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Atlas Culinaire · Malaisie · Asie
Un filet de pâte jeté dans l'huile bouillante et replié en trois gestes — le kuih le plus spectaculaire de Bornéo, et celui qu'on confond avec deux autres.
Le premier est celui-ci, le kuih jala de Bornéo, que la notice « Jala (kuih) » de la Wikipédia anglophone rattache à Sabah, au Sarawak et à Brunei, attribue conjointement aux Melayu Brunei, aux Iban, aux Bajau et aux Kadazan-Dusun, et dont elle donne les trois seuls ingrédients — farine de riz, huile de friture, sucre de palme — avant de trancher d'une phrase sans ambiguïté : « It is very different from the roti jala in Peninsular Malaysia », affirmation qu'elle adosse à trois articles de presse, deux du Borneo Post Online (21 août 2012 et 23 mai 2013), un de Pelita Brunei signé Ak.
Jefferi Pg.
Durahman (27 octobre 2014) et un de Berita Harian (« Dapur Ratu : Kuih jala », 28 avril 2011).
Le deuxième est le roti jala de la péninsule, dont la notice dédiée établit qu'il est fait de farine de blé, d'œufs, de lait ou de lait de coco et d'une pointe de curcuma, qu'il est cuit sur une plaque et non frit, qu'il est salé et sert d'accompagnement au curry en remplacement du riz, et qu'il vient de Sumatra, des îles Riau et de la péninsule, chez les Malais, les Minangkabau et les Achèhnois : farine différente, cuisson différente, registre différent, aire différente.
Le troisième est le jala mas, ou jala emas, que la Wikipédia malaisienne décrit comme une confiserie de jaunes d'œufs pochés en fils dans un sirop de sucre, d'origine portugaise — sœur des fios de ovos, du foi thong thaïlandais et du keiran somen japonais —, réservée jadis aux tables royales et populaire au Kelantan et au Terengganu, donc sur la côte est de la péninsule et non à Bornéo.
Le seul point litigieux qui subsiste porte sur l'antériorité : le site de recettes Loka Taste avance que le kuih jala « vient de Brunei mais est bien plus répandu au Sarawak et à Sabah », là où la Wikipédia anglophone place les quatre peuples fondateurs sur le même plan sans hiérarchie — la fiche retient l'ancrage sabahan documenté sans nier la revendication brunéienne.
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Prenez une demi-coquille de noix de coco vidée et poncée, et percez-en le fond de dix à quinze trous d'environ trois millimètres, régulièrement espacés ; à défaut, un petit bol en plastique rigide fait exactement le même office et c'est la solution qu'emploient aujourd'hui la plupart des cuisinières. Ce verseur est l'outil qui définit le kuih : sans lui, pas de filet. Les trous doivent être nets et débarrassés de leurs bavures, sinon la pâte s'y accrochera et le filet sera irrégulier. La cible est un verseur qui laisse couler dix à quinze traits parallèles et continus quand on y verse de l'eau. Si un trou coule plus vite que les autres, agrandissez légèrement les autres plutôt que de tenter de le réduire.
Le pourquoiLe diamètre des perçages détermine le débit et donc la finesse du fil. Trop larges, les filets se rejoignent en nappe et l'on obtient une galette ; trop fins, la pâte n'a pas la pression suffisante pour s'écouler régulièrement.
Hachez le pain de sucre de palme et faites-le fondre dans les 120 ml d'eau chaude à feu doux, en remuant jusqu'à dissolution complète. On veut un sirop fluide et brun, pas un caramel : dès que le dernier éclat a disparu, coupez le feu. L'odeur doit être franchement mélassée, la couleur profonde mais encore translucide en couche fine. Filtrez au chinois pour retenir les fibres et impuretés que contiennent presque toujours les sucres de palme artisanaux : elles boucheraient les trous du verseur. Si le sirop épaissit en refroidissant au point de napper, rallongez-le d'un peu d'eau tiède.
Le pourquoiDissoudre le sucre avant de l'incorporer garantit une répartition homogène et évite que des cristaux résiduels ne rayent la pâte. L'eau chaude accélère la solubilisation du saccharose sans amorcer sa caramélisation.
Versez la farine de riz dans un grand saladier, creusez un puits et incorporez le sirop tiède en fouettant, puis ajoutez l'eau à température ambiante par petites quantités. Vous cherchez une pâte lisse, fluide et homogène, sans le moindre grumeau, d'une consistance proche de celle d'une crème liquide : elle doit couler du fouet en ruban continu et non tomber par paquets. Fouettez suffisamment pour que la farine soit pleinement hydratée, ce qui prend une bonne dizaine de minutes. Si la pâte est trop épaisse, elle sortira en gros vermicelles mous ; trop fluide, elle se dispersera en gouttelettes dans l'huile au lieu de filer. Rectifiez toujours par l'eau, jamais par la farine.
Le pourquoiL'amidon de riz doit s'hydrater complètement avant la friture pour gélatiniser proprement au contact de l'huile. Une farine mal détrempée laisserait des poches sèches qui éclateraient dans le bain.
Couvrez et laissez reposer la pâte une vingtaine de minutes à température ambiante. Pendant ce temps, les granules d'amidon finissent d'absorber l'eau et la pâte s'épaissit légèrement — c'est normal et attendu. À la reprise, fouettez de nouveau et réévaluez la fluidité, car elle aura presque certainement besoin d'une ou deux cuillerées d'eau supplémentaires. La cible reste la même : un ruban continu au fouet. Ne sautez pas ce repos en pensant gagner du temps, car une pâte non reposée continuera de s'épaissir dans le verseur pendant que vous frirez, et vos dernières pièces ne ressembleront plus aux premières.
Le pourquoiL'hydratation des granules d'amidon est un phénomène lent de diffusion. Le repos l'achève et stabilise la viscosité, sans quoi celle-ci dériverait tout au long du service.
Remplissez le wok à mi-hauteur et chauffez jusqu'à environ 170 °C, palier où une goutte de pâte remonte immédiatement en grésillant vif sans noircir. La largeur du wok compte autant que la température : il faut de la place pour tracer une spirale complète sans toucher les bords. Testez toujours avec une seule goutte avant de lancer la première pièce, et observez : elle doit flotter en trois secondes, blondir en dix, et ne pas fumer. Si elle brunit instantanément, coupez le feu deux minutes ; si elle coule au fond et y reste, l'huile est trop froide et votre dentelle sera grasse. Corrigez avant de commencer, jamais en cours de fournée.
Le pourquoiAutour de 170 °C, l'eau de la pâte se vaporise assez vite pour repousser l'huile et empêcher l'imprégnation, tandis que l'amidon gélatinise puis sèche. Sous ce seuil, la vaporisation est trop lente et l'huile pénètre la structure.
Remplissez le verseur de pâte en bouchant les trous d'une main, positionnez-le à une vingtaine de centimètres au-dessus de l'huile, libérez et décrivez aussitôt des cercles réguliers pour que les filets se croisent en couches successives. Comptez dix à douze passages superposés pour une pièce : c'est cette accumulation qui donne l'épaisseur et le nom de sarang semut, nid de fourmis. Le geste doit être continu et sans hésitation, car un arrêt fait une grosse tache là où il faudrait un fil. Vous verrez la dentelle prendre forme et blondir en quelques secondes seulement. Si les filets se rejoignent en nappe pleine, votre pâte est trop épaisse ou vous versez trop bas : remontez la main et rectifiez la pâte.
Le pourquoiLa hauteur de versement détermine l'étirement du filet par gravité avant qu'il ne touche l'huile : plus haut, plus fin. Le croisement en spirale crée un treillis qui se soude aux points de contact pendant la gélatinisation, d'où la tenue mécanique de la dentelle.
Dès que le disque prend une couleur blond clair, et surtout pas plus tard, saisissez deux bâtonnets ou deux baguettes et repliez-le sur lui-même dans l'huile même — en deux pour la forme classique en demi-lune, ou en trois pour le triangle qu'on voit sur les étals de Sabah. Le pliage doit se faire pendant que la dentelle est encore souple et chaude, ce qui laisse une fenêtre de quelques secondes à peine. Vous sentirez la résistance changer sous le bâtonnet au moment précis où elle devient cassante. La cible est une pièce pliée nettement, dont les couches restent visiblement ajourées. Si elle casse au pliage, vous avez attendu trop longtemps : sortez la suivante plus tôt, même si elle vous paraît pâle.
Le pourquoiTant que l'amidon gélatinisé conserve de l'eau, il reste plastique et se déforme sans rompre. La déshydratation progressive le fait franchir sa transition vitreuse et il devient rigide et cassant — d'où l'étroitesse de la fenêtre de pliage.
Retirez la pièce à l'écumoire ajourée et posez-la debout ou sur la tranche dans une passoire, jamais à plat sur du papier absorbant, afin que l'huile s'écoule par toutes les mailles. Le kuih finit de sécher et de durcir hors du bain, en une poignée de minutes : à la sortie il ploie encore, et c'est seulement en refroidissant qu'il devient franchement cassant. Vous verrez le brillant gras de la sortie de bain se ternir peu à peu en un mat sableux, et c'est ce changement d'aspect qui annonce le croustillant. La cible est une dentelle sèche au toucher, blonde à dorée, qui craque sous la pression d'un ongle. Si elle reste souple ou grasse après refroidissement complet, c'est que l'huile était trop froide au versement : rien ne se rattrape sur la pièce, mais corrigez le bain pour la suite.
Le pourquoiL'égouttage vertical exploite la capillarité et la gravité pour vider les mailles, quand un contact à plat sur du papier ferait remonter l'huile par l'autre face et cuirait la pièce dans sa propre vapeur.
Rangez les kuih jala parfaitement froids dans un bocal hermétique, sans les tasser, et gardez-les à l'abri de la lumière. Comme le kuih cincin, ce biscuit se conserve plusieurs semaines parce qu'il ne contient ni œuf ni produit laitier et que sa teneur en eau est très basse — c'est ce qui en fait un kuih de fête que l'on prépare d'avance et que l'on offre. La cible est un bocal sec, refermé sans air chaud emprisonné. Si le croustillant faiblit, repassez les pièces dix minutes au four à 120 °C et laissez-les refroidir à découvert. Manipulez-les peu : leur fragilité est proportionnelle à leur finesse.
Le pourquoiUne activité de l'eau très basse bloque toute évolution microbienne, et l'absence d'œuf et de matière grasse laitière écarte le rancissement rapide. Le seul risque est la reprise d'humidité, qui replastifie l'amidon vitreux.
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Sourcer ou se taire
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