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Atlas Culinaire · Saint-Kitts-et-Nevis · Saint-Kitts & Basseterre
L'ancien plat national de la Fédération — ragoût de cabri mijoté à l'eau (pas au bouillon), parfumé clou de girofle, mace et breadfruit, détrôné par concours d'État en 2003
Le **goat water** est un cas de **patrimoine partagé revendiqué par deux territoires**, et la querelle est documentée. À **Montserrat**, le goat water est et reste le **plat national officiel** (« Goat Water has always been the national dish of Montserrat »), au point d'être servi rituellement à la St Patrick's Day montserratienne. À **Saint-Kitts-et-Nevis**, il a longtemps tenu ce rang AVANT d'être **détrôné par un concours national en 2003** : pour les 20 ans d'indépendance, le gouvernement a lancé une compétition pour remplacer le goat water par un plat « plus moderne et représentatif de la diversité agricole », remportée par **Jacqueline Ryan** avec le stewed saltfish (voir KN001). Le point tranché : la version kittienne se distingue de la montserratienne sur trois marqueurs vérifiables. (1) La technique du **nom même** — « goat stew is also called goat water because its base is water, not stock » (Tasting Table) : à Saint-Kitts on mouille à l'eau, jamais au bouillon du commerce, ce qui force la gélatine de l'os à faire le liant. (2) Le **breadfruit** (fruit-à-pain, importé par le HMS Providence du capitaine Bligh en 1793) est intégré directement dans le ragoût kittien comme féculent porteur, là où la version montserratienne mise davantage sur le **tarot/dasheen** et le rhum. (3) Le **profil d'épices** kittien est explicitement « clove, cinnamon, allspice and black pepper » avec **mace (macis)** et **marjoram** — un bouquet plus « pâtissier » que le goat water des autres îles. Patrick Jaszewski (Explorers Kitchen, 2016) confirme l'emploi de **papaye verte** comme attendrisseur et liant doux. Le clou de girofle reste la signature aromatique discriminante : c'est lui qui sépare un vrai goat water d'un simple ragoût de chèvre caribéen.
Mauby (boisson amère d'écorce, signature des Petites Antilles) — Carib ou Stag (bières régionales) — bush tea (infusion locale) pour le service traditionnel du matin
Le **goat water** est l'**ancien plat national** de Saint-Kitts-et-Nevis, détrôné officiellement en 2003 par concours d'État au profit du stewed saltfish, mais resté profondément ancré dans le quotidien et les fêtes kittiennes. Plat de festivals, de rassemblements familiaux et de petit matin festif (on en sert aux fêtes patronales et à l'aube après les veillées), il incarne la débrouille des cuisines afro-caribéennes — « rooted in the cooking practices of enslaved Africans who made nourishing meals from available ingredients ». Le goat water relie d'ailleurs Saint-Kitts à Montserrat (où il reste plat national) et à Antigua dans une même tradition antillaise du ragoût de cabri. Note 9/10 — patrimoine vivant malgré la perte du titre officiel.
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Laver les cubes de cabri os-in au jus de citron vert et à l'eau froide, frotter, rincer et bien égoutter (geste caribéen qui débarrasse l'odeur forte de la chèvre). Sécher au papier absorbant. Assaisonner avec un peu de sel, de l'ail écrasé et la moitié du thym, laisser prendre 20 minutes. Préparer les épices : clous de girofle, macis, demi-bâton de cannelle, allspice et marjolaine à portée de main. C'est le bouquet aromatique qui fait l'identité kittienne du plat.
Chauffer l'huile de coco dans une grande cocotte à fond épais. Saisir les cubes de cabri en plusieurs fournées sur toutes les faces jusqu'à coloration franche, réserver. Dans le même gras, jeter les clous de girofle entiers, le macis, le bâton de cannelle et l'allspice, remuer 30 secondes jusqu'à ce que ça embaume — ce coup de chaleur réveille les huiles essentielles. Ajouter l'oignon, l'ail et faire suer 4 minutes sans brunir.
Remettre le cabri saisi dans la cocotte avec son jus. Ajouter le concentré de tomate et remuer 1 minute pour le cuire. Verser l'eau (1,5 l, surtout PAS de bouillon — c'est ce qui fait le « goat water »), ajouter le bouquet de thym restant, la marjolaine et le Scotch bonnet ENTIER non percé. Porter à ébullition puis baisser à frémissement. Couvrir et laisser mijoter doucement 1 h 30 — la gélatine de l'os va commencer à donner le liant naturel.
Quand le cabri commence à être tendre (vers 1 h 30), retirer le Scotch bonnet, le bâton de cannelle et le bouquet de thym. Ajouter les cubes de breadfruit (fruit-à-pain) et de papaye verte. Le breadfruit va s'imprégner du ragoût et apporter le féculent porteur kittien, la papaye verte attendrit les dernières fibres et donne une douceur retenue. Poursuivre la cuisson à couvert 30 minutes jusqu'à ce que le breadfruit soit fondant mais entier.
Pour un service plus copieux, préparer les dumplings : mélanger farine, levure chimique et une pincée de sel, couper le beurre dedans du bout des doigts, ajouter juste assez d'eau pour une pâte ferme. Rouler en petites quenelles. Les déposer délicatement à la surface du ragoût frémissant, couvrir et pocher 12-15 minutes sans remuer — ils gonflent et cuisent à la vapeur du ragoût. Ils absorbent le parfument du goat water.
Délayer la farine dans un peu d'eau froide avec le gravy browning jusqu'à obtenir un lait lisse sans grumeaux. Verser ce mélange en filet dans le ragoût en remuant doucement — il épaissit le jus et lui donne la couleur acajou profonde caractéristique du goat water kittien. Laisser frémir 5 minutes pour cuire la farine et perdre tout goût cru. Goûter et ajuster le sel.
Couper le feu et laisser reposer le goat water 10 minutes à couvert — le ragoût se stabilise, le liant prend et les saveurs se fondent. Vérifier une dernière fois l'assaisonnement. Servir bien chaud en bol creux, avec les dumplings, accompagné de riz blanc ou de Johnny cakes selon l'usage kittien. Traditionnellement, le goat water se mange aussi au petit matin lors des fêtes, comme remontant.
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Sourcer ou se taire
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