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Atlas Culinaire · Bolivie · Amériques
Le grand bocal de verre ambrĂ© posĂ© sur les Ă©tals de la Plaza Garita de Lima, oĂč depuis des gĂ©nĂ©rations les cholitas de La Paz vendent au verre cette pĂȘche sĂ©chĂ©e mijotĂ©e Ă la cannelle et au clou de girofle, dont le fruit entier, rĂ©hydratĂ© et fondant, attend sagement au fond pour la derniĂšre bouchĂ©e sucrĂ©e.
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On rince soigneusement les pĂȘches sĂ©chĂ©es Ă l'eau claire pour Ă©liminer toute poussiĂšre, puis on les immerge entiĂšrement dans environ 1,5 litre d'eau froide, dans un grand rĂ©cipient couvert, pendant au moins 8 heures, traditionnellement la veille au soir pour un service le lendemain. Ce trempage long, documentĂ© par la quasi-totalitĂ© des recettes natives boliviennes, est l'Ă©tape la plus souvent Ă©courtĂ©e par erreur alors qu'elle conditionne tout le moelleux final du fruit.
On transfĂšre les pĂȘches et leur eau de trempage dans une grande casserole, on ajoute les bĂątons de cannelle et les clous de girofle, puis on porte Ă Ă©bullition avant de rĂ©duire Ă feu moyen-doux pendant environ 30 Ă 40 minutes, jusqu'Ă ce que l'eau prenne une teinte ambrĂ©e et que les fruits soient parfaitement tendres. Les vendeuses de la Plaza Garita de Lima Ă La Paz, comme le rapporte le tĂ©moignage de MarĂa Chuca Rojas, respectent scrupuleusement cette Ă©tape d'infusion longue qui distingue le mocochinchi d'un simple sirop de fruit sucrĂ©.
Dans une seconde casserole, ou directement dans le liquide de cuisson filtrĂ©, on dissout le sucre roux Ă feu doux en remuant constamment jusqu'Ă obtenir un sirop homogĂšne, sans grain rĂ©siduel au fond. Certaines recettes de rue prĂ©parent ce sirop Ă part avant de l'incorporer au fruit cuit, tandis que d'autres, plus rapides, ajoutent directement le sucre dans la casserole de cuisson des fruits â les deux mĂ©thodes cohabitent selon les sources consultĂ©es sans que l'une soit jugĂ©e supĂ©rieure.
On rĂ©unit le sirop et les pĂȘches cuites avec leurs Ă©pices dans un seul rĂ©cipient, on remue bien pour que le sucre se rĂ©partisse uniformĂ©ment, puis on laisse mijoter encore 10 Ă 15 minutes Ă feu trĂšs doux pour que les saveurs se marient complĂštement. C'est Ă cette Ă©tape que le mocochinchi prend sa texture et sa couleur dĂ©finitives, celles reconnaissables entre toutes dans les grands bocaux de verre posĂ©s sur les Ă©tals du Mercado RodrĂguez.
On retire la casserole du feu et on laisse le mélange revenir à température ambiante avant de le transvaser, fruits compris, dans un grand bocal ou une carafe en verre que l'on place ensuite au réfrigérateur pendant au moins 2 heures. Le mocochinchi se déguste toujours bien frais, jamais tiÚde, une rÚgle constante dans toutes les sources consultées, qu'il s'agisse d'une préparation domestique ou de la vente ambulante en pleine rue.
On remplit chaque verre de quelques glaçons, on verse le mocochinchi froid par-dessus jusqu'Ă ras bord, puis on dĂ©pose une ou deux pĂȘches entiĂšres rĂ©hydratĂ©es au fond du verre â c'est la signature visuelle et gustative de la boisson, vendue ainsi depuis des gĂ©nĂ©rations sur les Ă©tals de la Plaza Garita de Lima et du Mercado RodrĂguez Ă La Paz. Le fruit se mange Ă la fin, une fois le liquide bu, Ă la cuillĂšre ou directement Ă la main selon le contexte, un geste que pratiquement aucune source ne dĂ©crit comme optionnel.
Selon la rĂ©gion bolivienne oĂč l'on se trouve, la mĂȘme boisson peut changer de nom sans changer fondamentalement de recette : "orejĂłn" ou "refresco de k'isa" Ă La Paz, "mok'ola" Ă Oruro, "pepa" dans certaines zones du nord, "refresco de pelĂłn" ou "huesillo" Ă Tarija, tandis que le terme "mocochinchi" lui-mĂȘme domine Ă Santa Cruz, Cochabamba, Chuquisaca et dans le Beni. Conserver cette diversitĂ© de vocabulaire en tĂȘte permet de comprendre une carte ou un menu de rue dans n'importe quel dĂ©partement bolivien sans se mĂ©prendre sur la boisson proposĂ©e.
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