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Atlas Culinaire · Singapour · Asie
Ailes de poulet et garnitures braisées dans une sauce cantonaise au nam yue (豆腐乳, tofu rouge fermenté) et tau cheoh (豆瓣酱, pâte de soja brun), servies sur nouilles d'oeuf fines — plat hawker quasi-disparu de Singapour, héritage vivant de la tradition loh mei (卤味) des colporteurs ambulants des années 1950.
La controverse principale du Loh Kai Yik oppose deux écoles sur la composition du bain de braisage : l'école traditionnelle — documentée par Christopher Tan et Amy Van dans Chinese Heritage Cooking (Marshall Cavendish, ISBN 9789814346443, 2012, recette Loh Kai Yik p.28-31) — insiste que le bain doit contenir du nam yue (tofu rouge fermenté au riz rouge levain 紅麴) comme agent de coloration et d'umami exclusif, sans sauce soja foncée ; tandis que les stalls modernes de Singapour, notamment le Lo Mei Specialist de People's Park Food Centre documenté par le blogueur gastronomique KF Seetoh (Makansutra, 2018), utilisent principalement la sauce soja foncée et de l'huile de sésame comme raccourci, reléguant le nam yue à un rôle marginal. Le Johor Kaki Food Blog (TL Lim, octobre 2020) a tranché en faveur de la version au nam yue en visitant les deux derniers stalls singapouriens servant le plat authentique — Charlie's Peranakan Food (Golden Mile Food Centre) et Lo Mei Specialist (People's Park Food Centre) — et en concluant que seul le stall de Charlie maintient le bain au nam yue original, héritage de la recette de sa mère achetée dans les années 1960 à un colporteur ambulant à deux paniers (两桶担) ; le stall de People's Park en propose une version simplifiée sans cuttlefish ni nam yue complet. Une seconde controverse porte sur les garnitures : les sources historiques, dont le blog Life's Indulgences (juin 2007) et Frank Food (juillet 2010, événement «Vanishing Food – Loh Kai Yik»), confirment que le plat authentique inclut cuttlefish (joo her/墨鱼), peau de porc, abats (intestins, foie) et tau pok (tofu frit), alors que la quasi-totalité des recettes contemporaines a épuré ces garnitures pour se limiter aux ailes et aux cuisses, un compromis que Christopher Tan qualifie dans son livre de «légère adaptation aux goûts modernes» mais qui, selon le Frank Food Event, dénature le caractère syncrétique et populaire de ce «pot perpétuel» cantonais.
Chrysanthème froid (菊花茶, chrysanthemum tea glacé) — accord hawker classique cantonais qui contre le gras du braisage et purifie le palais entre les bouchées de sauce loh mei riche ; thé pu-erh (普洱茶) chaud en alternative digestive ; Tiger Beer locale (5°) si contexte non-halal, sa légère amertume tranche avec la douceur sucrée du nam yue. Éviter les boissons très sucrées qui écrasent les couches umami complexes de la sauce.
Le Loh Kai Yik (南乳卤鸡翼) est l'un des plats hawker cantonais les plus rares de Singapour en 2026 : selon le Johor Kaki Food Blog (TL Lim, octobre 2020), seuls deux stalls le servent encore — Lo Mei Specialist au People's Park Food Centre (Chinatown) et Charlie's Peranakan Food au Golden Mile Food Centre. Le blogueur Frank Food (juillet 2010, événement culinaire «Vanishing Food – Loh Kai Yik») avait déjà en 2010 identifié le plat comme «en voie de disparition», et la situation ne s'est pas améliorée depuis. À son apogée dans les années 1950-1960, il était vendu par des colporteurs ambulants à deux paniers portés sur épaule (两桶担), présents aux opéras de rue (Wayang, 戏班) et dans les marchés nocturnes. La Singapore Tourism Board (STB) classe la catégorie loh mei parmi les «at-risk heritage food» dans son rapport 2021 sur les hawker foods menacés. Note de popularité 6/10 : plat historiquement très aimé mais désormais marginalement accessible ; quasiment inconnu des générations nées après 1990 sauf via les médias culinaires de nostalgie.
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blanchiment et trempage — Porter une grande casserole d'eau à ébullition. Plonger les ailes de poulet entières 3 min dans l'eau bouillante, puis les égoutter et les rincer à l'eau froide — cette étape élimine les impuretés et l'écume, et resserre la peau pour qu'elle reste intacte pendant le braisage long. Faire tremper le cuttlefish séché 30 min dans de l'eau tiède pour le réhydrater ; égoutter et couper en morceaux de 3 cm. Plonger le tau pok (tofu frit) 30 secondes dans de l'eau bouillante, égoutter et presser légèrement pour enlever l'excès d'huile — cette étape permet au tofu d'absorber ensuite la sauce loh mei comme une éponge. Couper la peau de porc précuite en morceaux de 4 cm si utilisée. Écraser les cubes de nam yue à la fourchette jusqu'à obtenir une pâte lisse homogène — fondamental pour éviter les zones trop salées dans le bain.
Dans une cocotte de 24-26 cm (fonte émaillée ou inox épais), chauffer 2 c.à.s. d'huile à feu moyen-vif. Ajouter les gousses d'ail écrasées et les tranches de gingembre, faire revenir 1 min jusqu'à coloration dorée et parfum libéré. Ajouter la pâte de nam yue écrasée et le tau cheoh, faire sauter 1-2 min en écrasant et mélangeant constamment — la chaleur active les arômes fermentés et les intègre à l'huile. Incorporer la sauce hoisin, la sauce soja légère et le sucre brun, mélanger 30 secondes. Verser le bouillon de poulet et remuer pour dissoudre tous les éléments. Ajouter les ciboules nouées, les anis étoilés. Porter à frémissement doux (jamais à ébullition vive). Goûter et ajuster sel/sucre : le bain doit être savoureux, légèrement sucré-salé, avec le parfum du nam yue bien présent.
Plonger les ailes de poulet blanchies dans le bain frémissant. Assurer que le bain couvre à 2/3 les ailes (ajouter du bouillon si nécessaire). Couvrir la cocotte et maintenir un frémissement très doux (85-90°C, petites bulles de surface) : c'est l'enjeu central — une ébullition vive rend les ailes fibreuses et brouille la sauce. Braiser couvert 25 min. Ajouter ensuite le cuttlefish réhydraté, le tau pok, la peau de porc. Braiser encore 20 min à découvert pour que la sauce réduise légèrement et se concentre. Retourner délicatement les ailes à mi-chemin pour une imprégnation uniforme. La peau des ailes doit être tendre, brillante, rouge-brun, et se détacher légèrement de l'os quand on la presse.
Porter une grande casserole d'eau à ébullition franche. Saler légèrement. Pour les nouilles fraîches : les plonger dans l'eau bouillante et cuire 1-2 min en les séparant délicatement avec des baguettes — les nouilles d'oeuf fraîches cuisent très rapidement. Goûter : elles doivent être al dente, avec une légère résistance sous la dent. Égoutter immédiatement et rincer rapidement à l'eau froide pour stopper la cuisson et éviter qu'elles collent. Diviser en 4 portions et verser quelques gouttes d'huile de sésame pour prévenir l'agglomération. Dans la même eau bouillante, blanchir le pak choy 1 min, égoutter et réserver.
Retirer délicatement les ailes, le tau pok, le cuttlefish et la peau de porc du bain à l'aide d'une écumoire. Retirer et jeter les ciboules et l'anis étoilé. Le bain restant est la sauce loh mei de service — goûter et ajuster : si trop salé, ajouter un peu d'eau ou de bouillon ; si trop liquide, porter à ébullition douce 5 min pour concentrer. La sauce doit être brillante, légèrement épaisse naturellement (grâce à la gélatine de la peau de porc et du collagène des ailes), rouge-brun profond. Si souhaité, prélever 200 ml de bain filtré, réserver au réfrigérateur pour le réutiliser comme «master stock» (bain mère) lors d'une prochaine session — il se bonifie à chaque utilisation.
Préchauffer les bols de service profonds (plonger dans l'eau chaude 30 secondes et sécher — bols froids figent la sauce trop vite). Déposer une portion de nouilles d'oeuf (environ 100 g) au fond de chaque bol. Disposer 3 ailes de poulet braisées sur les nouilles, côté peau vers le haut pour montrer le brillant de la sauce. Ajouter quelques cubes de tau pok et des morceaux de cuttlefish. Déposer le pak choy blanchi d'un côté. Verser généreusement la sauce loh mei chaude en 2-3 louches (environ 100-120 ml par portion) sur l'ensemble — la sauce doit recouvrir les nouilles et les garnitures et former une mare brillante rouge-brun au fond du bol. Terminer avec quelques gouttes d'huile de sésame sur les nouilles, la ciboule verte ciselée, les graines de sésame et éventuellement les rondelles de piment. Servir immédiatement.
Après le service, laisser refroidir le bain de braisage restant à température ambiante. Filtrer à travers une passoire fine pour retirer tous les solides (os, aromates, résidus). Verser dans un contenant hermétique propre. Réfrigérer jusqu'à 5 jours ou congeler en portions de 200 ml jusqu'à 3 mois. Avant réutilisation : sortir du réfrigérateur, retirer la couche de gras solidifiée en surface (optionnel — ce gras est savoureux et peut être conservé), chauffer à frémissement, goûter et rectifier sel/sucre/liquide selon besoin. Après 3-4 sessions, ce bain mère développe la complexité du «old brine» (陈卤水) des hawkers historiques.
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