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Atlas Culinaire · Vatican · Europe
Le pain des frĂšres â levain centenaire, pecorino du Latium et grains de poivre des cuisines conventuelles vaticanes
La grande bataille de ce pain est celle du fromage : pecorino romano DOP ou parmigiano reggiano ? Ce clivage n'est pas anodin â il oppose deux identitĂ©s territoriales. Le pecorino romano (fromage de brebis du Latium, DOP depuis 1996, produit principalement en Sardaigne mais historiquement originaire des campagnes autour de Rome) est le fromage des couvents romains depuis l'Ă©poque des lĂ©gions, consommĂ© rĂąpĂ© dans les prĂ©parations de boulangerie bien avant la montĂ©e en puissance du parmesan. Les gardiens de la tradition culinaire du Latium â dĂ©fendus notamment par les producteurs DOP regroupĂ©s au sein du Consorzio per la Tutela del Formaggio Pecorino Romano (www.pecorinoromano.com) â considĂšrent que substituer le parmigiano, plus doux, moins salĂ©, moins piquant, Ă ce pain revient Ă effacer l'identitĂ© romaine au profit d'une saveur septentrionale normalisĂ©e. Les boulangers conventuels franciscains romains qui perpĂ©tuent la tradition documentent cette rĂ©sistance : le pecorino romano, par son intensitĂ© saline et ses notes piquantes hĂ©ritĂ©es d'un affinage de 5 Ă 12 mois, crĂ©e une tension gustative avec le poivre noir que le parmesan, trop doux et trop sucrĂ©, ne peut pas reproduire. Le Consorzio a publiĂ© en 2022 une charte dĂ©fendant l'emploi du pecorino romano dans les pains et prĂ©parations boulangĂšres romaines traditionnelles (enjoypecorinoromano.eu). Verdict des couvents : pecorino romano DOP exclusivement pour un pain Ă la romaine authentique.
Un vin blanc du Latium jeune et vif accompagne idĂ©alement ce pain de convent : Frascati DOC ou Est! Est!! Est!!! di Montefiascone DOC, vins de la campagne romaine que les moines connaissaient bien. Ă dĂ©faut, une Falanghina du BĂ©nĂ©vent souligne les notes lactiques sans Ă©craser le pecorino. Option sobre canoniale : eau de source fraĂźche ou tisane de thym â les frĂšres franciscains de la rĂ©gion romaine associent ce pain Ă l'eau de fontaine et aux lĂ©gumes du jardin du couvent, pas au vin de table.
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La veille au soir, nourrissez votre levain naturel avec un ratio 1:1:1 (levain:farine T65:eau Ă 25°C) et laissez-le pousser Ă tempĂ©rature ambiante (18-22°C) pendant 10-12 heures. Le matin du pain, prĂ©levez une cuillĂšre Ă cafĂ© de levain et plongez-la dans un verre d'eau froide : si elle flotte en 30 secondes, le levain est actif et prĂȘt. Si elle coule, attendez 1-2 heures de plus. Les moines bĂ©nĂ©dictins nourrissaient leur levain centenaire chaque soir aprĂšs Complies â ce geste nocturne inscrit la fermentation dans le rythme liturgique.
MĂ©langez la farine T65 et 250 ml d'eau tiĂšde dans un grand saladier jusqu'Ă absorption complĂšte â c'est l'autolyse, repos de 30 minutes qui dĂ©veloppe le gluten sans effort. Incorporez ensuite le levain actif en le dĂ©posant sur la pĂąte et en effectuant des mouvements d'Ă©tirement-repli depuis les bords vers le centre, en tournant le bol de 90° Ă chaque mouvement. Ajoutez l'huile d'olive et le sel, et continuez les pliages 5-6 minutes. La pĂąte doit se dĂ©coller des parois et prĂ©senter une texture satinĂ©e lĂ©gĂšrement collante â pas liquide, pas sĂšche.
AprĂšs l'incorporation du levain, laissez reposer 15 minutes. Ătalez dĂ©licatement la pĂąte en rectangle sur le plan de travail farinĂ© et saupoudrez la moitiĂ© du pecorino rĂąpĂ© (60 g) et la moitiĂ© des grains de poivre concassĂ©s (4 g) sur la surface. Repliez la pĂąte en portefeuille (trois tiers) pour enfermer le fromage. Effectuez 3 sĂ©ries de pliages coil fold Ă 20 minutes d'intervalle, en incorporant le reste du pecorino (60 g) et du poivre (4 g) lors du deuxiĂšme pliage. Ce double apport fractionnĂ© est la technique des boulangers conventuels : les premiĂšres 60 g fondent dans la mie, les secondes crĂ©ent les poches grillĂ©es visibles en surface.
Placez la pĂąte dans un rĂ©cipient lĂ©gĂšrement huilĂ©, couvrez d'un film alimentaire ou d'un torchon humide et laissez pousser Ă tempĂ©rature ambiante (20-22°C) pendant 2h30 Ă 3 heures, ou jusqu'Ă ce que la pĂąte ait augmentĂ© de 50-70 % de son volume. Ne visez pas le doublement strict avec le levain naturel â il est plus lent que la levure de boulanger. Signes de bonne fermentation : surface bombĂ©e, quelques bulles visibles, odeur lĂ©gĂšrement acide et lactique. Les cuisines des couvents romains, naturellement fraĂźches, allongeaient cette pousse Ă 4-5 heures â une patience inscrite dans l'ora et labora bĂ©nĂ©dictin.
Renversez dĂ©licatement la pĂąte sur le plan de travail lĂ©gĂšrement farinĂ© sans la dĂ©gazer brutalement â gardez les bulles de fermentation qui constituent la structure de la mie. Repliez les bords vers le centre en crĂ©ant de la tension, retournez et, avec les deux paumes courbĂ©es, faites pivoter la boule vers vous en la tirant lĂ©gĂšrement pour crĂ©er une tension de surface rĂ©guliĂšre (clĂ© en dessous). La surface doit ĂȘtre lisse et tendue comme un tambour. Placez dans un banneton farinĂ© ou un bol garni d'un torchon farinĂ©, clĂ© vers le haut.
au frais (12h) ou Ă tempĂ©rature ambiante (1h) â Deux options : l'apprĂȘt retardĂ© au rĂ©frigĂ©rateur (4°C) pendant 10-14 heures (idĂ©al pour la complexitĂ© aromatique â les boulangeries conventuelles utilisaient les caves naturellement fraĂźches des couvents romains) ; ou l'apprĂȘt Ă tempĂ©rature ambiante pendant 60-75 minutes si vous ĂȘtes pressĂ©. Au rĂ©frigĂ©rateur, le froid ralentit la fermentation et dĂ©veloppe les arĂŽmes acĂ©tiques caractĂ©ristiques. Ă tempĂ©rature ambiante, le pain sera plus doux et moins complexe. PrĂ©chauffez votre four Ă 250°C avec une cocotte en fonte (ou une plaque lourde) Ă l'intĂ©rieur dĂšs le dĂ©but du prĂ©chauffage â la fonte emmagasine la chaleur pour la garder.
Renversez la pĂąte froide sur un papier cuisson et incisez la surface d'un coup de lame dĂ©cisif Ă 45° (une incision droite ou en croix de 1 cm de profondeur â la grigne du pain des frĂšres). TransfĂ©rez rapidement dans la cocotte en fonte prĂ©chauffĂ©e, couvercle fermĂ©. Enfournez Ă 230°C pendant 20 minutes couvercle fermĂ© â la vapeur emprisonnĂ©e permet Ă la croĂ»te de rester souple le temps de l'expansion maximale. Retirez ensuite le couvercle.
AprĂšs 20 minutes Ă couvert, rĂ©duisez la tempĂ©rature Ă 200°C et retirez le couvercle. Continuez la cuisson 25-30 minutes jusqu'Ă ce que la croĂ»te soit profondĂ©ment brune â couleur caramel foncĂ©, presque ambrĂ©e. Le pecorino incorporĂ© crĂ©e des taches brunes brillantes sur la croĂ»te lĂ oĂč le fromage a grillĂ©, caractĂ©ristiques du pane dei frati. Pour vĂ©rifier la cuisson, tapez le fond du pain : il doit sonner creux comme un tambour. Un pain lourd et sourd n'est pas assez cuit.
Sortez le pain et posez-le immĂ©diatement sur une grille â jamais sur une surface plane, qui emprisonnerait l'humiditĂ© et ramollirait la croĂ»te. La cuisson continue 10 minutes aprĂšs la sortie du four par inertie thermique : la mie se structure, les arĂŽmes de pecorino grillĂ© et de poivre s'Ă©panouissent. RĂ©sistez Ă l'envie de couper immĂ©diatement â une mie chaude dĂ©chirĂ©e perd ses alvĂ©oles. Les frĂšres attendaient traditionnellement la fin des Laudes pour rompre le premier pain du jour, soit environ 45 minutes aprĂšs la sortie du four. La patience monastique a aussi une logique boulangĂšre.
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Sourcer ou se taire
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