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Atlas Culinaire · Guadeloupe · Amériques
Une écorce d'arbre, du gingembre, du sucre de canne et quelques jours de fermentation : la boisson amérindienne que la Guadeloupe n'a jamais lùchée.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Achetez l'Ă©corce de bois de mabi en herboristerie crĂ©ole ou sur les marchĂ©s, sous forme de morceaux secs identifiĂ©s â n'improvisez pas une rĂ©colte : les espĂšces concernĂ©es, Colubrina elliptica au premier chef, font l'objet de travaux et de mesures de protection dans les Antilles françaises. Les morceaux doivent ĂȘtre secs, bruns, et dĂ©gager une odeur boisĂ©e franche quand on les casse.
Portez l'eau à ébullition dans une grande casserole, jetez-y les morceaux d'écorce et laissez bouillir vingt à trente minutes : le liquide brunit et se charge d'amertume. C'est la base de tout le mabi, et l'intensité obtenue ici décide du sucre qu'il faudra ajouter ensuite. Le bouillon doit devenir brun foncé et franchement amer au goût. Ne le sucrez pas encore.
Ajoutez le gingembre rùpé, les bùtons de cannelle, l'anis étoilé, les clous de girofle, les feuilles de laurier et l'écorce de citron séchée, puis laissez infuser dix à quinze minutes hors du feu, à couvert. Le gingembre est le compagnon obligé de l'écorce dans toutes les recettes guadeloupéennes : sa chaleur répond à l'amertume. L'infusion doit embaumer la badiane et le gingembre.
Filtrez soigneusement l'infusion pour retirer écorces, épices et fibres de gingembre, puis sucrez progressivement en goûtant : comptez environ 400 g de sucre roux pour deux litres, mais la puissance amÚre du lot d'écorce fait varier ce chiffre du simple au double. Le sirop de canne ou le sirop de batterie remplacent avantageusement le sucre. L'équilibre doit laisser l'amertume perceptible, jamais la supprimer.
Pour la version fermentĂ©e, versez le liquide sucrĂ© et tiĂ©di dans un contenant propre, ajoutez une part de mabi de la fournĂ©e prĂ©cĂ©dente en guise de levain â comme le veut la tradition caribĂ©enne â et laissez fermenter deux Ă trois jours Ă tempĂ©rature ambiante, contenant Ă peine couvert. La boisson devient lĂ©gĂšrement pĂ©tillante et trĂšs faiblement alcoolisĂ©e. Elle doit mousser en surface et picoter en bouche.
Refroidissez complĂštement puis mettez en bouteille et placez au rĂ©frigĂ©rateur. La version non fermentĂ©e se conserve quatre Ă cinq jours ; la version fermentĂ©e continue d'Ă©voluer et doit ĂȘtre bue rapidement, en ouvrant la bouteille avec prĂ©caution. Le mabi doit ĂȘtre brun foncĂ©, limpide et froid. Secouez-le avant de servir si un dĂ©pĂŽt s'est formĂ©.
Servez le mabi trĂšs frais, dans de grands verres, en boisson rafraĂźchissante â c'est une boisson sans alcool, ou trĂšs faiblement alcoolisĂ©e dans sa version fermentĂ©e, rĂ©putĂ©e pour ses vertus dans toute la CaraĂŻbe. Son amertume coupe le gras des fritures et des grillades. Sa version allongĂ©e au rhum, le punch mabi, est vendue en Guadeloupe comme spĂ©cialitĂ©. Il doit ĂȘtre franchement amer sous le sucre.
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