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Atlas Culinaire · Israël · Asie
La soupe du vendredi soir en Israël — bouillon de poulet doré et translucide, parfumé à l'aneth, avec des lokshen fins glissant dans le bol chaud, pilier immuable du shabbat ashkénaze depuis l'Europe de l'Est jusqu'à Tel Aviv
Le débat le plus documenté autour de la Lokshen Soup oppose les communautés ashkénazes hongroises et polonaises sur une question de hiérarchie fondamentale : qu'est-ce qui est la vedette — le bouillon ou les nouilles ? Les Juifs hongrois nomment le plat "lokshen mit yoich" (לאָקשן מיט יויך, littéralement "des nouilles avec du bouillon"), signalant que les lokshen sont l'élément central et le bouillon leur accompagnement ; les Juifs polonais, au contraire, disent "yoich mit lokshen" (יויך מיט לאָקשן, "du bouillon avec des nouilles"), affirmant que le goldene yoich est la star absolue dont les lokshen ne sont qu'une garniture de texture — une guerre culinaire documentée dans la blogosphère ashkénaze israélienne (Taly60, 2011, https://taly60.blogspot.com/2011/01/blog-post_31.html), reflétant deux diaspora qui se sont retrouvées en Israël après 1948 et se disputent encore l'authenticité de la recette. Un second front s'est ouvert depuis les années 1960 : la montée des shkedei marak (שקדי מרק, croutons industriels en forme d'amandes) produits par Osem, qui ont progressivement remplacé les lokshen maison dans les foyers israéliens contemporains — selon le Tablet Magazine et Wikipedia, les traditionalistes ashkénazes voient dans ce remplacement une trahison de l'identité du plat, tandis que les Israéliens des générations suivantes considèrent les shkedei marak comme un marqueur identitaire israélien post-1948 à part entière, une véritable "invention de la tradition". Enfin, Vered Guttman, chroniqueuse de Haaretz et Washington Post (veredguttman.com), documente la querelle entre lokshen maison (oeufs + farine + technique de crêpe-roulée) et vermicelles commerciaux italiens fins : pour les puristes ashkénazes, utiliser des pâtes du commerce équivaut à "ne pas faire la soupe".
Plat fleishig (viande, kashrout) — aucun produit laitier. Accompagnement classique : hallah tressée du vendredi soir, trempée dans le bouillon chaud. Boisson sans alcool : eau pétillante, limonana (limonade-menthe fraîche). Verre de vin rouge kasher léger si shabbat festif — Yarden Cabernet Franc du Golan Height Winery ou Recanati Chamsin, rouges fruités qui ne dominent pas le bouillon délicat. Les familles ashkénazes orthodoxes servent exclusivement eau ou soda avec ce plat, le vin de kiddouch ayant été bu avant le repas.
10/10 — La lokshen soup est le plat du vendredi soir en Israël et dans toute la diaspora ashkénaze mondiale. Selon le Tablet Magazine, "le poulet soup est une partie obligatoire du menu du vendredi soir en Israël" et les sources ethnographiques attestent que la recette est "presque exactement la même à travers différentes familles et différents coins d'Europe et d'Amérique". La Geniza du Caire (10e-13e s.) contient déjà des bouillons proches, et Maïmonide (12e s.) prescrit médicalement le bouillon de poulet. Nechama Rivlin, Première Dame d'Israël (1945-2019), a confié sa recette familiale à l'Asif Culinary Institute de Tel Aviv où elle est préservée comme patrimoine culinaire national.
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départ à froid — Couper l'oignon non pelé en deux par l'équateur. Brûler une moitié directement sur la flamme de la gazinière (ou à sec dans une poêle bien chaude) pendant 30 à 45 secondes, jusqu'à ce que la face coupée soit légèrement noircie et que vous sentiez une odeur caramélisée — cette technique roumaine-hongroise crée des notes profondes et renforce la couleur dorée sans colorant. Garder l'autre moitié crue avec peau. Dans une très grande marmite (8-10 litres minimum), placer les morceaux de poulet avec os et peau. Couvrir des 3 litres d'eau FROIDE. Le départ à eau froide est le premier secret du bouillon clair : le collagène se libère lentement et progressivement, sans coaguler en surface en grumeaux grisâtres.
Mettre la marmite sur feu vif. Porter à ébullition forte — cela prend environ 15 à 20 minutes. Dès que l'ébullition commence, une mousse grise et des impuretés protéiques remontent à la surface : écumer immédiatement et abondamment avec une écumoire à mailles fines. Cette première écume est la plus chargée en impuretés — ne pas laisser passer. Continuer à écumer toutes les 2-3 minutes pendant encore 10 minutes d'ébullition, jusqu'à ce que la mousse qui remonte soit blanche ou absente. Cette étape est la plus importante pour obtenir un bouillon parfaitement clair — un bouillon mal écumé reste trouble même si on le filtre ensuite. Compter 3 à 4 passages d'écumoire.
Réduire le feu au minimum absolu — le bouillon doit frémir à peine, avec quelques bulles paresseuses en surface, pas une ébullition. Ajouter maintenant l'oignon brûlé et cru, les carottes en tronçons, les branches de céleri avec feuilles, la racine de persil si disponible, le poireau, les gousses d'ail entières non pelées, le bouquet de persil et d'aneth liés, les grains de poivre et 1 c.à.s. de sel. Ne pas couvrir complètement — laisser le couvercle légèrement entrouvert (1-2 cm) pour permettre à la vapeur de s'échapper. Un bouillon couvert hermétiquement bout trop fort et reste trouble.
la règle absolue du frémissement — Mijoter à feu très doux pendant 2h30 minimum, idéalement 3 heures. La surface du bouillon doit montrer un frémissement à peine visible — "un sourire", selon l'expression des cuisinières ashkénazes (documentée par Vered Guttman, veredguttman.com). Si des petites bulles supplémentaires apparaissent et que le bouillon commence à bouillir doucement, réduire encore le feu immédiatement. Surveiller le niveau : si le bouillon réduit de plus d'un tiers, ajouter de l'eau bouillante (jamais froide). Ne pas remuer inutilement — laisser le bouillon travailler seul. Après 2h30-3h, les carottes sont fondantes, le poulet se détache des os, et le bouillon a une belle teinte dorée.
Retirer délicatement les morceaux de poulet avec une araignée ou écumoire — les réserver (la chair peut être effilochée et servie dans le bouillon ou en salade). Passer le bouillon à travers une passoire fine tapissée d'une mousseline ou d'un torchon propre humide dans un grand récipient. Jeter les légumes et aromates — ils ont donné toute leur saveur. Saler à goût (généralement 1 c.à.s. supplémentaire). Réfrigérer le bouillon au minimum 4 heures, idéalement toute la nuit. La graisse de poulet (schmaltz) se fige en une couche jaunâtre en surface : retirer à la cuillère. Cette étape de dégraissage est infiniment plus facile sur la graisse figée que sur un bouillon chaud.
Porter une casserole d'eau salée à ébullition vigoureuse (1 c.à.s. de sel par litre d'eau). Cuire les vermicelles fins ou lokshen selon les instructions du paquet — généralement 3 à 5 minutes pour des vermicelles très fins. Égoutter, rincer brièvement à l'eau froide pour stopper la cuisson, égoutter à nouveau. Réserver dans un grand bol légèrement huilé (quelques gouttes d'huile neutre pour éviter qu'ils ne collent entre eux). Pour les lokshen maison : battre 4 oeufs avec 1 pincée de sel et la farine, faire des crêpes très fines dans une poêle légèrement huilée, laisser refroidir, rouler chaque crêpe et trancher en lanières de 3-4 mm de large (technique documentée par Vered Guttman, veredguttman.com).
Réchauffer le bouillon dégraissé dans la marmite à feu moyen. Goûter et ajuster le sel — après réfrigération, les saveurs sont plus intenses et les besoins en sel peuvent être moindres. Si désiré, ajouter 2-3 carottes fraîches épluchées en tronçons dans le bouillon pendant le réchauffage (10 minutes à frémissement) — elles apportent une texture fraîche qui contraste avec le bouillon concentré. Éventuellement ajouter quelques tiges d'aneth frais pendant le réchauffage pour raviver le parfum. Porter à 85-90°C — ne pas rebouillir à gros bouillons après filtration, cela trouble à nouveau le bouillon.
lokshen d'abord, bouillon versé dessus — Chauffer les bols creuseux (un bol froid refroidit le bouillon en 30 secondes). Déposer une généreuse portion de lokshen au fond de chaque bol chaud — environ 50 à 60 g par personne. Verser le bouillon doré très chaud par-dessus avec une louche généreuse (250-300 ml par bol). Les lokshen vont se réchauffer instantanément au contact du bouillon brûlant. Garnir d'une pincée d'aneth frais haché. Servir immédiatement — le bouillon perd sa chaleur et ses arômes rapidement. Accompagner de hallah tressée pour le shabbat, ou de pain blanc simple. La table est dressée avant le service : le bouillon attend sur le feu, les bols de lokshen prêts.
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