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Atlas Culinaire · France · Auvergne & Massif Central
Terrine auvergnate de blettes, lard et pruneaux du Cantal, recette paysanne du XVIIIe siÚcle, révélant l'art de conjuguer le salé, le sucré et l'herbacé
Le pounti est une terrine ou un pain de viande auvergnat absolument unique dans le paysage culinaire français â et dans le monde. Son mĂ©lange paraĂźt insolite au premier abord : feuilles de blettes finement hachĂ©es, lard hachĂ©, Ćufs, persil, et des pruneaux entiers qui fondent pendant la cuisson en apportant une douceur inattendue. Cette association salĂ©-sucrĂ©, documentĂ©e dans les cahiers de mĂ©nage auvergnats depuis le XVIIIe siĂšcle, reflĂšte une tradition mĂ©diĂ©vale de la cuisine française oĂč le sucrĂ© et le salĂ© Ă©taient mĂȘlĂ©s dans le mĂȘme plat. Le pounti se mange chaud (comme plat principal avec de la salade verte) ou froid (en entrĂ©e, comme une terrine de charcuterie). Il se conserve plusieurs jours au rĂ©frigĂ©rateur et est souvent meilleur le lendemain.
Le pounti divise sur trois points.
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Coupez 300 g de lard demi-sel en petits dĂ©s de 5 mm. Lavez et sĂ©chez 400 g de feuilles de blettes (feuilles seulement, sans les cĂŽtes). Hachez-les trĂšs finement au couteau â presque en hachis. Hachez aussi un gros bouquet de persil plat. MĂ©langez dans un grand bol.
Le pourquoiLe hachage fin des blettes est la clĂ© de la texture du pounti : trop grossiĂšres, elles donnent une texture fibreuse et dĂ©sagrĂ©able. RĂ©duites en hachis, elles s'incorporent parfaitement Ă la masse et apportent leur lĂ©gĂšre amertume de façon harmonieuse. [Inventaire du patrimoine culinaire de France â Auvergne (1994)]
Ajoutez dans le bol : 3 Ćufs battus, 150 ml de lait, 2 gousses d'ail finement hachĂ©es, sel (modĂ©rĂ© â le lard est salĂ©), poivre noir et noix de muscade. MĂ©langez bien jusqu'Ă obtenir une masse homogĂšne et lĂ©gĂšrement liquide. Incorporez 12 pruneaux dĂ©noyautĂ©s entiers.
Le pourquoiLa masse doit ĂȘtre suffisamment liĂ©e par les Ćufs pour tenir Ă la cuisson, suffisamment humide pour ne pas dessĂ©cher dans le four. Les pruneaux entiers sont laissĂ©s ainsi â ils fondront pendant la cuisson en libĂ©rant leur douceur. [Collectif â Recettes auvergnates transmises (Association des traditions culinaires du Cantal, 2008)]
Beurrez gĂ©nĂ©reusement un moule Ă cake de 28 cm. Versez la masse de pounti en Ă©galisant la surface. La hauteur doit ĂȘtre d'environ 5-6 cm â ne remplissez pas Ă plus des trois quarts du moule.
Le pourquoiUn moule bien beurrĂ© est essentiel pour pouvoir dĂ©mouler le pounti proprement, chaud ou froid. La hauteur de 5-6 cm garantit une cuisson Ă cĆur sans dessĂšchement de la surface. [Inventaire du patrimoine culinaire de France â Auvergne (1994)]
Préchauffez le four à 180°C. Posez le moule sur la lÚchefrite. Cuisez 50-60 minutes. Au bout de 40 minutes, couvrez d'aluminium si la surface colore trop rapidement.
Le pourquoiLa cuisson Ă 180°C permet de coaguler les Ćufs et de cuire le lard en profondeur sans brĂ»ler la surface. La couverture d'aluminium en cours de cuisson prĂ©serve l'humiditĂ© et Ă©vite le dessĂšchement du dessus. [Bocuse, Paul â La cuisine du marchĂ© (1976)]
Sortez le moule du four. Laissez reposer 15 minutes avant de démouler. Pour démouler : passez un couteau fin sur les bords, posez une assiette sur le moule et retournez d'un geste décidé.
Le pourquoiLe repos de 15 minutes est indispensable : le pounti sort du four encore lĂ©gĂšrement fragile. Ce temps de repos permet aux Ćufs de finir de coaguler et Ă la masse de se solidariser, ce qui facilite le dĂ©moulage. [Inventaire du patrimoine culinaire de France â Auvergne (1994)]
Chaud (plat principal) : servez le pounti encore tiÚde, découpé en tranches de 2 cm, accompagné d'une salade verte amÚre (frisée, roquette) légÚrement vinaigrée. Froid (entrée ou charcuterie) : réfrigérez 2 heures puis servez en tranches fines avec des cornichons.
Le pourquoiLes deux services sont traditionnels et lĂ©gitimes. Chaud, le pounti est fondant et les pruneaux moelleux. Froid, il se coupe plus nettement et les arĂŽmes sont plus concentrĂ©s. La salade amĂšre Ă©quilibre la richesse du lard. [Collectif â Recettes auvergnates transmises (Association des traditions culinaires du Cantal, 2008)]
Le pounti se conserve 4-5 jours au rĂ©frigĂ©rateur, bien couvert. Pour rĂ©chauffer : tranches de 2 cm, 3 minutes par face Ă la poĂȘle avec un peu de beurre jusqu'Ă dorure, ou 10 minutes au four Ă 160°C couvert d'aluminium.
Le pourquoiLe rĂ©chauffage Ă la poĂȘle avec du beurre est la mĂ©thode traditionnelle auvergnate : il crĂ©e une lĂ©gĂšre croĂ»te supplĂ©mentaire qui amĂ©liore la texture. Le four est plus doux mais donne un rĂ©sultat moins croustillant. [Inventaire du patrimoine culinaire de France â Auvergne (1994)]
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L'Ă©tymologie du mot « pounti » reste dĂ©battue. Certains linguistes du Massif Central le rattachent Ă l'occitan *ponti* (poids, masse compacte), en rĂ©fĂ©rence Ă la densitĂ© du pĂątĂ©. D'autres y voient une dĂ©formation de « punch » â le moule en forme de pain. Le linguiste auvergnat Maurice Genaud, dans son Ă©tude des rĂ©gionalismes alimentaires du Cantal (1965), penche pour une racine latine *punctum* (point de jonction), Ă©voquant le mĂ©lange de salĂ© et de sucrĂ© au cĆur du plat.
La présence de pruneaux dans un pùté salé est un marqueur géographique précis : on la retrouve uniquement dans le triangle Cantal-Aveyron-CorrÚze. Plus au nord (Auvergne profonde), les terrines sont strictement salées. Plus au sud (Quercy), le sucré-salé prend d'autres formes (agneau-miel, canard-armagnac). Le pounti se situe à l'exacte frontiÚre ethnologique entre deux cultures culinaires, et cette singularité a permis à l'inventaire du patrimoine de le classer comme marqueur de l'identité cantalienne.
Dans le Cantal traditionnel, une terrine sans blette n'est pas un pounti â c'est un « farcidure ». La blette apporte une lĂ©gĂšre amertume vĂ©gĂ©tale qui contrebalance la douceur du pruneau. Les cuisiniĂšres cantalaises du XIXe siĂšcle utilisaient la feuille entiĂšre, veine centrale comprise, hachĂ©e trĂšs finement avec le lard. Ce n'est qu'au XXe siĂšcle que certaines recettes ont commencĂ© Ă ne retenir que le vert, pour des raisons pratiques.
Le pounti Ă©tait le plat des veillĂ©es d'hiver au Cantal. On le cuisait la veille, on le laissait refroidir toute la nuit, et on le servait froid le lendemain, tranchĂ© Ă©pais, avec du pain de seigle. Cette logique de cuisine en avance â prĂ©parer le samedi pour le dimanche â est typique de l'Ă©conomie paysanne du Massif Central, oĂč l'hiver ne laissait pas le temps de cuisiner chaque jour.
Sourcer ou se taire
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