Chargement de l’atlas
Atlas Culinaire · Guyane française · Amériques
La mémoire akan dans la forêt saramaka — soupe d'arachides pilée sans tomate, héritière des cuisines ashanti et fanti transportées par la traite hollandaise du XVIIe siècle
Le pinda soupou saramaka ('pinda' = arachides en sranan tongo, 'soupou' = soupe) est souvent confondu avec le mafé sénégalais ou la version surinamaise créolisée (pindasoep) qui incorporent de la tomate ou de la pâte de tomate : c'est une erreur ethnographique documentée. Les Saramaka, Noirs Marrons les plus isolés géographiquement — établis sur le Haut Suriname puis le Haut Maroni depuis les traités de paix de 1762 —, ont préservé des traits culinaires africains absents chez les Aluku et Ndjuka, communautés plus en contact avec les créoles côtiers. Selon l'anthropologue Richard Price (Brandeis University, auteur de First-Time: The Historical Vision of an African American People, 1983, et The Guiana Maroons, 1976), une proportion significative des ancêtres saramaka provenaient de peuples Akan (Ashanti, Fanti) de l'actuel Ghana et Côte d'Ivoire, comme le confirme l'analyse lexicale du saramaccan (50 % du vocabulaire dérivé de langues africaines occidentales et centrales, dont des éléments twi/akan identifiés). Or le nkatenkwan akan (soupe aux arachidess ghanéenne) est préparé SANS tomate dans sa version canonique — la tomate n'est entrée en Afrique de l'Ouest qu'au début du XVIe siècle via les Portugais et sa domination dans les recettes de sauce arachides date du XIXe siècle, bien après la déportation des ancêtres saramaka. Le mafé mandingue (Mali/Sénégal), avec sa tomate et son concentré, appartient à une autre branche ethnocuisine. La soupe à l'arachides saramaka est donc plus proche du nkatenkwan akan et du pinda bravoe surinamais dans sa version marron que du mafé mandingue — distinction confirmée par la recherche ethnobotanique de l'IRD (Institut de Recherche pour le Développement, Guyane). Source : Richard Price & Sally Price, https://www.richandsally.net ; Wikipedia Saramaka, https://en.wikipedia.org/wiki/Saramaka ; Multiculti Cooking pinda soep, https://multiculticooking.com/2020/02/13/peanut-soup-surinamese/
Bita (boisson fermentée de manioc légère, typique bushinengue) ou eau de source du Maroni. Le cachiri (fermenté de manioc plus fort) est réservé aux fêtes. Jus de citron vert dilué en alternative quotidienne.
Note_pop 5/10 — plat de communauté restreinte. Les Saramaka représentent environ 100 000-120 000 personnes au Suriname et 25 000 environ en Guyane française (données IRD, estimations années 2020), principalement à Maripasoula et Saint-Laurent-du-Maroni. Le pinda (arachides) est l'ingrédient le plus emblématique de la cuisine bushinengue : il entre dans le pinda alisi (riz à l'arachides), le fada (gâteau banane-arachides) et le pinda soupou. Cette soupe est un plat quotidien du Haut Maroni, peu documentée culinairement mais culturellement structurante — l'arachides est cultivée par les femmes saramaka dans les jardins de défriche (source : Wikipedia Saramaka, Jumbocar Guyane, Bonjour Guyane).
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Rincer le poulet boucané à l'eau tiède et le faire tremper 15 minutes dans de l'eau chaude pour retirer l'excès de sel de fumage. Découper en morceaux généreux — les Saramaka laissent les os qui enrichissent le bouillon. Si on utilise du gibier séché, le réhydrater 20 minutes dans de l'eau tiède. La viande fumée est le pilier protéique de la cuisine bushinengue : l'aimara, le pécari et le cerf brochet du Maroni sont boucanés sur claie de bois vert pendant 4 à 6 heures selon la tradition.
Placer les arachidess grillées décortiquées dans un mortier en bois (''stamper'' en saramaccan). Les piler par petites quantités en tournant le pilon, en ajoutant quelques gouttes d''eau tiède pour faciliter la liaison. Piler jusqu''à obtenir une pâte lisse et huileuse, sans morceaux. Si on utilise du beurre d''arachides naturel, s''assurer qu''il ne contient que des arachidess et du sel. La pâte d''arachides maison, plus grossière que le beurre industriel, libère des arômes grillés plus complexes et une texture légèrement granuleuse très appréciée dans la cuisine bushinengue.
Dans une marmite à fond épais, chauffer l''huile à feu moyen. Ajouter l''oignon haché et faire revenir 5 minutes jusqu''à légère coloration dorée. Incorporer l''ail écrasé, le gingembre râpé et les baies de bois d''inde. Mélanger 2 minutes. Ajouter ensuite les feuilles de bois d''inde et le piment entier. Les arômes doivent envahir la cuisine — le bois d''inde (allspice) est l''épice-signature de la cuisine caribéenne et bushinengue, héritage des contacts avec les populations locales lors du marronnage au XVIIe siècle.
Ajouter les morceaux de viande fumée dans la marmite et les faire revenir 2 minutes pour les imprégner des aromates. Verser les 1 200 ml d''eau froide et porter à frémissement. Laisser mijoter à couvert à feu doux pendant 25 minutes. Le bouillon doit devenir ambré et parfumé. Si on utilise du gibier séché, l''ajouter maintenant avec la viande fumée. Ne pas faire bouillir fort pour préserver la chair. Goûter et noter la salinité avant d''ajouter quoi que ce soit.
Retirer une tasse (environ 200 ml) de bouillon chaud et la verser dans un bol. Dissoudre la pâte d''arachides (ou le beurre naturel) dans ce bouillon en fouettant vigoureusement pour obtenir un mélange lisse, sans grumeaux. Verser ce mélange en filet dans la marmite en remuant constamment avec une cuillère en bois. La soupe va s''épaissir progressivement et prendre une couleur beige-dorée caractéristique. AUCUNE TOMATE n''est ajoutée — c''est la distinction fondamentale du pinda soupou saramaka par rapport au mafé ou au pindasoep créolisé.
Ajouter la dachine (taro) ou l''igname coupée en cubes de 2 cm dans la soupe. Si on utilise du gombo, l''ajouter en rondelles maintenant. Laisser mijoter à feu doux et à couvert 15 minutes jusqu''à ce que la dachine soit tendre sous la pointe d''un couteau. La dachine s''imprègne de la sauce arachides et l''épaissit légèrement par sa fécule. Le gombo apporte un liant muqueux discret, rappelant l''usage du gombo dans les soupes akan du Ghana.
Goûter la soupe et corriger l''assaisonnement avec parcimonie — la viande fumée apporte déjà beaucoup de sel et d''umami fumé. Ajouter du sel seulement si nécessaire. Retirer le piment entier si on souhaite une soupe légèrement pimentée, ou le laisser pour les convives qui aiment relever. Ajouter la cive ciselée. La soupe doit être onctueuse, veloutée, couleur beige doré, avec des notes de fumée et d''arachides grillée dominantes.
Servir le pinda soupou bien chaud dans des bols profonds. Accompagner de riz blanc cuit à l''eau ou de tomtom (boulettes de banane plantain verte bouillie 30-40 min, écrasée et formée en petites sphères avec les mains mouillées). Le riz s''immerge dans la soupe ou se mange alternativement — chaque bouchée de riz appelle une cuillerée de soupe arachides. Dans les villages saramaka du Haut Maroni comme à Maripasoula, la marmite de pinda soupou est posée au centre de la table commune et chacun se sert selon son appétit.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.