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Atlas Culinaire · Wallis-et-Futuna · Wallis & Uvea
Le frĂšre gĂ©ant du taro â tubercule emblĂ©matique de l'umu wallisien, accompagnement obligĂ© du cochon cĂ©rĂ©moniel et du lu
Le kape (Alocasia macrorrhizos, taro gĂ©ant) est constamment confondu avec le taro classique (Colocasia esculenta) par les visiteurs et les recettes touristiques, alors que la distinction est absolue dans la coutume wallisienne. Le kape a un tubercule beaucoup plus gros (jusqu'Ă 30 kg pour les vieilles plantes), une chair plus farineuse et fibreuse, et surtout une teneur en oxalate de calcium NETTEMENT supĂ©rieure au taroâce qui impose une cuisson longue obligatoire. L'ethnobotaniste Jacques Barrau (ORSTOM) avait dĂšs 1957 documentĂ© dans le Journal d'agriculture traditionnelle et de botanique appliquĂ©e (PersĂ©e) que les PolynĂ©siens distinguaient rigoureusement les deux AracĂ©es dans leurs noms vernaculaires alors que les EuropĂ©ens les amalgamaient sous "taro". Plusieurs cas d'intoxication (troubles digestifs, brĂ»lures buccales) ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s chez des cuisiniers mĂ©tropolitains qui ont cru reproduire une recette de taro avec du kape mal cuit. Ă Wallis, la rĂšgle est claire chez les anciens : kape JAMAIS bouilli rapidement, TOUJOURS cuit au umu pendant 2h minimum, ou alors bouilli en grandes tranches pendant 1h30+. DeuxiĂšme dĂ©bat local : la prĂ©paration faka-afu (le tubercule entier, non tranchĂ© dans le sens longitudinal) versus kape ta'o (en tranches), tranchĂ©e selon l'occasion et le rang du convive.
Eau de coco, kava cérémoniel pour les katoaga, ou simplement servi nature en accompagnement d'un poisson cru au lait de coco
Tubercule emblĂ©matique de l'agriculture vivriĂšre de Wallis et Futuna, documentĂ© comme composante centrale des umu cĂ©rĂ©moniels depuis l'arrivĂ©e des premiers PolynĂ©siens (vers 1000 av. J.-C., cf. Frimigacci et Vienne 1990). Toujours prĂ©sent dans les jardins familiaux des trois districts d'Uvea (Mu'a, Hahake, Hihifo) et des deux royaumes futuniens (Sigave, Alo). Sa culture marque la frontiĂšre entre habitat humain et brousse. Ă Tahiti et en PolynĂ©sie française il s'appelle 'ape (ou kape Paumotu), et Ă HawaĂŻ 'apeâla racine linguistique est attestĂ©e du Tonga Ă HawaĂŻ.
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Sélectionner un kape jeune (3-5 kg, peau encore lisse, pas trop fibreuse). Brosser énergiquement à l'eau courante pour retirer la terre et les petites racines latérales. Ne PAS éplucher à ce stade - la peau protÚge la chair pendant la cuisson umu et s'enlÚvera facilement aprÚs. Pour version eau bouillante, on peut éplucher avec un couteau résistant en portant des gants (sÚve irritante).
Creuser un trou de 50 cm de profondeur et 60 cm de diamÚtre dans un sol drainant. Y empiler du bois sec (essences locales fau ou mei préférées) avec des coques de coco séchées en intercalaires. Allumer. Disposer 15 pierres volcaniques (basalte poing) sur le foyer. Laisser brûler 1h30 jusqu'à ce que le bois soit consommé et les pierres rougies. Retirer les braises avec une longue branche, garder uniquement les pierres.
Tapisser les pierres rougies de 4 feuilles de bananier passĂ©es Ă la flamme. Y dĂ©poser le kape entier (prĂ©paration faka-afu, version cĂ©rĂ©monielle) OU tranchĂ© en 4 quartiers longitudinaux (prĂ©paration kape ta'o, version quotidienne). Verser 200 ml d'eau de mer ou d'eau salĂ©e sur les pierres autourâla vapeur saline se diffuse. Recouvrir de 4 autres feuilles de bananier.
Recouvrir l'ensemble (pierres + kape + feuilles) d'un grand sac de jute humide, puis combler le trou avec la terre extraite, en tassant lĂ©gĂšrement pour Ă©tanchĂ©ifier. Aucune vapeur ne doit s'Ă©chapper. Laisser cuire 2h sans toucherâla chaleur accumulĂ©e dans les pierres fait tout le travail par Ă©touffĂ©e.
Si pas d'umu disponible, peler le kape avec gants, le couper en gros morceaux de 8 cm de cĂŽtĂ©. Plonger dans un grand volume d'eau bouillante salĂ©e. Maintenir une Ă©bullition rĂ©guliĂšre 90 min minimum. VĂ©rifier la cuisson Ă la pointe du couteauâdoit traverser sans rĂ©sistance. Ăgoutter.
Au bout de 2h, dĂ©gager la terre avec prĂ©caution (vapeur encore chaude). Retirer le sac de jute. Soulever les feuilles de bananier supĂ©rieures. Le kape est tendre, lĂ©gĂšrement brun, avec une odeur caramĂ©lisĂ©e et fumĂ©e caractĂ©ristique. Le sortir avec une longue louche ou des pinces en boisâne JAMAIS toucher les pierres encore brĂ»lantes.
Une fois tiĂšde, peler la peau qui se dĂ©tache facilement Ă la main (gants utiles). Trancher en tronçons de 4 cm d'Ă©paisseur. Disposer sur un plat de service tapissĂ© de feuille de bananier propre. Verser Ă©ventuellement la crĂšme de coco Ă©paisse par-dessus (200 ml pour 2,5 kg)âelle nappe la chair farineuse et compense sa relative sĂ©cheresse. Saler en cours de service Ă la demande.
Le kape ne se mange JAMAIS seul Ă 'Uvea : il accompagne un porc cuit au umu, un lu pulu, un poisson au lait de coco. Ă table, chacun se sert un tronçon en accompagnement de sa portion de viande/poisson. Pendant un katoaga, c'est le chef coutumier qui distribue le kape selon le rang des convivesâle faka-afu (entier) revient au chef, les ta'o (tranches) aux autres lignages.
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Sourcer ou se taire
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