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Atlas Culinaire · Haïti · Amériques
Le poulet du dimanche haïtien : mariné à l'épis, doré, puis mijoté dans sa sauce créole
Le poul an sòs est sans doute le plat que l'on cuisine le plus souvent dans les foyers haïtiens, aussi bien à Port-au-Prince que dans les cuisines de la diaspora, à Brooklyn, Miami ou Montréal. C'est un poulet du quotidien élevé au rang de repère : l'odeur de l'épis qui chauffe dans l'huile suffit, dit-on, à reconnaître un appartement haïtien.
Un débat récurrent, mais convivial, traverse les cuisines haïtiennes : celui de la « pureté » de l'épis.
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Plongez les morceaux de poulet 5 minutes dans un grand saladier d'eau froide additionnée de 100 ml de vinaigre blanc et de 10 g de sel, puis égouttez. Frottez énergiquement chaque morceau avec des moitiés de citron vert, en insistant sous la peau. Pratiquez 2 à 3 entailles de 3-4 cm dans les parties charnues des cuisses. Si vous le souhaitez, versez un filet d'eau bouillante sur le poulet égoutté dans une passoire pendant une vingtaine de secondes, puis rincez à l'eau froide et séchez au papier absorbant.
Le pourquoiLe frottage au citron et au vinaigre est le rituel de propreté domestique haïtien : l'acide dégraisse la peau et neutralise les odeurs de volaille. Les entailles ouvrent des chemins pour que la marinade atteigne l'os.
Dans un blender ou un mortier, réunissez 8 gousses d'ail, 30 g de persil (feuilles et tiges), 10 g de thym frais effeuillé, 80 g d'oignons verts, 60 g de poivron, un demi piman bouk épépiné, 4 clous de girofle, 60 ml de vinaigre de cidre et 60 ml d'huile d'olive. Broyez jusqu'à une texture de pesto : fluide mais avec des morceaux visibles, sans liquéfier complètement. Goûtez et ajustez le sel.
Le pourquoiL'épis est la colonne vertébrale aromatique de presque tous les plats haïtiens. En le laissant un peu granuleux, il accroche mieux aux fibres du poulet qu'une purée trop lisse.
Déposez les morceaux séchés dans un grand saladier. Ajoutez environ 120 g d'épis (la moitié de la préparation), 8 g de sel et, si vous le souhaitez, le jus d'une orange amère ou d'un citron vert. Massez pour faire pénétrer l'épis dans les entailles. Couvrez et réfrigérez au minimum 2 heures, idéalement 8 à 12 heures. Ne jetez surtout pas le jus de marinade resté au fond du saladier.
Le pourquoiLe sel et l'acide de l'agrume attendrissent la chair et la parfument en profondeur ; le temps long laisse les herbes migrer jusqu'à l'os.
Sortez le poulet 20 minutes avant cuisson. Dans une cocotte en fonte ou une sauteuse à fond épais, chauffez 60 ml d'huile à feu moyen-vif. Secouez chaque morceau pour retirer l'excès d'épis, qui brûlerait. Dorez sans surcharger la poêle, en deux fournées : 4-5 minutes côté peau jusqu'à une croûte brun acajou, puis 3-4 minutes côté chair. Réservez. Ne nettoyez pas la cocotte.
Le pourquoiLa réaction de Maillard sur la peau crée les sucs caramélisés au fond de la cocotte : c'est ce fond brun qui donnera à la sauce sa couleur sombre et son goût.
Baissez à feu moyen. Dans la cocotte avec les sucs, versez 60 g de concentré de tomate. Remuez sans arrêt 2-3 minutes jusqu'à ce qu'il fonce, passant du rouge vif au rouge brique. Ajoutez la moitié de l'oignon émincé (100 g) et 2 gousses d'ail écrasées ; faites revenir 2 minutes. Versez alors le jus de marinade réservé pour décoller tous les sucs, en raclant le fond à la cuillère en bois.
Le pourquoiCuire le concentré de tomate caramélise ses sucres et concentre son umami : c'est ce qui donne à la sauce créole sa densité et sa couleur profonde, impossibles à obtenir avec de la tomate crue.
Remettez le poulet en une seule couche. Ajoutez le piman bouk ENTIER, un bouquet de thym et de persil noué, et versez 400 ml de bouillon (ou d'eau) bouillant. Le liquide doit monter à mi-hauteur des morceaux, sans les couvrir. Portez à ébullition, couvrez et réduisez à feu doux-moyen. Braisez 25 à 30 minutes en retournant les morceaux à mi-cuisson.
Le pourquoiLaissé entier, le scotch bonnet parfume la sauce de son fruité sans libérer massivement sa capsaïcine ; le braisage à couvert cuit la volaille en douceur et fond le collagène.
Découvrez la cocotte. Retirez le piman bouk et le bouquet d'herbes. Ajoutez les lanières de poivron rouge et jaune et les 100 g d'oignon tranché restant. Couvrez et cuisez encore 8 à 10 minutes à feu moyen, jusqu'à ce que les oignons fondent sans se défaire complètement. Si la sauce est trop liquide, découvrez et réduisez 5 minutes à feu vif. Goûtez et rectifiez le sel.
Le pourquoiLes légumes ajoutés tard gardent un peu de tenue et de fraîcheur ; la sauce se lie naturellement à l'oignon fondu et à la gélatine des os, jamais à la farine.
Dressez les morceaux dans un plat de service ou des assiettes creuses chaudes. Nappez généreusement de sauce et parsemez de persil frais. Servez aussitôt avec du diri blan (riz blanc), des pwa (haricots en sauce) et du pikliz, dont l'acidité tranche l'onctuosité. Des bannann peze (plantains frits) complètent volontiers l'assiette.
Le pourquoiLe riz absorbe la sauce, les pwa apportent le fondant, et le pikliz apporte l'acide et le piquant qui relancent le palais entre deux bouchées.
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Autre grand plat de poulet haïtien mariné à l'épis, du Cap-Haïtien, mais enrichi de noix de cajou : une déclinaison régionale du poulet créole.
Voir la recette →CousineL'épis est la marinade et le fond de sauce du poul an sòs : cette pâte d'herbes est littéralement la base aromatique du plat.
Voir la recette →CousineLe frère de volaille du plat : exactement la même construction créole (marinade à l'épis, saisie, mijotage en sauce d'oignons et tomate), le porc cédant la place au poulet. Sur la table haïtienne, l'un ou l'autre tient le rôle de la viande en sauce du repas.
Voir la recette →CousineMême grammaire créole du « nan sòs » appliquée au poulet : épis, jus d'agrume, piment bouk et sauce foncée. La cuisson est plus courte, la viande plus tendre au départ.
Voir la recette →VarianteLa version au poulet de la même sauce créole : même nettoyage à l'orange amère, même marinade à l'épis et même braisé tomaté aux oignons et scotch bonnet. C'est le plat de tous les jours dont le Kodenn an Sòs est la déclinaison de fête, plus solennelle.
Voir la recette →CousineLe plat emblématique construit sur la Sòs Kreyòl : le poulet mariné à l'épis puis braisé dans la sauce créole. La sauce est le milieu de cuisson, le poulet en est l'expression la plus célèbre.
Voir la recette →Le poulet braisé en sauce tomatée de la République dominicaine, l'autre moitié d'Hispaniola : même geste de sofrito, dorure et mijotage, cousin de l'autre côté de la frontière.
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