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Atlas Culinaire · Chine · Asie
Le plat des hutong pékinois : intestins de porc, poumons et tofu frit braisés des heures dans un vieux bouillon aux neuf épices — les petits pains tranchés boivent le fond comme des éponges. Né des restes de cour impériale, devenu l'âme de la rue.
La controverse principale autour du Lu Zhu Huo Shao (卤煮火烧) est radicale : SANS petit intestin (小肠), ce n'est pas du 卤煮, c'est autre chose. La plupart des recettes grand public substituent la poitrine de porc (五花肉) au petit intestin pour des raisons de commodité et d'odeur — erreur impardonnable selon les puristes pékinois. Le maître du genre, 小肠陈 (Xiaochang Chen, fondé par Chen Zhao'en sous le règne Guangxu vers 1886), tient son nom même de cet ingrédient : 小肠 signifie "petit intestin". Sans lui, on fait un braisé, pas un 卤煮火烧. La deuxième controverse concerne le NETTOYAGE des intestins : certains cuisiniers les nettoient jusqu'à éliminer toute odeur pungente, ce qui pour les vrais connaisseurs trahit le plat — le 膻味 (odeur légère caractéristique des abats) est précisément ce qui distingue ce street food authentique des imitations aseptisées. La troisième porte sur la DURÉE de braisage : les adeptes du vieux bouillon (老汤) parlent de 3 à 4 heures minimum voire d'un bouillon maintenu et "nourri" depuis des années — certaines échoppe revendiquent un fond de bouillon transmis de génération en génération depuis la fin de la dynastie Qing. Les recettes domestiques qui boucle la cuisson en 45 minutes sont considérées comme des pastiches. Quatrième débat : tofu FRIT (炸豆腐) ou tofu nature ? La tradition pékinoise — confirmée par 小肠陈 et 卤煮张 — impose un tofu ferme frit à l'huile jusqu'à peau dorée croustillante, seul capable d'absorber le bouillon sans se déliter. Le tofu nature ramollit et disparaît dans le fond. Le feu continue de brûler dans les hutong sur tous ces points, comme en témoignent les forums chinois de gastronomie populaire (zh.wikipedia.org/zh-hans/卤煮火烧, chinanews.com.cn 2015-08-19).
Bière légère pékinoise (燕京啤酒 Yanjing Beer ou 北京啤酒 Beijing Beer) — l'accord historique des travailleurs des hutong : la légèreté et l'amertume modérée de la bière coupent le gras des abats et nettoient le palais entre deux bouchées. Alternativement : thé Pu-erh vieilli (普洱茶) servi chaud, dont les tanins facilitent la digestion des graisses et apaisent la puissance du bouillon aux épices. À éviter absolument : thé vert ou infusions délicates (trop fragiles face au bouillon épicé et aux abats).
Popularité 8/10 — Plat emblématique des hutong pékinois, considéré comme l'un des quatre grands plats populaires de rue de Pékin (avec le Jianbing, le Chaogan et le Doufu Nao). En 2014, le Lu Zhu Huo Shao a été classé patrimoine culturel immatériel de Pékin par les autorités municipales. Les deux grandes enseignes (小肠陈 Xiaochang Chen, avec sa boutique principale au 7 Nanchenggen Nanjie, Xicheng ; et 卤煮张) affichent des files d'attente aux heures de pointe. Populaire à toute saison mais particulièrement en automne-hiver.
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l'étape qui fait la différence — Commencer par les intestins : couper les 猪小肠 en tronçons de 15-20 cm, retourner chaque tronçon à l'aide d'un bâtonnet pour exposer la paroi intérieure. Frotter énergiquement avec une cuillère à soupe de farine de blé mélangée à une cuillère à soupe de vinaigre blanc et une pincée de sel, masser 3 à 5 minutes, rincer abondamment. Répéter deux fois. Pour les poumons : connecter le tuyau d'arrivée d'eau à la trachée (ou utiliser une seringue), remplir d'eau froide et comprimer fermement pour faire ressortir le sang coagulé ; répéter 3 à 4 fois jusqu'à ce que l'eau sortante soit quasi claire. Couper la viande de poitrine en morceaux de 4-5 cm. Blanchir séparément intestins et poumons dans de l'eau bouillante non salée pendant 5 minutes ; égoutter, rincer à l'eau froide et réserver.
petits pains plats de blé — Dans un bol, verser 300g de farine de blé avec le sel, creuser un puits, ajouter progressivement 150ml d'eau tiède tout en mélangeant avec une baguette ou une fourchette. Pétrir vigoureusement jusqu'à obtenir une pâte ferme et lisse (plus dure qu'une pâte à pizza — elle doit résister sous les doigts). Couvrir d'un linge humide et laisser reposer 20 minutes. Diviser en 8 boules égales. Abaisser chaque boule au rouleau en galette ovale d'environ 8 mm d'épaisseur — l'épaisseur est importante, trop fin et le pain se ramollit trop vite dans le bouillon. Cuire à la poêle sèche (sans huile) à feu moyen, 3 à 4 minutes par face, jusqu'à légère coloration et surface dure au toucher. Les 火烧 doivent sonner creux quand on les tape — signe qu'ils sont bien cuits à cœur. Réserver.
peau dorée obligatoire — Couper le bloc de tofu ferme (北豆腐) en triangles épais d'environ 3 cm. Éponger soigneusement avec du papier absorbant — l'humidité résiduelle fait éclabousser l'huile et empêche le dorage. Chauffer 500ml d'huile végétale dans un wok ou une casserole à paroi haute jusqu'à 175-180°C (un cube de pain dore en 30 secondes). Plonger les triangles de tofu en petites quantités pour ne pas faire chuter la température. Frire 3 à 4 minutes jusqu'à peau dorée et croustillante sur toutes les faces. Égoutter sur papier absorbant. Réserver. Cette étape peut être faite à l'avance (jusqu'à 4 heures avant).
Blanchir les os de porc 5 minutes à l'eau bouillante, rincer, réserver. Dans une grande cocotte ou pot à fond épais, mettre les os blanchis et couvrir de 2,5 litres d'eau froide. Porter à ébullition forte, écumer pendant 5 minutes. Préparer un sachet à épices avec anis étoilé, cannelle, poivre du Sichuan, cardamome noire (légèrement écrasée), feuilles de laurier, écorce de mandarine, clou de girofle — ficeler le sachet. Ajouter le sachet d'épices, le gingembre en tranches, les ciboules entières, la sauce soja claire, la sauce soja foncée, l'alcool de Shaoxing, la pâte de soja jaune, le sucre candi et une cuillère à café de sel. Porter à nouveau à ébullition, puis réduire à feu DOUX (frémissement léger, jamais d'ébullition forte). Ajouter les intestins blanchis et la poitrine de porc, cuire à feu doux pendant 1h30 en maintenant le frémissement.
ajout des poumons — Au bout d'1h30, vérifier la tendreté des intestins : ils doivent commencer à ramollir mais rester légèrement fermes — ils vont encore cuire. Ajouter les poumons blanchis dans le bouillon. Réajuster le niveau de liquide si nécessaire en ajoutant de l'eau bouillante (jamais froide). Goûter le bouillon et ajuster le sel (ajouter une deuxième dose de sauce soja claire si nécessaire). Poursuivre le braisage à feu doux pendant 1h à 1h30 supplémentaire. À la fin de cette phase, les intestins doivent être tendres et offrir une légère résistance à la morsure — jamais caoutchouteux, jamais fondants comme de la gélatine. Sortir les intestins et les poumons, les couper en tronçons ou en morceaux de service de 4-5 cm. Réserver dans le bouillon chaud.
Dix minutes avant de servir, ajouter le tofu frit dans le bouillon — les triangles dorés vont absorber le 卤汁 et devenir gonflés et parfumés. Cinq minutes avant de servir, couper les 火烧 en quartiers (4 à 6 morceaux chacun) et plonger les morceaux dans le bouillon frémissant. Retourner une fois délicatement. Goûter le bouillon une dernière fois et corriger sel ou sucre si nécessaire. Le bouillon doit être d'une couleur ambre foncé, lustré, profond — une belle couleur 酱色 (couleur de sauce de soja caramélisée).
Dans chaque grand bol creux, répartir les morceaux d'intestins, quelques morceaux de poumons, la viande de poitrine, 2 à 3 triangles de tofu frit et 2 à 3 morceaux de 火烧. Verser généreusement le bouillon chaud. Proposer à part dans de petites coupelles : pâte d'ail (蒜泥), jus de tofu fermenté rouge (红腐乳汁), ciboulette ail en fleurs (韭花酱), huile pimentée (辣椒油) et coriandre fraîche (香菜). Chaque convive personalise son bol selon son goût — c'est la tradition des hutong pékinois. Service impératif TRÈS CHAUD, car le bol refroidit vite et le gras des abats fige à tiède.
À la fin du repas, filtrer soigneusement le bouillon restant à travers un chinois fin pour éliminer tous les résidus solides. Porter à ébullition forte 5 minutes, écumer s'il reste des impuretés, puis laisser refroidir complètement. Conserver au réfrigérateur (jusqu'à 5 jours) ou au congélateur (jusqu'à 3 mois). Pour la prochaine utilisation : faire fondre le bouillon congelé, goûter et ajuster le sel, les épices et la pâte de soja, puis procéder au braisage. Après 2 à 3 utilisations successives, la profondeur du bouillon augmente considérablement — c'est l'embryon du légendaire 老汤 (vieux bouillon) des grandes enseignes pékinoises.
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