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Atlas Culinaire · Îles Féroé · Europe
Après le rôtissage du lundi (macareux), les os mijotent des heures dans une eau parfumée aux oignons, au thym et au laurier — un bouillon de chasse précieux, rare, qui ne se gaspille pas
La lundabeinasúpa concentre deux controverses distinctes mais liées : la première porte sur l''existence même du plat comme recette autonome. Le chercheur nordique Ingvar Svanberg (Uppsala University, «Traditional Faroese Food Heritage», 2023, PMC10239674) documente que dans la tradition féroïenne, les carcasses d''oiseaux de mer (macareux, fous de Bassan, pétrels) étaient systématiquement récupérées après cuisson pour produire un bouillon — mais ce bouillon n''était jamais servi comme plat à part entière : il servait de base de cuisson pour les tubercules (navets, pommes de terre) et les céréales. Certains puristes féroïens considèrent donc que la lundabeinasúpa n''est pas une «vraie soupe» mais un sous-produit de cuisson élevé artificiellement au rang de recette par le discours gastronomique contemporain. La seconde controverse, plus lourde, porte sur le macareux lui-même : depuis 2010, la population de macareux moines (Fratercula arctica) a décliné de 70 % dans le nord-atlantique (Puffin Population Declines By 70%, Grapevine.is, 2023). L''ornithologue Erpur Snaer Hansen (Institut islandais d''histoire naturelle) a déclaré : «Mon avis professionnel est absolument aucune chasse jusqu''à ce que la population ait récupéré» (Smithsonian Magazine, 2023). Les autorités féroïennes maintiennent que leur chasse traditionnelle par fleyging (filet en vol) avec quotas annuels depuis 300 ans est différente de la chasse non régulée — position défendue par le projet GreenHeritage (greenheritage-project.eu, 2023) qui classe la chasse aux macareux féroïens comme «patrimoine culturel immatériel durable». Point tranché pour ce bouillon : sa dimension zéro-gaspi — utiliser les os après le repas principal, sans tuer d''oiseau supplémentaire — est la pratique la moins contestée de l''ensemble de la tradition lundi.
Verre d'eau froide de source pour ne pas couvrir les notes marines délicates du bouillon. En version repas : Föroya Bjór lager (bière blonde locale, légère amertume) ou cidre de pomme sec du continent danois. Servir avec du pain de seigle féroïen dense (rúgbrauð) pour tremper — tradition du pain dans le bouillon chaud.
La lundabeinasúpa appartient à la tradition culinaire zéro-gaspi qui caractérise l'ensemble de la cuisine féroïenne traditionnelle — une philosophie née de l'isolement géographique des 18 îles de l'archipel dans l'Atlantique nord, où rien ne se perd. Le macareux (lundi en féroïen, Fratercula arctica) est chassé depuis des siècles par fleyging, technique de capture au filet en vol développée sur l'île de Mykines, sanctuaire mondial des macareux et lieu emblématique des Féroé. Après un repas de lundur rôtis ou braisés — servis avec des pommes de terre et du rúgbrauð — les carcasses partaient traditionnellement dans une marmite pour produire ce bouillon de fond. Non documenté comme recette autonome dans les sources gastronomiques contemporaines (contrairement au Kjøtsúpa d'agneau FO013 ou au Fiskasúpan de poisson FO014), il reste vivant dans les mémoires culinaires des familles de Mykines et de Vágar, les deux zones de chasse historiques au macareux.
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Récupérer les carcasses de macareux immédiatement après le repas ou les conserver au réfrigérateur (maximum 24h) ou au congélateur. À l'aide de solides ciseaux de cuisine ou d'un couperet, briser chaque carcasse en 4 à 6 morceaux : séparer le dos du sternum, briser les côtes, détacher le cou, couper les ailes aux articulations. Les os brisés libèrent davantage de moelle et de collagène — étape essentielle pour un bouillon nappant. Placer tous les morceaux dans une grande casserole (minimum 4 litres).
Couper les oignons en deux dans leur largeur sans les éplucher — la peau apporte couleur et arôme. Couper les carottes en tronçons de 5 cm grossièrement. Écraser légèrement les baies de genièvre avec le plat d'un couteau. Concasser très grossièrement les grains de poivre. Réunir tous les aromates (oignons, carottes, celeri, thym, laurier, poivre, genièvre) dans un petit bol. En Faroé, cette étape était traditionnellement simplifiée au maximum : oignon fendu et quelques herbes sèches suffisaient — la richesse vient des os, pas des légumes.
extraction lente — Recouvrir les carcasses d'eau froide (les os doivent être entièrement immergés avec 3-4 cm d'eau au-dessus). Ajouter la cuillère à soupe de vinaigre blanc. Ne pas encore saler. Porter à feu moyen-vif sans couvercle. Observer : dès les premières bulles (vers 70-75°C), une mousse grisâtre et des impuretés commencent à remonter en surface. C'est normal — ce sont les protéines coagulées et le sang résiduel des os.
30 minutes critiques — Dès l'apparition des premières bulles et de la mousse (ne pas attendre l'ébullition complète), écumer vigoureusement avec une écumoire fine ou une grande cuillère. Retirer toute la mousse grisâtre, les graisses qui remontent, les petits fragments d'os. Cette phase dure 20 à 30 minutes : continuer d'écumer toutes les 5 minutes jusqu'à ce que la mousse devienne blanche et légère (signe que les impuretés sont éliminées). Un bouillon de macareux non écumé développe rapidement des notes de "marée" qui deviennent amères et difficiles à corriger.
Une fois la mousse blanchie et le bouillon relativement clair, ajouter tous les aromates préparés (oignons, carottes, celeri, thym, laurier, poivre concassé, genièvre écrasé). Réduire le feu pour maintenir un frémissement très doux — les bulles doivent être rares, paresseuses (environ 85-90°C, jamais une ébullition roulante). Couvrir partiellement avec un couvercle laissant un espace de 2-3 cm pour l'évaporation. Laisser frémir 2h à 2h30 minimum sans toucher.
Après 2h à 2h30 de frémissement, éteindre le feu et laisser reposer 10 minutes. Poser une passoire fine (ou une passoire ordinaire tapissée d'une étamine ou d'un torchon propre) sur une grande casserole propre. Verser doucement le contenu de la casserole — os, aromates et bouillon — dans la passoire. Laisser égoutter 5 minutes sans presser (presser les os trouble le bouillon). Jeter os et aromates. Pour dégraisser : laisser le bouillon refroidir complètement au réfrigérateur 2h — la graisse se fige en surface et se retire facilement avec une cuillère.
Réchauffer le bouillon filtré à feu doux. Goûter et assaisonner en sel marin avec précaution — le macareux étant un oiseau de mer, ses os ont naturellement libéré des sels minéraux, le bouillon est souvent déjà suffisamment salé. Servir très chaud dans des bols en céramique ou des bols en bois tournés (tradition nordique). Accompagner de pain de seigle féroïen (rúgbrauð) tranché épais. Dans la tradition zéro-gaspi féroïenne, le bouillon peut servir de base de cuisson pour des pommes de terre ou des navets : faire cuire les légumes directement dedans pour un plat complet.
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