Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Espagne · Europe
La cena de los músicos — le ragoût des montagnes alcoyanes qui réunit les filàes depuis des siècles
Le débat le plus profond autour de l'olleta valenciana porte sur l'inclusion ou non du riz dans la recette originale. La version alcoyana authentique — celle que les 28 filàes (confréries des Moros y Cristianos d'Alcoy) préparent chaque 21 avril lors de la Nit de l'Olla — est préparée SANS riz : il s'agit d'un ragoût de légumineuses, de cardes et de viandes de porc, où la morcilla de cebolla, en se dissolvant, épaissit naturellement le bouillon. Le chef deux étoiles Michelin Kiko Moya (L'Escaleta, Cocentaina), figure tutélaire de la gastronomie alcoyane, perpétue cette version rigoureusement sans céréale dans sa recette publiée en 2016. En revanche, la variante alicantaine de la plaine — popularisée notamment par Karlos Arguiñano — intègre systématiquement du riz bomba ajouté en fin de cuisson, ce que les puristes du Comtat considèrent comme un métissage avec l'arròs amb fesols i penques de la Huerta. Le site officiel Turismo Alcoy, qui documente la recette patrimoniale depuis 2010, ne mentionne aucun riz dans la liste des ingrédients canoniques, tranchant ainsi pour la tradition sèche des montagnes.
Vin rouge jeune de l'AOC Alicante (monastrell), servi légèrement frais à 16°C — son fruit généreux et ses tanins souples équilibrent la richesse des viandes de porc et la puissance de la morcilla. En version sans vin, un agua de Valencia sans alcool ou une limonade valencienne maison.
L'olleta alcoyana est le plat des fêtes par excellence : chaque 21 avril au soir, les 28 filàes (confréries) d'Alcoy se retrouvent dans leurs quartiers généraux pour partager une grande marmite d'olleta avant les Fêtes des Maures et des Chrétiens. C'est la 'Nit de l'Olla' — la Nuit du Pot — où musiciens et festeros mangent ensemble avant les trois jours de festivités. En octobre, lors du 'Mig Any', chaque filà présente sa version pour élire les meilleurs cuisiniers du groupement.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
La veille au soir, rincer les haricots secs à l'eau froide et les couvrir d'eau à hauteur plus 5 cm. Laisser tremper 12 à 24 heures à température ambiante, en changeant l'eau au moins deux fois pour éliminer les sucres fermentescibles responsables des ballonnements. Le lendemain, les égoutter et les rincer soigneusement sous l'eau froide. Les haricots doivent avoir doublé de volume et la peau doit être lisse — c'est le signe d'un trempage réussi.
Séparer les côtes blanches (pencas) des feuilles vertes des blettes. Couper les pencas en tronçons de 4-5 cm en retirant les fils latéraux avec un couteau bien affûté, comme on dénervure un céleri. Porter une casserole d'eau salée à ébullition et plonger les pencas 5 minutes : ce blanchiment est essentiel pour éliminer l'amertume oxalique caractéristique des cardes. Égoutter et réserver. Les feuilles vertes pourront être ajoutées optionnellement dans les 10 dernières minutes de cuisson.
technique du 'susto' — Dans une grande marmite (5-6 litres), couvrir les haricots égouttés avec 2,5 litres d'eau froide. Porter à ébullition forte sur feu vif et laisser bouillir 10 minutes à découvert en écumant régulièrement. Cette première ébullition est parfois suivie d'un changement d'eau complet (méthode traditionnelle alcoyane) pour un bouillon plus limpide. Pratiquer ensuite le 'susto' : ajouter deux fois une louche d'eau froide à intervalles de 20 minutes pendant la cuisson suivante à feu moyen. Ce choc thermique resserre la peau des haricots et les empêche d'éclater tout en libérant leur amidon progressivement pour créer un bouillon naturellement épais.
Couper les côtes de porc en tronçons de 5 cm, la panceta en lardons épais et l'asadura en cubes de 3 cm. Peler et couper les navets en quartiers et la chirivía en rondelles épaisses. Ajouter toutes les viandes dans la marmite avec les haricots semi-cuits, puis les navets et la chirivía. Porter de nouveau à ébullition en écumant, puis réduire immédiatement à feu doux. Couvrir partiellement (laisser un interstice pour que la vapeur s'échappe) et laisser mijoter 60 minutes. Le bouillon doit frémir légèrement — jamais bouillir violemment au risque de durcir les viandes.
Après 60 minutes de mijotage, incorporer les pencas blanchies dans la marmite. Ajouter les brins de thym, le poivre noir et les filaments de safran préalablement infusés dans 2 cuillères à soupe d'eau tiède. Goûter le bouillon et ajuster en sel avec parcimonie — les charcuteries apporteront encore du sel. Poursuivre la cuisson à feu doux pendant encore 30 minutes, en remuant délicatement de temps en temps avec une cuillère en bois pour ne pas écraser les haricots.
Dans une poêle à part, faire chauffer l'huile d'olive à feu moyen-vif. Émincer finement l'oignon et le faire revenir jusqu'à ce qu'il soit translucide et légèrement doré, environ 8-10 minutes. Baisser le feu, éloigner la poêle de la flamme et ajouter le pimentón doux : il doit cuire 30 secondes dans l'huile chaude sans jamais brûler (le pimentón brûlé devient amer et ruine le sofrito). Verser immédiatement ce sofrito dans la marmite, mélanger délicatement et laisser cuire 10 minutes supplémentaires pour que les saveurs s'intègrent.
5 à 10 minutes avant la fin de cuisson, piquer les morcillas de cebolla avec une aiguille ou un cure-dent en 3-4 endroits (jamais les couper) et les plonger entières dans le ragoût. Elles vont gonfler légèrement puis libérer leur farce à l'oignon dans le bouillon, lui conférant une couleur brun-orange intense et un parfum d'oignon confit inimitable. Laisser cuire à feu très doux, sans remuer fort pour ne pas les briser prématurément. Le bouillon doit se montrer épais et nappant en fin de cuisson.
Éteindre le feu et laisser reposer l'olleta 10 minutes à couvert — les saveurs s'arrondissent et le bouillon atteint sa consistance optimale. L'olleta est traditionnellement servie dans une cazuela de barro (terrine en terre cuite) posée directement sur la table, où chaque convive se sert. Elle se mange en plat unique avec du pain rustique valencien. Comme tout grand pot-au-feu, l'olleta est encore meilleure le lendemain réchauffée doucement à feu très bas : les haricots ont absorbé le bouillon et les saveurs se sont encore fondues.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.