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Atlas Culinaire · El Salvador · Amériques
Le poulet du dĂ©jeuner familial salvadorien : des cuartos enrobĂ©s d'une pĂąte de moutarde, salsa inglesa et ail, dorĂ©s dans le beurre puis noyĂ©s sous une montagne d'oignons Ă©mincĂ©s qui fondent en une sauce ambrĂ©e et douce. Un guisado de comida casera qu'on sert sur du riz blanc, signature des cuisines de maison guanacas oĂč l'oignon n'est pas un assaisonnement mais le lĂ©gume vedette.
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Coupe le poulet en six Ă huit morceaux et retire les abats internes â foie, poumons â qui troubleraient le goĂ»t du guisado. MĂ©lange la moutarde, la salsa inglesa, l'ail Ă©crasĂ©, le poivre et le sel en une pĂąte, puis enrobe-en chaque morceau de poulet Ă la main pour qu'ils s'imprĂšgnent partout. On marine ainsi parce que la moutarde et la salsa inglesa forment la base de la « salsa negra incomparable » que revendiquent les cuisiniĂšres salvadoriennes : sans elles, l'encebollado n'aurait que le goĂ»t de l'oignon. Tu sauras que c'est bon quand chaque morceau luit d'une pellicule brun foncĂ© et que l'odeur piquante de la moutarde monte. Laisse reposer un quart d'heure si tu as le temps, le poulet n'en sera que plus parfumĂ©. Si tu n'as pas de salsa inglesa, ne la remplace pas par de la sauce soja seule : c'est l'aciditĂ© fruitĂ©e de la Worcestershire qui fait le goĂ»t guanaco.
Fais fondre le beurre Ă feu moyen dans une cocotte large et dĂ©pose les morceaux de poulet sans les entasser, en les retournant pour les colorer sur toutes les faces. On dore d'abord le poulet, et jamais l'oignon en premier, parce que cette croĂ»te fixe la couleur et concentre le goĂ»t de la marinade avant le mijotage â c'est l'Ă©tape qui distingue un encebollado rĂ©ussi d'un poulet bouilli fade. Tu sauras que c'est prĂȘt quand la peau a pris une belle teinte dorĂ©e Ă brune et que le beurre a virĂ© noisette au fond. Ne le cuis pas Ă cĆur ici, juste le saisir : il finira de cuire sous les oignons. Si le beurre brĂ»le trop vite, baisse le feu et ajoute une noisette de beurre frais. RĂ©serve les morceaux dorĂ©s et garde tout le jus de cuisson dans la cocotte, il porte le goĂ»t.
Dans le beurre noisette de la cocotte, replace le poulet dorĂ© puis couvre-le entiĂšrement d'une montagne d'oignons Ă©mincĂ©s finement, en dĂŽme par-dessus. Couvre et laisse suer Ă feu doux sans remuer les cinq premiĂšres minutes : c'est le geste clĂ©. On couche les oignons par-dessus plutĂŽt que de les jeter crus dans la graisse chaude parce qu'ainsi ils rendent leur eau, s'effondrent doucement et confisent dans le beurre, au lieu de brĂ»ler et tourner amers. Tu sauras qu'ils sont bons quand ils se sont affaissĂ©s de moitiĂ©, sont devenus translucides et dorĂ©s, et embaument la cuisine d'une odeur sucrĂ©e. C'est tout l'inverse d'un oignon brĂ»lĂ© et acre. Si le fond attache, dĂ©glace d'un trait de vin blanc â version riche â ou d'un peu d'eau, en grattant les sucs.
Ajoute l'eau (et le vin blanc si tu fais la version riche), le laurier et la chapelure, sale, puis couvre et laisse mijoter Ă feu doux une bonne quarantaine de minutes, en remuant de temps Ă autre. On lie la sauce Ă la chapelure et on mijote longuement pour que le poulet devienne fondant et que les oignons se dissolvent en une sauce ambrĂ©e et nappante. Tu sauras que c'est prĂȘt quand la chair se dĂ©tache de l'os, que la sauce a Ă©paissi et pris une belle couleur dorĂ©e Ă brune, et que les oignons ont presque disparu en confit. Surveille le feu : trop fort, la chapelure attache et brĂ»le au fond. Si la sauce reste trop liquide, dĂ©couvre les dix derniĂšres minutes pour la concentrer ; si elle est trop sĂšche, rallonge d'un filet d'eau chaude.
Sers le pollo encebollado bien chaud, nappé de sa sauce ambrée et de son confit d'oignons, sur un lit de riz blanc nature qui boira la sauce. On l'accompagne d'une ensalada de lechuga, tomate, berro et concombre, dont la fraßcheur croquante équilibre le fondant gras du plat. C'est le déjeuner familial salvadorien par excellence, le plat de comida casera du dimanche, simple et généreux. Tu sauras qu'il est à point quand chaque morceau de riz se teinte de la sauce et que l'oignon fond en bouche. Sers-le en plat unique, avec des tortillas chaudes pour saucer. Il est encore meilleur réchauffé le lendemain, quand la sauce a tout pénétré.
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