Chargement de lâatlas
Atlas Culinaire · Malaisie · Asie
Le rouleau de riz gluant du BornĂ©o malaisien â ni tressĂ© en losange comme le ketupat, ni brĂ»lĂ© dans un bambou comme le lemang, mais serrĂ© dans une feuille de sous-bois qui le garde tendre deux jours.
La fiche 1184 du portail Pemetaan Budaya de la Jabatan Kebudayaan dan Kesenian Negara (https://pemetaanbudaya.jkkn.gov.my/senibudaya/detail/1184), dĂ©posĂ©e en 2024 par l'informatrice nommĂ©e Dayang Nadia binti Mawi, 32 ans, de Kampung Bangka-Bangka Ă Likas (Kota Kinabalu), classe le kelupis en makanan tradisional « sangat popular di Pantai Barat Selatan Wilayah Sabah seperti di daerah Beaufort, Labuan, Sipitang dan Papar », au sein des communautĂ©s brunĂ©ienne, kedayan et bisaya â et le Sarawak n'y est pas nommĂ© une seule fois.
L'agence de presse nationale BERNAMA soutient exactement l'inverse le 26 juillet 2026 (https://www.bernama.com/en/region/news.php?id=2586003) en faisant du kelupis un emblÚme du nord du Sarawak, à travers Mayziana Matzin, 40 ans, kedayan du kampung Sibukang à Limbang, fondatrice en 2018 de Buffet.Lab Food Services, qui revendique une variante au pandan tout en soutenant que « the original taste of kelupis remains intact ».
Le mĂȘme registre JKKN produit encore un troisiĂšme ancrage dans sa fiche 1055, consacrĂ©e Ă l'adat Makan Tahun des Orang Ulu du Sarawak (https://pemetaanbudaya.jkkn.gov.my/senibudaya/detail/1055), oĂč le kelupis est le plat principal offert aux invitĂ©s « dalam jumlah antara lima hingga enam biji dalam sesisir », par bottes de cinq Ă six piĂšces, aux cĂŽtĂ©s du wajik, du penyaram, de la banane et de l'inti.
Deux fiches du mĂȘme registre officiel, deux Ătats, et une agence de presse nationale qui tranche pour un troisiĂšme ancrage : le kelupis n'appartient Ă personne, il appartient Ă l'aire kedayan-bisaya-brunĂ©ienne qui dĂ©borde les frontiĂšres administratives.
Le second désaccord, botanique, est en revanche tranchable, et il contredit la version la plus répandue.
La fiche JKKN 1184 nomme la feuille « daun Irik/Ngirik » et l'identifie à Phacelophrynium maximum, quand les listes populaires attribuent presque toujours l'emballage du kelupis à un Donax et que la Wikipédia anglophone (https://en.wikipedia.org/wiki/Kelupis) hésite pour sa part entre Phacelophrynium maximum et Licuala grandis, c'est-à -dire un palmier en éventail d'un tout autre ordre.
Or l'interrogation du référentiel taxinomique GBIF le 4 août 2026 (https://api.gbif.org/v1/species/match?name=Phacelophrynium%20maximum) rend Phacelophrynium maximum (Blume) K.Schum.
avec le statut SYNONYM et pour nom accepté Phrynium maximum Blume, Marantaceae, espÚce que le Malaysia Biodiversity Information System enregistre bien sous ce nom (https://www.mybis.gov.my/sp/28698).
Et la notice MyBIS consacrĂ©e au Donax canniformis (https://www.mybis.gov.my/art/431) le donne sous le nom malais « bemban », dĂ©crit ses feuilles de 15 Ă 38 cm sur 8 Ă 21 cm et inventorie ses usages traditionnels â rhizome contre le zona, dĂ©coction de feuilles en bain fĂ©brifuge, tiges pour la toiture et la vannerie â sans une seule ligne sur l'emballage alimentaire et sans jamais mentionner le nom nyirik.
L'attribution du kelupis au Donax relÚve donc selon toute vraisemblance d'une confusion entre deux Marantacées bornéennes voisines, celle dont on tresse les tiges et celle dont on plie les feuilles.
La lexicographie officielle, enfin, refuse d'arbitrer : interrogĂ© le 4 aoĂ»t 2026, le Pusat Rujukan Persuratan Melayu du Dewan Bahasa dan Pustaka rĂ©pond « Carian kata tiada di dalam kamus terkini » pour kelupis (https://prpm.dbp.gov.my/cari1?keyword=kelupis), le mot ne subsistant que dans le Glosari Leksikal Bahasa Sukuan, glossaire des langues ethniques, et propose « nyarik » Ă qui cherche nyirik (https://prpm.dbp.gov.my/cari1?keyword=nyirik) â ni le plat ni sa feuille ne sont entrĂ©s dans le malais standard.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Rincez le beras pulut Ă grande eau cinq ou six fois, jusqu'Ă ce que l'eau de rinçage cesse d'ĂȘtre laiteuse, puis couvrez-le largement d'eau froide et laissez-le tremper trois heures au minimum, une nuit si vous le pouvez. Ce trempage n'est pas optionnel : le grain de riz gluant est presque entiĂšrement composĂ© d'amylopectine, il absorbe l'eau lentement et refuse de cuire Ă cĆur si on le jette sec dans le lait de coco. Vous verrez les grains passer du blanc crayeux translucide au blanc opaque et gagner prĂšs d'un tiers de volume. La cible est un grain qui s'Ă©crase entre l'ongle du pouce et l'index sans rĂ©sistance dure au centre. S'il reste un point dur, prolongez d'une heure â mieux vaut un trempage trop long, qui ne nuit pas, qu'un trempage trop court, qui condamne la fournĂ©e.
Le pourquoiL'amylopectine du riz gluant se gĂ©latinise entre 70 et 80 °C, mais seulement si l'eau a d'abord pĂ©nĂ©trĂ© au cĆur du grain ; le trempage fait ce travail Ă froid, lentement, sans faire Ă©clater la couche externe comme le ferait une hydratation brutale Ă chaud.
Essuyez chaque feuille une par une avec un linge humide, sur les deux faces, en suivant le sens des nervures et sans jamais frotter en travers â la feuille de nyirik est solide mais se fend le long de sa nervure mĂ©diane si on la contrarie. Ăliminez celles qui portent des perforations ou des taches brunes, puis passez chaque feuille dix secondes au-dessus d'une petite flamme, ou trente secondes dans un panier vapeur, jusqu'Ă ce que sa couleur fonce lĂ©gĂšrement et que l'odeur vĂ©gĂ©tale monte : c'est le geste que la fiche JKKN nomme layurkan, faire faner. Cette chaleur brĂšve est ce qui rend la feuille pliable, les fibres se dĂ©tendent et la feuille se roule alors en spirale serrĂ©e sans blanchir au pli. La cible est une feuille souple et luisante, qui accepte d'ĂȘtre enroulĂ©e autour du doigt sans craquer. Si une feuille casse malgrĂ© tout, doublez-la avec une seconde en croisant les nervures.
Le pourquoiLa chaleur ramollit les parois cellulaires et fait fondre partiellement les cires cuticulaires, ce qui abaisse la rigidité de la feuille et supprime les micro-fractures qui se produisent quand on plie un tissu végétal froid et turgescent.
Versez le lait de coco dans une grande casserole Ă fond lourd ou un wok, ajoutez le sel et les feuilles de pandan nouĂ©es, et portez Ă frĂ©missement sur feu moyen en remuant sans arrĂȘt avec une spatule en bois. Ne quittez pas la casserole : le santan attache et brĂ»le en un instant, et une seule tache brĂ»lĂ©e au fond parfume tout le kelupis d'une amertume tenace. Continuez jusqu'Ă ce que le mĂ©lange Ă©paississe lĂ©gĂšrement et qu'un voile d'huile claire commence Ă perler en surface â Utusan Sarawak fait de ce point prĂ©cis le repĂšre d'entrĂ©e du riz, et c'est le signe que l'Ă©mulsion se casse et que la matiĂšre grasse se libĂšre. La cible est un santan chaud, huileux en surface, intensĂ©ment parfumĂ© au pandan. S'il se sĂ©pare franchement en caillots, baissez le feu et fouettez vigoureusement une trentaine de secondes pour le remettre en suspension.
Le pourquoiLe lait de coco est une émulsion huile dans eau stabilisée par des protéines ; la chaleur dénature ces protéines et fait coalescer les gouttelettes lipidiques, qui remontent. Cette huile de coco libérée est ce qui enrobera ensuite chaque grain et donnera au kelupis sa brillance et sa conservation.
Versez le riz gluant égoutté dans le santan frémissant et lissez-le à la spatule pour que le liquide le recouvre franchement. Remuez ensuite en continu, en raclant le fond et les angles de la casserole, pendant vingt à vingt-cinq minutes de feu doux : le riz boit le lait de coco par paliers et le mélange passe du liquide au crémeux, puis à une masse lourde qui résiste à la spatule et se décolle des parois en un seul bloc. C'est ce stade que la fiche JKKN 1184 appelle « pulut separuh masak dan airnya hampir kering », et il décide de tout, car la feuille ne cuira pas le riz, elle ne fera que le finir. La cible est un riz à demi cuit, brillant, dont les grains ont gonflé, restent distincts sous la dent mais adhÚrent entre eux, et dont plus une goutte de santan libre ne subsiste au fond. S'il reste du liquide alors que le riz est déjà tendre, montez le feu trente secondes en remuant fort pour évaporer, plutÎt que de prolonger la cuisson.
Le pourquoiCuit dans le lait de coco plutĂŽt que dans l'eau, l'amidon gĂ©latinise en prĂ©sence de lipides qui s'intercalent entre les chaĂźnes d'amylopectine. Le grain reste souple, se ressoude moins en refroidissant et retarde la rĂ©trogradation â c'est la raison technique pour laquelle un kelupis reste tendre deux jours quand un riz gluant Ă l'eau durcit en quelques heures.
Ătalez le pulut dans un plat large et laissez-le tiĂ©dir vingt minutes, jusqu'Ă une tempĂ©rature oĂč la main le supporte sans brĂ»ler â trop chaud, il colle Ă tout et se dĂ©forme ; trop froid, il se raidit et ne se laisse plus modeler. PrĂ©levez ensuite, comme le prescrit la fiche JKKN, deux Ă trois grosses cuillerĂ©es par piĂšce et roulez chacune en un boudin rĂ©gulier d'une douzaine de centimĂštres de long sur trois de diamĂštre, en vous aidant d'une spathe de bĂ©tel, d'une bande de film alimentaire ou simplement de paumes mouillĂ©es. Ce prĂ©formage est le secret d'un kelupis net : on n'essaie jamais de façonner le riz directement dans la feuille, on y dĂ©pose un cylindre dĂ©jĂ formĂ©. La cible est une sĂ©rie d'une trentaine de boudins identiques, denses, sans fissure de surface. Si le riz colle aux mains, humectez-les d'eau salĂ©e plutĂŽt que d'huile, qui empĂȘcherait la feuille d'adhĂ©rer ensuite.
Le pourquoiEn refroidissant, l'amylopectine commence à se réassocier et la masse gagne en cohésion : c'est cette prise partielle qui permet au cylindre de garder sa forme sans support pendant qu'on l'enveloppe.
Posez une feuille assouplie cĂŽtĂ© brillant vers le haut, dĂ©posez un boudin en travers du tiers infĂ©rieur, Ă trois centimĂštres du bord, puis rabattez le bord sur le riz et roulez d'un mouvement continu en tirant lĂ©gĂšrement vers vous Ă chaque tour, de façon que la feuille se tende sur le riz au lieu de flotter autour. La tension du roulage est tout : c'est elle qui empĂȘchera le riz gluant de gonfler et de se dĂ©liter Ă la vapeur. ArrivĂ© au bout, pincez les deux extrĂ©mitĂ©s du rouleau entre pouce et index, repliez-les vers le dessous et maintenez-les plaquĂ©es â la fiche JKKN dĂ©crit exactement ce geste, « gulung dengan kemas dan lipat kedua-dua hujungnya ». La cible est un cylindre ferme et rĂ©gulier, sans jour visible entre la feuille et le riz, qui ne se dĂ©roule pas quand on le lĂąche. Si la feuille est trop courte, ajoutez-en une seconde en la chevauchant de moitiĂ© plutĂŽt que d'accepter un rouleau lĂąche.
Le pourquoiLe riz gluant à demi cuit continue d'absorber et de gonfler à la vapeur. Une enveloppe serrée exerce une contre-pression mécanique qui contraint cette expansion et force les grains à se souder en une masse dense et tranchable, au lieu de s'écarter en bouillie.
Alignez quatre Ă six rouleaux cĂŽte Ă cĂŽte, bien parallĂšles, et liez-les ensemble avec une ficelle naturelle, une laniĂšre de rotin ou du raphia : deux tours Ă chaque extrĂ©mitĂ©, un tour au milieu, serrĂ©s mais sans cisailler la feuille. Le bottelage n'est pas dĂ©coratif â c'est lui qui maintient les extrĂ©mitĂ©s repliĂ©es fermĂ©es pendant toute la cuisson et qui empĂȘche les rouleaux de rouler et de s'ouvrir dans le panier vapeur. C'est aussi la forme sous laquelle le kelupis circule socialement : la fiche JKKN 1055 sur l'adat Makan Tahun des Orang Ulu le dĂ©crit servi aux invitĂ©s par sisir de cinq Ă six piĂšces, et Rasa.my botelle par quatre ou cinq. La cible est un fagot compact qui se soulĂšve d'une main sans qu'aucun rouleau ne glisse. Si vous n'avez ni rotin ni raphia, une ficelle de cuisine en coton fait l'affaire, mais Ă©vitez le nylon, qui ramollit Ă la vapeur.
Le pourquoià la vapeur, la feuille perd de l'eau et se rétracte légÚrement ; sans lien qui maintienne la pression, les extrémités repliées se rouvrent et l'eau de condensation s'infiltre dans le riz.
Disposez les fagots dans un grand panier vapeur, en couches croisĂ©es pour laisser circuler la vapeur, et faites cuire Ă couvert quarante minutes Ă une heure sur une eau franchement bouillante â la fourchette que donnent aussi bien la fiche JKKN 1184 que Rasa.my â en vĂ©rifiant le niveau d'eau Ă mi-parcours. La feuille va foncer, passer du vert vif au vert olive, et embaumer une odeur vĂ©gĂ©tale douce mĂȘlĂ©e au pandan et au coco ; c'est pendant ce temps que l'arĂŽme de la feuille migre dans le riz, ce que la fiche officielle donne comme la raison mĂȘme de la durĂ©e. Sortez les fagots et, ceci est non nĂ©gociable, laissez-les refroidir au moins une heure Ă tempĂ©rature ambiante avant d'ouvrir : le riz gluant chaud est mou et informe, c'est en refroidissant qu'il prend sa texture dense et tranchable. La cible est un rouleau qui, dĂ©ballĂ©, se tient seul, se coupe net au couteau en rondelles brillantes et se dĂ©tache de la feuille sans y laisser de riz. Servez Ă tempĂ©rature ambiante avec serunding, rendang, ayam masak merah, kuah kacang ou sambal tahai ; conservĂ© dans sa feuille, un kelupis se garde deux jours sans rĂ©frigĂ©ration et se rĂ©chauffe cinq minutes Ă la vapeur.
Le pourquoiLa vapeur à 100 °C achÚve la gélatinisation de l'amidon sans apporter d'eau liquide au contact du grain ; au refroidissement, la rétrogradation partielle de l'amylopectine soude les grains entre eux et donne la fermeté qui permet de trancher le rouleau.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier Ă cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.