang de Makanan Warisan Kebangsaan pendant la Semaine de l'unitĂ© 2024, et le mĂ©dia officiel de l'Ătat de Johor a homologuĂ© le 25 mai 2024 un record au Malaysia Book of Records avec 2 400 convives multiethniques attablĂ©s devant un kacang pool.
La datation, elle, diverge frontalement selon les sources.
Peggy Loh, chroniqueuse du patrimoine johorien (« My Johor Stories », avril 2015), rapporte que Haji Makpol Kairon a découvert le foul medames pendant son pÚlerinage à La Mecque en 2009 et n'a trouvé sa recette qu'au septiÚme essai, ses testeurs étant les fidÚles de sa mosquée ; mStar, du groupe Star Media (20 octobre 2017), le cite au contraire affirmant avoir lancé le plat « 28 ans plus tÎt », soit vers 1989, et exploiter alors cinq points de vente.
Tony Johor Kaki documentait déjà l'étal du Medan Selera Larkin à 4 RM en janvier 2012.
La filiation avec le ful medames Ă©gyptien, en revanche, n'est contestĂ©e par personne â Claudia Roden en fait « le » plat national de l'Ăgypte, hĂ©ritĂ© d'avant l'islam â mais l'ajout de bĆuf hachĂ©, de ghee et de concentrĂ© de tomate est une malaisianisation revendiquĂ©e par Makpol Kairon lui-mĂȘme dans mStar, « saya dah ubah mengikut citarasa orang kita ».
Quant Ă la thĂšse d'une arrivĂ©e du plat avec les marchands arabes de Johor au XIXe siĂšcle, elle circule sur les portails de divertissement malaisiens sans aucune piĂšce Ă l'appui, alors mĂȘme que la prĂ©sence hadramie Ă Johor est, elle, solidement Ă©tablie par l'historiographie (Freitag et Clarence-Smith, Brill, 1997).
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Rincez les fĂšves sĂšches Ă l'eau froide jusqu'Ă ce que l'eau cesse de blanchir, puis couvrez-les d'au moins trois volumes d'eau froide avec une pincĂ©e de bicarbonate et laissez-les gonfler douze heures Ă tempĂ©rature ambiante. Le bicarbonate alcalinise l'eau et attaque les pectines de la peau, ce qui Ă©vitera d'avoir Ă cuire la fĂšve une heure de plus pour l'attendrir. Au matin, les fĂšves doivent avoir presque doublĂ© de volume, ĂȘtre fermes mais fendues sous l'ongle du pouce, et l'eau de trempage sera trouble et lĂ©gĂšrement mousseuse â c'est normal, ce sont les saponines. Jetez cette eau et rincez une derniĂšre fois. Si vous avez oubliĂ© le trempage, la seule solution honnĂȘte est de passer aux fĂšves en conserve pour cette fois, car un trempage accĂ©lĂ©rĂ© Ă l'eau bouillante donne des fĂšves Ă cĆur farineux et Ă peau caoutchouteuse.
Le pourquoiLe trempage réhydrate lentement l'amidon et permet aux protéines de la fÚve de se relùcher sans que la peau n'éclate ; le bicarbonate, en montant le pH, déstabilise les pectines pariétales et rend la paroi de la peau soluble à la cuisson.
Couvrez les fĂšves Ă©gouttĂ©es d'eau froide non salĂ©e Ă hauteur plus trois centimĂštres, portez Ă frĂ©missement et laissez cuire Ă dĂ©couvert entre quarante-cinq minutes et une heure, en Ă©cumant la mousse grise des premiĂšres minutes. Ne salez surtout pas maintenant, le sel raffermit la peau et vous ferait cuire une demi-heure de plus pour rien. Vous entendrez le bouillon passer du gros bouillonnement au clapotis Ă©pais Ă mesure que l'amidon se libĂšre, et l'odeur, d'abord verte et herbacĂ©e, deviendra franchement beurrĂ©e. La fĂšve est au point quand elle s'Ă©crase sans effort entre deux doigts et qu'elle n'oppose plus la moindre rĂ©sistance au cĆur. Si le niveau baisse trop, rajoutez de l'eau bouillante et non froide, un choc thermique durcirait Ă nouveau les peaux.
Le pourquoiLa gélatinisation de l'amidon de la fÚve commence vers 65 °C et se poursuit tant que l'eau est disponible ; c'est cet amidon dispersé dans l'eau de cuisson qui donnera au kacang pool sa liaison onctueuse sans farine ni fécule.
Faites fondre le ghee dans une sauteuse Ă fond Ă©pais sur feu moyen, puis jetez-y les oignons rouges Ă©mincĂ©s avec une pincĂ©e de sel et laissez-les suer sans coloration pendant sept Ă huit minutes avant d'ajouter l'ail Ă©crasĂ© et le gingembre rĂąpĂ©. On cherche ici la douceur, pas la caramĂ©lisation â l'oignon doit devenir translucide et se dĂ©faire, non pas brunir. Le ghee va d'abord sentir la noisette, puis l'ensemble libĂ©rera un parfum d'ail chaud trĂšs net, et c'est Ă ce signal prĂ©cis, une minute aprĂšs l'ajout de l'ail, qu'il faut passer Ă la suite. Si l'ail prend la moindre couleur dorĂ©e, retirez immĂ©diatement la sauteuse du feu et ajoutez une cuillĂšre d'eau pour stopper la cuisson, car l'ail brĂ»lĂ© rendra tout le plat amer.
Le pourquoiLe ghee, dépourvu d'eau et de lactose, supporte une température plus haute que le beurre sans noircir, et ses arÎmes lactoniques se lient aux composés soufrés de l'oignon et de l'ail pour former la base grasse qui portera les épices.
DĂ©layez la poudre de curry, la coriandre, le cumin et le poivre noir avec deux cuillĂšres Ă soupe d'eau pour obtenir une pĂąte souple, versez-la sur les oignons et remuez sans arrĂȘt sur feu moyen jusqu'Ă ce que l'huile se sĂ©pare visiblement de la pĂąte et remonte en surface en petites flaques rouges. Cette Ă©tape, que les cuisines malaises appellent pecah minyak, est la seule qui garantit qu'aucun goĂ»t de poudre crue ne subsistera. La pĂąte va d'abord grĂ©siller, Ă©paissir, se figer et coller au fond, puis, brusquement, se dĂ©tendre et laisser perler l'huile teintĂ©e â c'est ce virage que vous guettez, il arrive entre la quatriĂšme et la sixiĂšme minute. L'odeur passe alors de poussiĂ©reuse Ă profondĂ©ment grillĂ©e. Si la pĂąte accroche et menace de brĂ»ler avant que l'huile ne se sĂ©pare, ajoutez une cuillĂšre d'eau et poursuivez, jamais de matiĂšre grasse supplĂ©mentaire.
Le pourquoiL'eau de délayage maintient la pùte sous 100 °C le temps que les huiles essentielles des épices migrent dans le corps gras ; quand l'eau s'est évaporée, la température remonte, les réactions de Maillard sur les protéines des épices se déclenchent et l'huile relarguée devient le véhicule aromatique du plat.
Ajoutez le bĆuf hachĂ© dans la pĂąte d'Ă©pices et Ă©crasez-le aussitĂŽt Ă la spatule pour le dĂ©faire en petits grains, sans jamais le laisser se prendre en masse compacte. La viande va d'abord rendre son eau et faire chuter la tempĂ©rature, et la prĂ©paration semblera se dĂ©liter â c'est normal, continuez Ă feu vif jusqu'Ă ce que toute l'eau se soit Ă©vaporĂ©e et que le grĂ©sillement reprenne, plus sec et plus aigu. Ă partir de lĂ , laissez la viande accrocher lĂ©gĂšrement au fond pendant deux ou trois minutes pour dĂ©velopper les sucs, en grattant rĂ©guliĂšrement. La viande est prĂȘte quand elle a perdu toute trace rosĂ©e, qu'elle est brun foncĂ© et nappĂ©e d'huile Ă©picĂ©e. Si elle a rendu trop de gras, inclinez la sauteuse et retirez-en une cuillĂšre, mais pas davantage â ce gras porte le goĂ»t.
Le pourquoiUne fois l'eau évaporée, la surface du haché dépasse 140 °C et les réactions de Maillard entre les acides aminés et les sucres résiduels produisent les composés bruns et carnés qui donnent au kacang pool johorien sa profondeur, absente du ful medames sans viande.
Versez les fĂšves Ă©gouttĂ©es dans la sauteuse avec deux bonnes louches de leur eau de cuisson rĂ©servĂ©e, mĂ©langez et laissez mijoter Ă couvert une quinzaine de minutes Ă feu doux. Ăcrasez ensuite environ les deux tiers des fĂšves directement dans la sauteuse, au presse-purĂ©e ou au dos d'une louche, en laissant volontairement le dernier tiers entier. La prĂ©paration doit passer d'un mĂ©lange liquide et hĂ©tĂ©rogĂšne Ă une purĂ©e Ă©paisse, rouge brique, parsemĂ©e de fĂšves reconnaissables â c'est exactement cette texture, dĂ©crite comme lisse mais granuleuse par Tony Johor Kaki Ă Larkin, qui fait le plat. Salez et sucrez seulement maintenant, puis rectifiez la consistance avec l'eau de cuisson rĂ©servĂ©e, cuillĂšre par cuillĂšre. Si vous avez trop dĂ©tendu, poursuivez le mijotage Ă dĂ©couvert plutĂŽt que d'ajouter des fĂšves Ă©crasĂ©es supplĂ©mentaires, qui dĂ©sĂ©quilibreraient l'assaisonnement.
Le pourquoiL'amidon libéré par les fÚves écrasées et par l'eau de cuisson forme un réseau colloïdal qui piÚge l'huile épicée en une émulsion stable ; c'est cette liaison, et non un ajout de farine, qui donne la tenue caractéristique de la purée.
Chauffez l'huile dans une petite poĂȘle jusqu'Ă ce qu'elle ondule, cassez l'Ćuf dedans et laissez le blanc prendre Ă feu moyen sans jamais le retourner, en arrosant Ă©ventuellement le sommet du jaune d'une cuillĂšre d'huile chaude. On veut un blanc entiĂšrement pris, des bords lĂ©gĂšrement frisĂ©s et dorĂ©s, et un jaune encore parfaitement liquide sous une fine pellicule blanche. Le bruit vous guide â un crĂ©pitement vif au dĂ©but, puis un chuintement plus calme quand le blanc coagule. Comptez deux minutes Ă peine. Si le jaune commence Ă pĂąlir et Ă s'opacifier sur le dessus, retirez immĂ©diatement la poĂȘle du feu, la chaleur rĂ©siduelle terminera le travail.
Le pourquoiLes protĂ©ines du blanc, ovalbumine et conalbumine en tĂȘte, coagulent entre 62 et 65 °C, alors que les livĂ©tines du jaune ne prennent qu'Ă partir de 68 °C ; c'est cette fenĂȘtre Ă©troite qui permet un blanc ferme sur un jaune liquide, Ă condition de ne pas retourner l'Ćuf.
Coupez le pain en tranches franchement Ă©paisses, deux bons centimĂštres, et faites-les griller des deux cĂŽtĂ©s jusqu'Ă ce que la surface soit dorĂ©e et croustillante mais que le cĆur reste moelleux, puis beurrez-les gĂ©nĂ©reusement pendant qu'elles sont brĂ»lantes. Ă Larkin, le pain est grillĂ© sur une plaque et non au grille-pain, ce qui lui donne des zones plus foncĂ©es et une surface lĂ©gĂšrement grasse. Le beurre doit fondre et pĂ©nĂ©trer, pas rester en couche. Le repĂšre est simple, la tranche doit chanter sous le couteau quand on l'entame et cĂ©der mollement au centre. Si votre pain est dĂ©jĂ rassis, passez-le une seconde sous l'eau du robinet avant de le griller, la vapeur interne lui rendra son moelleux.
Le pourquoiLe grillage dĂ©clenche les rĂ©actions de Maillard et la caramĂ©lisation des sucres de la croĂ»te, crĂ©ant une surface rigide et hydrophobe qui rĂ©sistera Ă la purĂ©e quelques secondes avant de s'imbiber â un pain non grillĂ© se dĂ©sintĂšgre immĂ©diatement.
Versez la purĂ©e brĂ»lante en flaque large et peu profonde dans une assiette creuse ou un bol Ă©vasĂ©, posez dĂ©licatement l'Ćuf au plat au centre sans le percer, puis parsemez d'oignon rouge en petits dĂ©s, de rondelles de piment vert et de quelques feuilles de coriandre, et calez une moitiĂ© de limau kasturi sur le bord. Le mangeur presse lui-mĂȘme le limau, crĂšve le jaune et mĂ©lange le tout, puis rompt le pain Ă la main pour saucer. Le contraste est essentiel â purĂ©e chaude et lourde d'un cĂŽtĂ©, croquant froid et acide de l'autre â et il tombe Ă plat si vous incorporez la garniture en cuisine. Servez immĂ©diatement, la purĂ©e fige en refroidissant. Si elle a dĂ©jĂ Ă©paissi en attendant, dĂ©tendez-la d'une cuillĂšre d'eau bouillante et remuez avant de dresser.
Le pourquoiL'acide citrique du limau abaisse le pH en bouche et perce la sensation de gras du ghee et du beurre, tandis que les composés soufrés volatils de l'oignon cru, détruits par la cuisson, apportent le relief piquant qui manque à une purée longuement mijotée.
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