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Atlas Culinaire · Israël · Asie
La soupe du vendredi soir des foyers séfarades d'Israël — légumineuses mixtes longtemps mijotées avec cumin, tomates et coriandre, servie brûlante avec un filet de citron obligatoire et du pain challah
La controverse centrale autour du Marak Kitniyot en Israël est d'abord halakhique : qui a le droit de manger cette soupe à Pessah ? En 2007, les rabbins David Bar-Hayim, Yehoshua Buch et Chaim Wasserman de l'Institut Shilo (ישיבת שילה) ont publié une décision (psak halakha) selon laquelle tous les Juifs vivant en Israël — Ashkénazes inclus — devraient pouvoir consommer des kitniyot à Pessah, au nom d'une "identité unifiée" israelienne. Cette décision a été rejetée par la majorité des autorités ashkénazes, dont le Rabbi Yosef Shalom Elyashiv, alors figure de référence du judaïsme lituanien en Israël (décédé 2012). Sur le plan culinaire, la sociologue Arlene Barnhart, résidente d'Ashkénazie à Beit Shemesh, témoignait en 2014 auprès de JNS (Jewish News Syndicate) de la confusion créée par l'étiquetage israélien des produits où "Casher lé-Pessah" apparaît en grands caractères tandis que la mention kitniyot figure en minuscules. Deuxième controverse gastronomique documentée par le journaliste de Ynet dans un article de 2023 : la soupe doit-elle être végétarienne/parve (version perse-iranienne, défendue par la blogueuse Rotem Liberzohn) ou avec viande de bœuf à la manière de la harira (version marocaine, portée par le chef Rafi Cohen de Jérusalem) ? Ces deux visions s'affrontent sans vainqueur, reflétant la rivalité gastronomique plus large entre cuisines marocaine et perse en Israël, à laquelle Binu Gabso dit "Doctor Shakshuka" ajoute la voix tripolienne.
Le vendredi soir séfarade en Israël : eau pétillante citronnée ou thé à la menthe chaud pour rester parve. Pour les familles qui servent cette soupe avant un plat de viande (fleishedik), aucun produit laitier à table. Boisson signature non-alcoolisée : limonade maison avec eau de fleur d'oranger (tradition marocaine). Si le repas est parve ou milkhig (laitier), un verre de vin blanc kasher léger des caves du Carmel ou du Golan convient en entrée : Golan Heights Winery Yarden Sauvignon Blanc ou Yatir Forest White. Pour les familles irakiennes, un verre d'arak anisé (très dilué) accompagne parfois le plat dans les foyers libéraux.
9/10 — Plat quasi-quotidien en hiver dans les foyers israéliens séfarades et mizrahi (marocains, irakiens, persans, yéménites). L'association des légumineuses mixtes est documentée dans la cuisine juive séfarade depuis l'expulsion d'Espagne (1492). Classé "repas complet" par tous les blogs culinaires israéliens consultés — comparable au minestrone selon Raheli Kroot (Krutit/Yedioth Ahronoth, 2019). Plat de shabbat par excellence dans les familles marocaines d'Israël, servi entre les salades et le plat principal le vendredi soir.
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La veille au soir, rincer les pois chiches et les haricots blancs séparément à l'eau froide. Les placer dans deux grands bols distincts, couvrir de 3 fois leur volume d'eau froide non salée. Laisser tremper 12 heures à température ambiante — ils doubleront de volume. Les lentilles vertes ou brunes nécessitent seulement 1 heure de trempage et peuvent donc être trempées le matin même. Les lentilles rouges ne se trempent PAS — elles sont ajoutées directement en fin de cuisson. Au moment de cuisiner, égoutter et rincer abondamment chaque légumineuse trempée. Contrôle : un pois chiche bien trempé se coupe facilement à l'ongle.
Éplucher et émincer finement l'oignon. Hacher l'ail finement (ou écraser au couteau). Peler les carottes et les couper en dés de 1 cm réguliers. Couper les branches de céleri en rondelles de 5 mm — conserver les feuilles intérieures si présentes, elles parfument plus que les tiges. Préparer les tomates : soit râper les tomates fraîches coupées en deux sur la grosse râte en retenant la peau (technique marocaine), soit ouvrir la boîte de concassées. Mesurer toutes les épices dans un petit bol (cumin, curcuma, paprika, poivre) pour les avoir prêtes. Hacher grossièrement la coriandre et le persil, séparer en deux portions.
Faire chauffer 3 c.à.s. d'huile d'olive dans une grande casserole à fond épais (7-8 litres) à feu moyen. Ajouter l'oignon émincé et faire suer 6-7 minutes en remuant régulièrement, jusqu'à ce qu'il devienne translucide et légèrement doré sur les bords. Ajouter l'ail haché et mélanger 1 minute — il ne doit pas brunir. Ajouter les carottes en dés et les rondelles de céleri. Faire revenir l'ensemble 5 minutes supplémentaires en mélangeant. L'objectif est une base aromatique fondante, pas frite : les légumes doivent rester légèrement fermes à ce stade.
Ajouter les tomates râpées (ou concassées) et le concentré de tomate dans la casserole. Mélanger et laisser cuire à feu moyen 5 minutes en remuant — les tomates doivent réduire légèrement et perdre leur eau, se concentrer. Ajouter maintenant les épices (cumin, curcuma, paprika, poivre) directement dans les tomates chaudes. Mélanger vigoureusement 1 minute — les épices liposolubles (curcuma notamment) s'activent au contact de la tomate chaude et de la matière grasse résiduelle. La base doit sentir fortement le cumin et afficher une couleur orange-rouge profonde.
Ajouter les pois chiches égouttés, les haricots blancs égouttés et les lentilles vertes égouttées dans la casserole. Mélanger pour bien enrober les légumineuses de la base aromatique. Verser 1,8 litre d'eau froide ou de bouillon de légumes froid — couvrir les légumineuses de 5 cm environ. Porter à ébullition forte à feu vif. Dès l'ébullition, maintenir à gros bouillons 5 minutes à découvert et écumer régulièrement la mousse grise qui remonte à la surface. Réduire ensuite à feu doux, couvrir presque entièrement (laisser un interstice de 2 cm) et mijoter 1h30 à petits frémissements réguliers. Remuer toutes les 20 minutes pour éviter que les légumineuses attachent au fond.
Au bout de 1h15-1h30, vérifier la cuisson des pois chiches et haricots en prélevant quelques-uns et en les pressant entre les doigts — ils doivent s'écraser facilement sans résistance. S'ils sont encore fermes, prolonger 15 minutes. Quand les pois chiches sont fondants, ajouter les lentilles rouges sèches (sans trempage) directement dans la soupe. Remuer bien pour les disperser uniformément. Les lentilles rouges vont fondre et se dissoudre progressivement en 20-30 minutes, épaississant naturellement le bouillon. Ajouter la moitié du sel à ce stade et goûter. Continuer à mijoter à couvert encore 30 minutes.
Dans les 15 dernières minutes de cuisson, ajouter la moitié de la coriandre hachée et tout le persil haché directement dans la soupe. Mélanger. Goûter et rectifier le sel. Vérifier l'épaisseur : le marak kitniyot doit être épais, nappant, pas liquide comme une soupe. Si trop liquide, augmenter le feu (découvert) 10 minutes pour réduire. Éteindre le feu. Laisser reposer 10 minutes à couvert hors du feu — les arômes se fixent et la soupe atteint sa texture finale. C'est pendant ce repos que les légumineuses finissent d'absorber les épices.
Servir dans de grands bols profonds, généreuse louche de soupe bien garnie de légumineuses et de bouillon épais. Parsemer la seconde moitié de coriandre fraîche hachée sur chaque bol. Disposer sur la table une assiette de quartiers de citron — chaque convive presse son citron directement sur son bol au dernier moment. Ce geste du citron est absolument obligatoire selon toutes les sources : il relance et révèle tous les arômes dormants. Servir avec le pain (challah le vendredi soir séfarade, ou pita chaud). Le marak kitniyot se mange brûlant, dans les premières minutes — la soupe épaissit en refroidissant.
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