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Atlas Culinaire · Singapour · Asie
Chapeau haut-de-forme croustillant farci de bangkuang braisé, crevettes et œuf, joyau snack de la cuisine Péranakan de Singapour.
L'origine du Kueh Pie Tee est âprement disputée entre partisans d'une influence britannique directe et défenseurs d'une invention purement Péranakan locale. Selon l'historien de la cuisine Christopher Tan dans 'The Way of Kueh' (Epigram Books, 2019, ISBN 9789814901604), le nom 'pie tee' dériverait des 'patty irons' britanniques — moules en fer pour rosettes sucrées introduits à Singapour au début du XX° siècle — ce qui ferait du plat un syncrétisme colonial typique du Baba-Nyonya. À l'opposé, Baba Ong Jin Teong, dans son article publié dans 'The Peranakan' (bulletin de la Peranakan Association Singapore), soutient que le Kueh Pai Tee était déjà connu sous le nom de 'Syonanto Pie' pendant l'occupation japonaise (1942-1945), preuve d'une appropriation locale antérieure à toute diffusion britannique formalisée. La chercheure de BiblioAsia (National Library Board Singapore) Toffa Abdul Wahed tranche dans son article 'Cups and Sources: Hunting Down the Origins of Kueh Pie Tee' (BiblioAsia, Vol. 20 Issue 4, Jan-Mar 2025) : la première documentation écrite indiscutable reste la recette d'Ellice Handy dans 'My Favourite Recipes' (1952), qui fixe le template bangkuang + pousses de bambou + stock porc-crevettes comme norme Nyonya canonique — template que toutes les publications majeures de 1950 à 1980 (Mrs Leong Yee Soo, Yu Yoon Gee, Dorothy Ng, Terry Tan) ont repris sans modification substantielle, tranchant ainsi en faveur d'une stabilité de la recette Péranakan plutôt que d'une créolisation continue.
Teh tarik servi au hawker ou chrysanthème froid (菊花茶) ; éviter les boissons sucrées lourdes qui écrasent la légèreté des cups croustillantes
Le Kueh Pie Tee figure parmi les 10 plats Péranakan les plus emblématiques selon le Singapore Tourism Board (STB Heritage Food Trail, 2023). Il est servi dans les grandes maisons Péranakan de Katong (328 Katong Laksa, True Blue Cuisine, National Kitchen by Violet Oon) et dans les hawker centres du East Coast. La Peranakan Association Singapore (fondée 1900) en a officiellement intégré la recette dans ses publications culinaires patrimoniales. Il est également inscrit dans la liste des plats représentatifs du Peranakan Museum (anciennement Tao Nan School) de Singapore. Populaire lors des célébrations du Nouvel An Chinois, des mariages Baba-Nyonya et des tea parties — le terme 'kueh' désigne en Péranakan tout snack ou gâteau de fête.
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Peler le bangkuang et les carottes. Râper finement le bangkuang à la râpe julienne ou au robot — on obtient environ 400g de chair après râpage. Placer dans un torchon propre, tordre fermement et essorer jusqu'à extraire un maximum d'eau (le bangkuang rend 30-40% de son poids en eau). Râper pareillement les carottes. Égoutter les pousses de bambou en boîte, rincer à l'eau froide et tailler en fine julienne. Cette étape est non négociable : une bangkuang mal essorée rendra la garniture aqueuse en moins de 10 minutes et détrempera les cups croustillantes.
Chauffer l'huile végétale dans un wok ou une grande sauteuse à feu moyen-vif. Faire revenir l'ail haché 30 secondes jusqu'à légère dorure. Ajouter le taucheo haché et mélanger 1 minute pour libérer ses arômes fermentés. Incorporer bangkuang essoré, carottes et pousses de bambou. Mélanger vigoureusement 2-3 minutes. Verser le bouillon de crevettes (ou eau), couvrir et braiser à feu doux-moyen pendant 20-25 minutes, en remuant toutes les 5 minutes, jusqu'à ce que le bangkuang soit tendre mais conserve encore une légère fermeté. En fin de cuisson, relever de sauce soja, sucre, sel et poivre blanc. Laisser tout liquide résiduel s'évaporer — la garniture doit être presque sèche pour ne pas détremper les cups.
Dans une poêle huilée à feu vif, sauter les crevettes décortiquées (hachées grossièrement) 2-3 minutes avec une pincée de sel et de poivre blanc jusqu'à ce qu'elles soient roses et à peine cuites — elles continueront à cuire brièvement lors de l'incorporation finale. Incorporer les crevettes sautées dans la garniture bangkuang hors du feu. Battre les 2 oeufs avec une pincée de sel, faire une omelette fine dans la poêle huilée, rouler et tailler en fines lamelles de 3-4 cm. Réserver l'omelette et les crevettes entières de garnish séparément.
Dans un saladier, tamiser ensemble la farine de blé, la farine de riz et la farine de maïs avec le sel et le poivre blanc. Creuser un puits, y casser l'œuf et verser l'eau froide progressivement en fouettant depuis le centre vers l'extérieur pour éviter les grumeaux. La pâte doit être lisse, fluide et napper légèrement le dos d'une cuillère — consistance proche d'une pâte à crêpe légèrement plus épaisse. Passer la pâte à travers un tamis fin pour éliminer tout grumeau. Couvrir et laisser reposer 30-45 minutes à température ambiante — ce repos permet à la farine de s'hydrater et aux bulles de s'échapper, garantissant des cups uniformes.
Mixer 4-5 piments rouges épépinés avec 3 c.à.s. de vinaigre blanc, 1 c.à.s. de sucre et 0,5 c.à.c. de sel jusqu'à obtenir une sauce lisse de couleur orange vif. Ajuster l'acidité et le sucre selon le goût — la sauce doit être vive, légèrement sucrée et acidulée, sans dominer la garniture. Passer au tamis fin pour éliminer les peaux. La chilli cuka peut se préparer jusqu'à 3 jours à l'avance et se conserver au réfrigérateur dans un bocal fermé. C'est elle qui différencie le Kueh Pie Tee d'une simple tartelette salée.
geste technique clé — Chauffer l'huile à 175-180°C dans une casserole profonde (profondeur minimale 8 cm). Plonger le moule à pie tee (moule en laiton ou en fer à bec spécifique) dans l'huile chaude pendant 2-3 minutes pour qu'il atteigne la même température que l'huile — ce préchauffage est indispensable pour que la pâte adhère. Sortir le moule, laisser l'excès d'huile s'égoutter 3 secondes, puis plonger immédiatement (sans tarder) dans la pâte jusqu'à 3/4 de la hauteur du moule — ne jamais immerger complètement pour garder le bord libre. Replonger aussitôt dans l'huile chaude : la pâte accrochée commence à gonfler et dorer. Après 45-60 secondes, secouer doucement le moule — la cup doit se détacher et flotter librement. Retirer à l'aide d'une araignée, égoutter sur papier absorbant. Répéter l'opération en réchauffant le moule entre chaque cup.
Chaque première cup d'une session est un test : si elle ressort trop épaisse et molle, diluer la pâte avec 1-2 c.à.s. d'eau supplémentaire. Si elle est trop fine et se déchire, ajouter 1 c.à.s. de farine de blé. La couleur idéale est dorée pâle uniforme, jamais brune (signe de surchauffe). Les cups parfaites doivent produire un son craquant net lorsqu'on les tapote. Les cups crues non utilisées (pâte préparée) se conservent 2 heures à température ambiante couvertes d'un film ; les cups frites se ramollissent après 2-3h et ne se réchauffent pas bien.
Disposer les cups dorées sur un plateau de service. Glisser une petite feuille de laitue (optionnel) dans chaque cup pour protéger le fond du croustillant contre l'humidité de la garniture. Ajouter 1-2 c.à.s. bombées de garniture bangkuang-crevettes chaude ou à température ambiante. Garnir d'une crevette entière cuite, d'une lamelle d'omelette, de quelques feuilles de coriandre fraîche et d'une pincée d'échalotes frites. Déposer une goutte de chilli cuka sur le dessus juste avant service ou proposer la sauce à part. Servir immédiatement — les cups doivent encore craquer sous la dent.
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Sourcer ou se taire
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