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Atlas Culinaire · Chine · Asie
La friandise de Duanwu qu'on presse dans des moules en bois — haricots mungo décortiqués, dorés après cuisson, sucrés, parfumés à l'osmanthus, fondants sous la langue comme un souvenir d'été.
Le Lü Dou Gao (绿豆糕) est une friandise apparemment simple qui concentre pourtant trois controverses profondes. La première et la plus vive concerne la MATIÈRE GRASSE dans la pâte : la version pékinoise (京式绿豆糕), associée à la tradition de Cour et codifiée dans les manuels de pâtisserie nord-chinois, est résolument SANS huile ni saindoux — on dit qu'elle donne une texture 干爽 (sèche et aérée), que les connaisseurs Beijing appellent "骨气" (du caractère) ; les versions suzhou (苏式) et yangzhou (扬式) intègrent au contraire du saindoux (猪油) ou de l'huile de sésame (麻油) pour une texture plus fondante et moelleuse, jugée supérieure par les pâtissiers du Jiangnan. La Wikipedia chinoise (zh.wikipedia.org/zh-hans/绿豆糕) et les encyclopédies food chinoises confirment que "北方京式不加油脂" (la version nord Beijing n'ajoute aucun corps gras) tandis que "苏式、扬式加猪油" (suzhou et yangzhou ajoutent du saindoux). La deuxième controverse porte sur le PARFUM : la version pékinoise traditionnelle utilise la 糖桂花 (fleur d'osmanthus confite au sucre) et un point de colorant rouge alimentaire pour décorer le dessus ; la version suzhou préfère la 麻油 (huile de sésame) pour parfumer la pâte. Ces deux approches sont incompatibles gustativement : osmanthus vs sésame signalent deux cultures culinaires distinctes. La troisième controverse touche à l'HISTOIRE : selon la tradition transmise par Baidu Baike et les annales gastronomiques de la Cour Qing, c'est sous l'ère Yongzheng (清雍正年间) que le lettré Zhang Xian Ji (张先跻, dit Zhang Hanlin) aurait "inventé" le "Hanlin Gao (翰林糕)", une version raffinée de haricots mungo que la Reine-mère Impériale aurait goûtée et appréciée, l'Empereur lui conférant alors son nom de Cour. Les historiens culinaires modernes (dont les auteurs de China: The Cookbook, Phaidon 2016) nuancent ce récit, rappelant que le lü dou gao est attesté dès la Cour des Ming (明朝) et que la version pékinoise n'est pas nécessairement une invention Qing, mais une codification plus tardive d'une préparation populaire bien plus ancienne. Le fait que le gâteau soit vert-jaune (et NON vert vif) dans sa forme authentique — parce que les haricots décortiqués sont jaunes — est lui-même une source de confusion fréquente : de nombreuses versions contemporaines colorées au matcha ou au thé vert (populaires sur Xiaohongshu) sont considérées comme une trahison aromatique par les tenants de la tradition pékinoise.
Thé vert Longjing de printemps (龙井茶, AOC Hangzhou) — accord classique été : les notes végétales et légèrement amères du thé coupent la douceur du haricot mungo et prolongent la fraîcheur en bouche. Alternativement : thé blanc Bai Mu Dan (白牡丹) servi froid, pour un accord délicat et floral qui met en valeur l'osmanthus. En occasion festive de Duanwu : accompagner d'un verre d'eau de riz (米汤) ou d'un thé d'orge (大麦茶) fraîchement brassé. À éviter : café (arôme trop agressif qui écrase la finesse du mungo), boissons très sucrées.
Popularité 8/10 — Friandise omniprésente dans tout le pays au moment de la fête des Bateaux-Dragons (端午节), vendue en coffrets dans les grandes pâtisseries (稻香村 Daoxiangcun à Beijing, 杏花楼 Xinghualou à Shanghai). Très populaire sur les réseaux sociaux chinois (Xiaohongshu, Douyin) où les recettes maison génèrent des millions de vues. Hors fête de Duanwu, se trouve facilement en supermarché et dans les magasins Daoxiangcun toute l'année. En dehors de Chine, devient une curiosité bien connue des amateurs de pâtisseries asiatiques.
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Rincer les haricots mungo décortiqués à l'eau froide en changeant l'eau deux à trois fois jusqu'à ce qu'elle soit claire. Couvrir d'eau froide à hauteur (environ 2 cm au-dessus des haricots) et laisser tremper au minimum 4 heures, idéalement une nuit entière (8 à 12 heures) au réfrigérateur. Les haricots doublent de volume et s'imbibent d'eau — ils cuiront beaucoup plus vite et de façon plus homogène. Après trempage, égoutter dans une passoire et secouer légèrement pour éliminer l'excès d'eau de surface.
Déposer les haricots égouttés dans un plat peu profond (plat en inox ou bambou vaporisateur). Disposer le plat dans un cuiseur-vapeur au-dessus d'eau bouillante (en s'assurant que le fond du plat ne touche pas l'eau). Couvrir hermétiquement et cuire à vapeur vive pendant 30 à 40 minutes. Pour tester la cuisson : pincer un haricot entre deux doigts — il doit s'écraser sans résistance, en une pâte lisse et uniforme. Si des morceaux fermes subsistent au centre, prolonger la cuisson 5 à 10 minutes. Les haricots correctement cuits sont d'un jaune doré tendre et absorbent complètement leur propre vapeur.
Transférer les haricots chauds directement dans un mixer ou un robot-coupe. Mixer 1 à 2 minutes jusqu'à obtenir une purée lisse et homogène — aucun morceau ne doit subsister. Transférer la purée dans une poêle antiadhésive (version sans matière grasse) ou avec le saindoux (version populaire). Cuire à feu moyen-doux en remuant CONSTAMMENT à la spatule pendant 10 à 15 minutes, jusqu'à ce que la purée se détache des parois de la poêle et forme une boule compacte qui n'adhère plus. L'humidité résiduelle de la vapeur doit complètement s'évaporer — c'est cette étape de séchage qui permet au gâteau de tenir dans le moule.
Retirer la poêle du feu. Laisser tiédir la pâte 5 minutes — elle ne doit plus brûler au toucher mais rester chaude pour bien intégrer le sucre. Ajouter le sucre glace en pluie fine en mélangeant énergiquement à la spatule. Incorporer ensuite la cuillère à soupe de fleur d'osmanthus confite (糖桂花) et mélanger jusqu'à distribution parfaite dans toute la pâte. Goûter et ajuster le sucre selon la préférence. La pâte finale doit avoir une texture comparable à une pâte d'amandes dense mais légèrement plus sèche : elle se tient, se roule en boule et ne colle pas aux mains.
C'est l'étape secrète des pâtisseries professionnelles Beijing. Placer une passoire fine ou un tamis au-dessus d'un grand bol. Déposer la pâte par portions et appuyer avec le dos d'une spatule en caoutchouc pour la faire passer à travers la grille. Récupérer la pâte tamisée dans le bol — elle doit ressembler à une poudre humide ultra-fine et soyeuse. Recommencer jusqu'à épuisement de la pâte. Cette étape élimine tous les petits résidus de peau (skin fragments) et les grumeaux qui auraient pu subsister, en créant une texture d'une finesse rare.
Peser des portions de 25 à 30g de pâte tamisée (selon la taille des moules). Rouler chaque portion en boule compacte entre les paumes. Placer la boule dans la cavité du moule à gâteau lunaire (模具, disponible dans les épiceries asiatiques ou sur internet) ou dans un moule en bois décoratif traditionnel. Appuyer progressivement et fermement avec le pouce, en partant du centre vers les bords, pour remplir parfaitement tous les recoins du motif décoratif. Tapoter légèrement le moule sur le plan de travail pour faire remonter le gâteau, puis le faire basculer pour démouler délicatement. Déposer sur un plateau recouvert de papier cuisson. Répéter jusqu'à épuisement.
Une fois tous les gâteaux démoulés et posés sur le plateau, préparer une infime quantité de colorant alimentaire rouge dilué dans une goutte d'eau, ou prélever un peu de jus de betterave. À l'aide d'un cure-dent ou d'un pinceau très fin, déposer un minuscule point rouge au centre du motif de chaque gâteau — c'est la signature visuelle de la version pékinoise traditionnelle (京式绿豆糕). Ce geste symbolise l'œil du dragon (龙眼) ou le 'vermillon impérial' des pâtisseries de Cour. Laisser sécher à l'air 15 à 20 minutes avant de servir ou d'emballer.
Laisser les gâteaux reposer à l'air libre 20 à 30 minutes après démoulage — la surface sèche légèrement et se raffermit, ce qui améliore la tenue et la présentation. Le lü dou gao se déguste idéalement à température ambiante (pas froid du réfrigérateur qui durcit la texture). Servir sur un plateau en bois ou en bambou, avec du thé vert chaud. Pour un service festif de Duanwu, présenter dans des boîtes en bois laquées ou des boîtes en papier doré à côté des zongzi (粽子). Le gâteau peut se conserver 2 jours à température ambiante sous film alimentaire, ou 5 jours au réfrigérateur dans une boîte hermétique (sortir 20 min avant de servir).
Le lü dou gao est l'une des cinq friandises traditionnelles (五黄) de la fête de Duanwu (端午节, 5e jour du 5e mois lunaire), aux côtés des zongzi, de l'anguille grillée, des jaunes d'œuf salés et du vin réalgar (雄黄酒). Sa symbolique est double : le son 'gao' (糕) est homophone de 'haut' (高) —步步高升, 'monter de plus en plus haut' —, ce qui en fait une friandise de bon augure pour les examens, les promotions et les réussites. En Chine impériale, les gâteaux de mungo étaient offerts en tribut à la Cour. Aujourd'hui, ils sont vendus en coffrets cadeau dans toutes les grandes pâtisseries chinoises. Présenter idéalement avec une tasse de thé Longjing de printemps, en petites bouchées de deux ou trois gâteaux par personne.
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Sourcer ou se taire
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