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Atlas Culinaire · Comores · Afrique
Pain levé gonflé au lait de coco d'Anjouan, généreusement couvert de sesame doré au feu de bois
Le mkate wa ufuta est revendiqué à la fois par la côte swahili (Zanzibar, Mombasa) et par les Comores, notamment Anjouan. La controverse porte sur l'appartenance géographique et la technique canonique. La version zanzibarite (décrite par Leite's Culinaria et Aroma of Zanzibar) privilégie une pâte assez ferme, façonnée en disques aplatis cuits sur tawa avec finition sous gril — pain plat et dense. La version comorienne (mwanamshe-nde-upiho.over-blog.com, comoresinfos.net, YSIA) utilise une pâte beaucoup plus souple voire liquide, riche en lait de coco et parfois en oeufs, plus proche d'une crêpe épaisse levée, cuite sur une poêle retournée face au feu. La Big Sweet Tooth (recette Comores) confirme la distinction: pâte épaisse et collante (scoop-able), levée 1 heure, cuite sans rouleau. Enfin, la version maison anjouanaise intègre parfois de la levure chimique en plus de la levure de boulanger pour assurer le développement même par temps frais, ce que les versions zanzibarites ignorent. La présence des oeufs est le troisième sujet de débat : optionnels à Anjouan selon comoresinfos.net, systématiques dans d'autres recettes côtières (brendaganttrecipes.com, leitesculinaria.com).
Thé à la cardamome légèrement sucré — combinaison classique du petit-déjeuner anjouanais. Le thé épicé (shayi wa hiliki) équilibre le gras du lait de coco et exalte le sesame toasté. Alternative : thé au gingembre ou café léger comorien. Toujours sans alcool (contexte islamique sunnite des Comores).
Pain quotidien du petit-déjeuner à Anjouan (Ndzuani) et dans toute la côte swahili, note 6/10 : présent dans la vie de tous les jours mais moins cérémoniel que le pilaou ou le mkatra siniya de fête. Il partage avec les pains de Zanzibar et de Mombasa un espace culinaire swahili commun (Aroma of Zanzibar, Fauzia's Kitchen Fun), ce qui témoigne de la profonde intégration maritime de l'archipel dans cet espace culturel. Le lait de coco le distingue nettement du pain européen francophone introduit par la colonisation française — il est l'expression de la continuité pré-coloniale arabe et africaine de la boulangerie comorienne.
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Tiédir le lait de coco à 35-38 °C (chaud au doigt sans brûler). Verser dans un grand bol avec le sucre et la levure sèche instantanée, mélanger doucement à la cuillère. Attendre 8-10 minutes jusqu'à ce qu'une mousse crémeuse se forme en surface — signe que la levure est vivante et active. Si aucune mousse n'apparaît après 12 minutes, la levure est morte : recommencer avec une levure fraîche, le lait de coco était trop chaud ou trop froid.
Incorporer la farine, le sel et le ghee fondu au mélange levuré. Si les oeufs sont utilisés, les battre légèrement et les ajouter à ce stade. Mélanger énergiquement à la cuillère en bois ou au fouet pendant 5-8 minutes — la pâte doit rester épaisse, collante et se soulever en ruban (consistency de pâte à cake très épaisse, pas de pâte à pain ferme). Ajouter l'eau tiède par petites doses si la pâte est trop rigide. L'objectif est une pâte que l'on verse à la louche sans qu'elle s'étale seule : c'est la particularité de la version anjouanaise par rapport au disque zanzibarite pétri à la main.
Couvrir le bol d'un torchon propre humide ou d'un film alimentaire. Placer dans un endroit tiède à l'abri des courants d'air (25-30 °C idéalement). Laisser lever 1 heure jusqu'au doublement du volume. En temps de mousson ou de chaleur comorienne (30 °C+), la pâte peut doubler en 40-45 minutes. Par temps frais (moins de 22 °C), préchauffer le four à 50 °C, l'éteindre, et y glisser le bol couvert. La levée transforme la pâte dense en une mousse légère qui donnera la mie aérée caractéristique du mkate wa ufuta anjouanais.
Chauffer une poêle en fonte ou en acier épais à feu moyen. Pendant qu'elle chauffe, rabattre délicatement la pâte levée avec une cuillère sans la dégazer brutalement — les bulles accumulées apporteront les alvéoles. Préparer un petit bol d'eau légèrement salée (1 pincée de sel dans 100 ml) et un pinceau. Badigeonner le fond de la poêle chaude avec un peu d'huile, laisser fumer légèrement, puis essuyer avec du papier absorbant — la pellicule d'huile résiduelle suffit.
Déposer une louche généreuse de pâte (environ 120-130 g) au centre de la poêle chaude. Avec le dos d'une cuillère ou la paume mouillée, étaler en cercle de 18-20 cm de diamètre en ménageant un léger bord relevé. Aussitôt, parsemer généreusement de graines de sesame blanc sur toute la surface et appuyer fermement avec le plat des doigts pour les incruster dans la pâte. Les graines doivent couvrir la quasi-totalité du dessus — c'est la signature visuelle du mkate wa ufuta : un tapis blanc de sesame qui dorera à la cuisson. Réduire le feu à moyen-doux.
Couvrir la poêle et cuire à feu moyen-doux pendant 3-5 minutes. La pâte va gonfler, se soulever en bulles, et le contour inférieur va dorer. Surveiller la surface du pain : quand le dessus n'est plus brillant et humide mais mat et légèrement sec, et que des bulles se forment, c'est le moment de passer à la cuisson du dessus. Le fond doit être d'un brun doré profond — pas brûlé mais bien coloré. Si nécessaire, soulever délicatement le bord avec une spatule pour vérifier la couleur.
Méthode traditionnelle anjouanaise : retourner la poêle en fonte à 180° au-dessus d'un feu vif pendant 2-3 minutes jusqu'à ce que les graines de sesame soient bien dorées et que des taches brunes apparaissent. Le pain reste collé à la poêle par sa propre humidité. Méthode four (plus sûre) : placer la poêle sans couvercle sous le gril du four préchauffé à 230 °C pendant 7-10 minutes. Le sesame doit être doré-roux, pas noir. Le pain est cuit quand il sonne creux si on tape légèrement dessus. Détacher avec une spatule et déposer sur un torchon.
Dès la sortie du feu, badigeonner généreusement le côté sesame de beurre clarifié fondu avec un pinceau ou une cuillère. Le ghee pénètre dans les alvéoles et fait briller les graines dorées — c'est l'étape qui transforme un pain cuit en une spécialité parfumée. Servir immédiatement dans un torchon propre pour conserver la chaleur. Le mkate wa ufuta est meilleur dans les 15-20 minutes suivant la cuisson. Répéter avec le reste de la pâte en regraissant légèrement la poêle entre chaque pain. Accompagner de thé à la cardamome pour le petit-déjeuner anjouanais classique.
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