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Atlas Culinaire · Uruguay · Amériques
Le callos madrileño des conventillos — gélatineux, fumé, épicé
Le mondongo a la española est le callos madrilène des conventillos de Montevideo : des tripes longuement mijotées avec des pois chiches, du chorizo colorado, du pimentón et de la tomate, jusqu'à une texture gélatineuse, fumée et épicée. Plat de pauvres et d'immigrants espagnols, il demande de la patience — nettoyer, précuire et attendrir le mondongo — mais récompense par un ragoût profond, meilleur encore réchauffé le lendemain. C'est une cuisine de conventillo, faite pour nourrir beaucoup avec peu, et pour réunir la tablée autour d'un plat qui a mijoté tout l'après-midi.
Trois préparations qu'on confond en Uruguay : le mondongo a la española (pois chiches, chorizo colorado, pimentón, sans pomme de terre, héritage des callos madrilènes), la buseca (haricots, origine lombarde, sin papa aussi), et la cazuela (avec papa, choclo, bondiola, version créole métissée).
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Veille — Trempage des garbanzos et nettoyage du mondongo — La veille, faire tremper les pois chiches secs dans 1 litre d'eau froide pendant au moins 12h — ils doublent de volume et cuisent ensuite deux fois plus vite. En parallèle, préparer le mondongo : gratter à la main toute la graisse visible sur la face intérieure (couche blanche/jaunâtre), puis plonger dans un bain d'eau froide avec 100ml de vinaigre blanc pendant 30 minutes minimum. Cette étape neutralise les composés sulfurés sans laisser de goût acide perceptible dans le guiso final. Le mondongo bien préparé ne dégage plus d'odeur forte — si l'odeur persiste après le bain vinaigré, changer l'eau et renouveler 15 minutes de plus.
Le pourquoiPois chiches trempés la veille et mondongo bien nettoyé sont la base : on ne rattrape pas des garbanzos durs ni des tripes mal parées.
Précuisson — Première cuisson du mondongo à l'eau aromatisée — Égoutter et rincer le mondongo à l'eau froide. Le placer entier dans une grande marmite, couvrir d'eau froide, ajouter 3 feuilles de laurier, une cuillère à soupe de sel gros et une demi-tête d'ail non épluchée. Porter à ébullition, écumer soigneusement pendant les premières 10 minutes (mousse grisâtre = impuretés protéiques), puis réduire à feu doux et cuire couvert pendant 2h30 à 3h. Le mondongo est prêt quand une fourchette le transperce sans résistance et qu'un morceau coupé et mordu cède facilement entre les molaires sans effet « gomme à mâcher ».
Le pourquoiUne première cuisson à l'eau aromatisée attendrit les tripes et ôte leur odeur avant le ragoût.
Préparation — Découpe et second dégraissage — Sortir le mondongo du bouillon et laisser tiédir 15 minutes sur une planche — manipuler chaud est dangereux et difficile. Une fois tiède, retirer à nouveau les peaux dures et les dernières veines graisseuses visibles qui persistent après la cuisson. Couper en lanières de 3-4 cm de long sur 1 cm de large — ni trop petites (fondent dans le guiso), ni trop grandes (difficiles à manger à la cuillère). Réserver le bouillon de cuisson filtré : c'est la base de saveur du guiso.
Le pourquoiTiédi puis taillé en lanières, débarrassé du gras restant, le mondongo est prêt pour un ragoût net.
Sofrito — Construction du sofrito à la española — Dans une cocotte en fonte ou une marmite à fond épais, faire chauffer 3 cuillères à soupe d'huile d'olive à feu moyen. Ajouter la panceta en lardons et faire revenir 3-4 minutes jusqu'à ce qu'elle commence à dorer et à rendre son gras. Incorporer les oignons émincés, l'ail écrasé et le poivron rouge en brunoise — faire suer 8 minutes à feu moyen en remuant régulièrement jusqu'à ce que les légumes fondent et commencent à caraméliser légèrement. Hors du feu, ajouter le pimentón doux et mélanger rapidement pendant 30 secondes : le pimentón brûle instantanément sur feu vif et devient amer — c'est l'erreur la plus fréquente avec cette épice.
Le pourquoiOignon, ail et pimentón fondus à l'huile d'olive donnent la base fumée et colorée du callos.
Assemblage — Incorporation des tomates, chorizo et mondongo — Remettre sur feu moyen, ajouter les tomates pelées en les écrasant à la main dans la cocotte — on veut des morceaux irréguliers, pas une purée lisse. Incorporer le chorizo colorado coupé en rondelles de 5mm et faire revenir 5 minutes — le gras orange du chorizo va teinter toute la sauce d'une couleur acajou caractéristique. Ajouter le mondongo découpé, les carottes en rondelles, le poireau et les feuilles de laurier restantes. Verser 500ml de bouillon de cuisson filtré et 250ml d'eau si nécessaire pour couvrir les solides. Le guiso doit être liquide à ce stade — il va réduire.
Le pourquoiTomates écrasées à la main, chorizo colorado et mondongo réunis lancent le ragoût, la charcuterie parfumant les tripes.
Cuisson longue — Mijotage lent jusqu'au gélatineux — Porter à ébullition, couvrir et réduire immédiatement à feu très doux — le guiso doit frémir, pas bouillir. Laisser cuire 45 minutes à 1h en remuant toutes les 15 minutes pour vérifier qu'il n'accroche pas. Pendant ce temps, égoutter les garbanzos trempés, les cuire à part dans de l'eau non salée pendant 30-40 minutes jusqu'à ce qu'ils soient tendres mais encore un peu fermes — ils termineront de cuire dans le guiso. Le mondongo est prêt pour l'étape suivante quand il offre une résistance molle mais fondante : la sauce commence à devenir nacrée, signe que le collagène a migré dans le liquide.
Le pourquoiUn frémissement long, jamais bouillant, fait fondre le collagène des tripes en une texture gélatineuse : c'est l'âme du mondongo.
Finalisation — Ajout des garbanzos et rectification — Incorporer les garbanzos précuits égouttés dans le guiso et mélanger délicatement pour ne pas les écraser. Laisser cuire encore 25-30 minutes à feu très doux, couvert — les pois chiches absorbent les saveurs du chorizo et du pimentón et s'imprègnent d'une couleur acajou. Rectifier l'assaisonnement en sel et en poivre blanc. La texture cible : une sauce semi-liée qui nappe la cuillère sans être collante, des morceaux de mondongo fondants sans être défaits, des garbanzos entiers et savoureux. Saupoudrer de persil frais ciselé hors du feu.
Le pourquoiLes pois chiches précuits finissent dans le ragoût, mélangés doucement pour ne pas les écraser.
Repos et service — Repos obligatoire — le lendemain est meilleur — Éteindre le feu, couvrir et laisser reposer 10 minutes minimum avant de servir — la gélatine du mondongo se redistribue et la sauce se lie naturellement. Servir très chaud dans des bols profonds avec du pain croûté ou de la polenta crémeuse. La règle non écrite du mondongo a la española en Uruguay est qu'il est systématiquement meilleur réchauffé le lendemain à feu doux avec un peu de bouillon ajouté : les graisses du chorizo se lient aux protéines gélatineuses du mondongo au repos au froid et créent une sauce plus riche et plus homogène.
Le pourquoiUn repos laisse la gélatine se répartir et les saveurs se fondre : le mondongo est encore meilleur réchauffé.
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Buseca et mondongo a la española sont deux ragoûts de tripes que Montevideo distingue par leurs légumineuses et leurs origines : haricots lombards contre pois chiches madrilènes, mais mêmes tripes fondantes mijotées sin papa.
Voir la recette →Les callos madrilènes, tripes mijotées aux pois chiches, chorizo et pimentón, sont l'ancêtre direct du mondongo a la española — apportés par l'immigration espagnole dans les conventillos.
Pas encore dans l'AtlasDu menudo mexicain au mondongo colombien, toute l'Amérique latine mijote les tripes en ragoût : le mondongo uruguayen en est la branche hispano-fumée aux garbanzos.
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