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Atlas Culinaire · Saint-Martin · Amériques
La galette de banane du matin, cousine créole des beignets sucrés des Antilles
Dans tout l'archipel des Antilles néerlandaises, la banane trop mûre ne se jette jamais : on l'écrase, on la lie d'un peu de farine et d'épices douces, et on la fait dorer à la poêle pour en tirer une galette tendre que l'on mange chaude, à la main. Le recueil « This is the Way We Cook — Asina Nos Ta Cushina » (littéralement « voici comment nous cuisinons »), rassemblé par Jewell Fenzi et publié en 1972, réunit les recettes de cuisinières des Antilles néerlandaises et d'Aruba et témoigne de la place qu'y tiennent les préparations de banane, sans en attribuer la paternité à une seule île.
Le nom même de ce plat est disputé.
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Préparation des bananes — Écraser les bananes avec le citron vert — Éplucher les quatre bananes bien mûres et les déposer dans un grand bol. À l'aide d'une fourchette, les écraser grossièrement en conservant quelques petits morceaux pour donner de la texture à la pita. Ajouter le jus de citron vert et mélanger aussitôt pour éviter l'oxydation et apporter une légère acidité qui équilibre le sucre naturel de la banane.
Le pourquoiLa banane bien mûre est chargée de sucres et d'amidon : en l'écrasant, vous libérez ce qui va lier la pâte et lui donner son moelleux. Le jus de citron vert, lui, freine les enzymes qui brunissent la chair à l'air libre et vient trancher, d'une pointe acide, la douceur presque miellée du fruit.
Préparation de la pâte — Mélanger les ingrédients secs — Dans un bol séparé, tamiser ensemble la farine, la levure chimique, le sel, la cannelle et la noix de muscade fraîchement râpée. Le tamisage évite les grumeaux et aère la farine, ce qui contribue à la légèreté de la pita finie. Cette étape prend moins de deux minutes mais change sensiblement la texture finale de la galette.
Le pourquoiTamiser farine, levure, sel et épices ensemble répartit la levure chimique de façon égale dans toute la masse : c'est ce qui fait lever la galette partout de la même manière, sans zone plate. Le passage au tamis aère aussi la farine et allège la mie.
Préparation de la pâte — Incorporer les ingrédients liquides — Battre l'œuf dans un petit bol avec l'extrait de vanille, puis l'ajouter au lait de coco préalablement homogénéisé. Verser la cassonade sur les bananes écrasées, puis incorporer le mélange liquide en remuant sans excès. Ajouter les ingrédients secs en deux fois, en mélangeant juste assez pour faire disparaître la farine — une pâte peu travaillée donnera une pita plus moelleuse.
Le pourquoiL'œuf et le lait de coco apportent liant et rondeur, la vanille le fond aromatique. Mais dès que la farine rencontre le liquide, le gluten commence à se former : mélanger trop ferait une galette élastique et caoutchouteuse. On s'arrête donc juste quand la farine disparaît.
Repos — Laisser reposer la pâte 10 minutes — Couvrir le bol d'un linge propre et laisser reposer à température ambiante pendant dix minutes. Ce repos permet à la levure chimique d'amorcer son action et à la farine d'absorber le lait de coco, épaississant la pâte et assurant une pita bien gonflée à la cuisson. C'est une étape souvent sautée à tort dans les recettes rapides mais essentielle pour la texture caractéristique de la version sint-maartoise.
Le pourquoiCe court repos laisse la farine boire le lait de coco et l'amidon gonfler : la pâte épaissit, se tient mieux, et la levure amorce déjà ses premières bulles. C'est le secret discret d'une galette bombée et moelleuse à cœur.
Cuisson — Chauffer la poêle et cuire la première fournée — Chauffer une poêle antiadhésive à feu moyen et ajouter une cuillerée d'huile. Quand l'huile commence à frémir légèrement, déposer des louches de pâte d'environ 80 ml chacune en laissant 3 cm entre elles. Cuire sans toucher jusqu'à ce que des bulles se forment en surface et que les bords soient pris, soit environ trois à quatre minutes selon l'épaisseur.
Le pourquoiUne pâte aussi riche en banane et en sucre caramélise très vite : le feu moyen est la juste mesure pour dorer la surface pendant que la chaleur gagne tranquillement le cœur. L'huile juste frémissante saisit le dessous et l'empêche de coller.
Cuisson — Retourner et finir la cuisson — Retourner délicatement chaque pita à l'aide d'une spatule large et cuire encore deux à trois minutes jusqu'à ce que le second côté soit bien doré. Appuyer légèrement avec la spatule : si la pita rebondit élastiquement, la cuisson est parfaite. Déposer sur une grille ou une assiette avec du papier absorbant et répéter avec le reste de la pâte en re-huilant légèrement la poêle entre chaque fournée.
Le pourquoiOn ne retourne qu'une fois, quand la première face est prise : la seconde face cuit à son tour pour une galette dorée des deux côtés. La légère pression de la spatule sert de test — une mie bien prise rebondit sous le doigt.
Finition et service — Servir chaud avec la garniture traditionnelle — Disposer les pitas di banana sur une assiette, saupoudrer d'un voile de sucre glace et servir immédiatement. Au marché dominical de Philipsburg, elles sont traditionnellement empilées deux par deux dans une petite assiette en carton et mangées tièdes à la main. À la maison, on peut les accompagner d'un filet de miel ou d'une cuillerée de sirop d'érable, mais les amateurs de la recette traditionnelle préfèrent la pita nature, où seule la douceur de la banane bien mûre s'exprime.
Le pourquoiTout le moelleux tient à la vapeur encore prisonnière au cœur de la galette : servie brûlante, elle est tendre et fondante ; refroidie, sa structure se resserre et se compacte. C'est un plaisir de l'instant, pas de la réserve.
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Autre douceur sucrée du côté néerlandais de l'île, dans le même registre festif et familial de dessert local à Sint Maarten.
Voir la recette →CousineCousine par l'appartenance : autre spécialité au nom papiamento du côté néerlandais de l'île, elle relève du même répertoire culinaire Dutch Caribbean que le keshi yena, dont ce dernier est la pièce de résistance festive.
Voir la recette →Même principe créole : banane bien mûre écrasée, liée d'une pâte épicée à la cannelle et à la muscade, puis dorée à la poêle et mangée chaude. La version jamaïcaine, très répandue au petit-déjeuner, est la grande sœur anglophone de cette galette des Antilles néerlandaises.
Pas encore dans l'AtlasCôté Antilles françaises, la même banane mûre se retrouve en beignets et galettes sucrées à la poêle : cuisine créole voisine partageant la banane, la vanille et les épices douces, sur l'autre versant linguistique de Saint-Martin.
Pas encore dans l'AtlasLe pain/gâteau de banane des îles ABC (« bakoba » = banane en papiamento) : même matière première, la banane trop mûre transformée en douceur, mais cuit au four en cake plutôt que doré à la poêle. Il éclaire aussi le débat sur le nom de la pita.
Pas encore dans l'AtlasLa galette « battue » (pan = pain, bati = battu) des îles ABC — Aruba, Bonaire, Curaçao : une pâte à base de farine et de semoule de maïs cuite à la poêle comme un pancake épais. Cousine de plaque de la même famille insulaire, mais salée et sans banane.
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