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Atlas Culinaire · Vatican · Europe
La polenta du lendemain frite par les gardes tessinois du Saint-SiĂšge â cucina povera de caserne, sans viande, pour respecter le carĂȘme du vendredi
Le clivage GIALLA vs BIANCA divise les gardes tessinois depuis des gĂ©nĂ©rations : la polenta gialla (maĂŻs jaune, farine de Bergame ou de la Brianza) donne un rĂ©sultat plus rustique au goĂ»t de maĂŻs prononcĂ©, fidĂšle Ă la tradition lombarde continentale ; la polenta bianca (maĂŻs Biancoperla du Veneto oriental, variĂ©tĂ© Presidio Slow Food depuis 2000), beaucoup plus dĂ©licate et sucrĂ©e, est dĂ©fendue par les gardes originaires des vallĂ©es du Tessin mĂ©ridional oĂč la farine blanche circulait via les filiĂšres vĂ©nitiennes. La Fondazione Slow Food (fondazioneslowfood.com) documente que jusqu'Ă la seconde guerre mondiale, c'est la polenta bianca qui Ă©tait considĂ©rĂ©e de "plus grande valeur" dans les provinces de TrĂ©vise, Venise et Padoue, tandis que la jaune dominait la montagne â soit exactement la gĂ©ographie des cantons de recrutement de la Garde. Ă la cantine vaticane, la version gialla s'est imposĂ©e par pragmatisme romain (farine plus facile Ă trouver Ă Rome), mais les gardes tessinois puristes continuent Ă ramener de la Biancoperla dans leurs bagages lors des permissions. La querelle, jamais tranchĂ©e officiellement, illustre la tension entre la tradition lombarde de la Garde (farine jaune) et l'identitĂ© italophone tessinoise (farine blanche). L'Accademia Italiana della Cucina reconnaĂźt les deux comme lĂ©gitimes selon la rĂ©gion d'origine.
Un Merlot del Ticino DOC (Mendrisio ou Malcantone) accompagne cette polenta frite avec une tannicitĂ© douce qui tranche la croĂ»te sans Ă©craser la douceur du maĂŻs â c'est le vin naturel des gardes lorsqu'ils rentrent en permission au Tessin. Ă Rome mĂȘme, un Frascati DOC Superiore (blanc sec des Castelli Romani) offre une aciditĂ© fraĂźche qui contraste le gras de la friture. Option sobre pour le vendredi de carĂȘme : eau minĂ©rale pĂ©tillante des Alpes suisses, fraĂźche, avec une rondelle de citron â simplicitĂ© conventuelle assumĂ©e.
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Dans une casserole Ă fond Ă©pais (idĂ©alement le paiolo en cuivre tessinois), portez l'eau salĂ©e Ă Ă©bullition franche. Versez la farine de polenta en pluie fine, en remuant Ă©nergiquement avec une cuillĂšre en bois longue pour Ă©viter les grumeaux â le geste est circulaire et continu. RĂ©duisez immĂ©diatement Ă feu moyen-doux : la polenta doit "bouillonner" Ă peine, des bulles paresseuses qui cĂšdent Ă chaque remontĂ©e de cuillĂšre.
Poursuivez la cuisson en remuant rĂ©guliĂšrement, toutes les 3-4 minutes au minimum, pendant 35 Ă 40 minutes. La polenta est prĂȘte quand elle se dĂ©tache des parois de la casserole en une masse compacte, quand une croĂ»te lĂ©gĂšre se forme sur les bords, et quand elle Ă©met un parfum de maĂŻs grillĂ©. La consistance doit ĂȘtre trĂšs Ă©paisse â une cuillĂšre plantĂ©e au centre doit tenir quelques secondes debout.
Huilez lĂ©gĂšrement un plat rectangulaire (type plat Ă gratin) ou tapissez-le de papier cuisson. Versez la polenta chaude et Ă©talez-la Ă exactement 2 cm d'Ă©paisseur avec une spatule ou le dos d'une cuillĂšre mouillĂ©e d'eau froide. Lissez la surface. Laissez refroidir Ă tempĂ©rature ambiante 1 heure, puis couvrez d'un film alimentaire et rĂ©frigĂ©rez toute la nuit â minimum 4 heures, idĂ©alement 8-12 heures.
AprĂšs une nuit au rĂ©frigĂ©rateur, la polenta est devenue une dalle ferme et lĂ©gĂšrement Ă©lastique, facile Ă manipuler. DĂ©moulez-la sur une planche. Coupez-la en bĂątonnets de 8-10 cm de long et 2 cm de large, comme des frites Ă©paisses â ou en carrĂ©s de 4x4 cm selon la tradition. Les coupes doivent ĂȘtre nettes : utilisez un couteau lĂ©gĂšrement mouillĂ© pour Ă©viter que la polenta colle Ă la lame.
Dans une poĂȘle haute ou une sauteuse, versez l'huile (ou le beurre clarifiĂ©) et chauffez Ă feu moyen-vif jusqu'Ă 170-180°C. Pour tester sans thermomĂštre : un morceau de pain trempĂ© doit remonter immĂ©diatement en grĂ©sillant vivement. Ă cette tempĂ©rature, la croĂ»te se forme en 3-4 minutes sans que l'intĂ©rieur reste froid. Ne jamais dĂ©passer 190°C : la polenta brunit trop vite en surface avant d'ĂȘtre chauffĂ©e Ă cĆur.
DĂ©posez les bĂątonnets en une seule couche dans l'huile chaude â ne surchargez pas la poĂȘle, la tempĂ©rature chuterait et les bĂątonnets absorberaient trop de matiĂšre grasse. Faites frire 3-4 minutes par face, en retournant dĂ©licatement avec une pince, jusqu'Ă obtenir une croĂ»te dorĂ©e et craquante sur toutes les faces. Le repĂšre sonore est le grĂ©sillement rĂ©gulier â s'il s'attĂ©nue, l'huile est trop froide ; s'il crĂ©pite violemment, baissez lĂ©gĂšrement le feu.
Sortez les bĂątonnets avec une Ă©cumoire ou des pinces et dĂ©posez-les immĂ©diatement sur du papier absorbant pour Ă©liminer l'excĂšs d'huile. C'est maintenant, pendant que la surface est encore huileuse et trĂšs chaude, qu'il faut ajouter la finition : saupoudrez le parmesan rĂąpĂ© (il fond lĂ©gĂšrement contre la croĂ»te chaude) et le romarin hachĂ© si utilisĂ©. Servez dans les deux minutes â la polenta fritta perd sa croustillance rapidement.
Disposez les bĂątonnets en fagot ou en pyramide sur un plat de service. Ă la caserne de la Garde, la polenta fritta du vendredi se sert sans cĂ©rĂ©monie â Ă©ventuellement avec un filet de sel supplĂ©mentaire, du parmesan en coupelle sĂ©parĂ©e pour se servir Ă table, et parfois une sauce tomate simple ou une ricotta fraĂźche. Le silence sonore de la salle Ă manger, le rite du vendredi sans viande, et la chaleur du maĂŻs frit : c'est le plat le plus humble et le plus sincĂšre de la table vaticane.
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