Chargement de l'atlas
Atlas Culinaire · Mexique · Amériques
La grande soupe-festin du Mexique â maĂŻs cacahuazintle ouvert « en fleur », porc effilochĂ©, bouillon teintĂ© de chiles guajillo et ancho
Avant d'ĂȘtre la soupe-festin des dimanches mexicains, le pozole Ă©tait un plat sacrĂ© â et terrible. Son nom vient du nĂĄhuatl pozolli, « Ă©cumeux », pour la façon dont le gros grain de maĂŻs cacahuazintle s'ouvre « comme une fleur » (la florecida) quand on le cuit longuement dans l'eau de chaux. Au temps des Mexicas, ce maĂŻs Ă©tait si sacrĂ© qu'on le rĂ©servait aux grandes occasions. Le frĂšre Bernardino de SahagĂșn, dans son Codex de Florence (XVIá” siĂšcle), dĂ©crit un mets rituel, le tlacatlaolli â littĂ©ralement « maĂŻs d'homme » â oĂč la chair des victimes sacrifiĂ©es Ă©tait cuite avec le maĂŻs et partagĂ©e. Le pozole de Moctezuma, dit-on, Ă©tait de ceux-lĂ .
NIXTAMAL ou BOĂTE ? Le cĆur du dĂ©bat, c'est le maĂŻs.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
La veille, faites tremper le maĂŻs cacahuazintle dans de l'eau froide additionnĂ©e d'une cuillerĂ©e de chaux culinaire (cal), une douzaine d'heures. Le lendemain, rincez-le longuement, puis cuisez-le dans une grande eau salĂ©e jusqu'Ă ce que les grains Ă©clatent et s'ouvrent en corolle â environ 90 minutes. Si vous partez de maĂz pozolero en conserve, un simple rinçage suffit.
Le pourquoiLa cuisson Ă la chaux (nixtamalisation) gonfle le grain, libĂšre ses arĂŽmes et le rend digeste â c'est le geste fondateur de toute la cuisine du maĂŻs mĂ©soamĂ©ricaine. [Tradition prĂ©hispanique ; gob.mx (patrimoine)]
Dans une grande marmite, rĂ©unissez l'Ă©paule et le jarret de porc, un oignon piquĂ© de clous de girofle, une tĂȘte d'ail coupĂ©e, du laurier et une branche d'Ă©pazote, couverts de quatre litres d'eau. Portez Ă Ă©bullition et Ă©cumez patiemment la mousse grise pendant le premier quart d'heure, puis laissez frĂ©mir Ă couvert, tout doucement, deux heures et demie, jusqu'Ă ce que la viande cĂšde Ă la fourchette.
Le pourquoiUn long frémissement extrait le collagÚne des coupes gélatineuses et donne au bouillon son corps soyeux ; une ébullition violente émulsionne le gras et trouble tout. [Tradition mexicaine ; McGee (bouillons)]
Pendant ce temps, Ă©queutez et Ă©pĂ©pinez les chiles ancho et guajillo, faites-les revenir Ă sec une trentaine de secondes par face â sans les brĂ»ler â puis laissez-les gonfler 20 minutes dans l'eau bouillante. Faites griller Ă sec tomates, oignon et ail jusqu'Ă ce qu'ils noircissent par endroits. Mixez le tout avec un peu de l'eau de trempage, le cumin et l'origan, puis passez au chinois pour ne garder qu'une sauce veloutĂ©e.
Le pourquoiGriller chiles et lĂ©gumes avant de mixer rĂ©veille leurs sucres et donne une profondeur fumĂ©e qu'un mixage Ă cru n'atteint jamais. [Tradition tapatĂa (Guadalajara)]
Sortez le porc devenu tendre, laissez-le tiĂ©dir, dĂ©sossez-le et dĂ©graissez-le, puis dĂ©faites la chair en gros filaments Ă la main. Filtrez le bouillon pour en retirer les aromates : il vous reste un liquide clair et parfumĂ©, prĂȘt Ă recevoir sa couleur.
RĂ©unissez dans la marmite le bouillon filtrĂ©, la sauce rouge passĂ©e â le liquide vire aussitĂŽt au rouge profond â et le maĂŻs ouvert. Salez gĂ©nĂ©reusement, le pozole en demande beaucoup, remettez la viande effilochĂ©e et laissez mijoter une demi-heure que les saveurs se fondent.
Le pourquoiCe mijotage final laisse le maĂŻs boire la sauce et la viande relĂącher son goĂ»t : c'est lĂ que le pozole devient un tout. [Tradition tapatĂa]
Ămincez trĂšs finement la laitue, taillez les radis en fines rondelles, hachez l'oignon, coupez les citrons verts en quartiers. Disposez chaque chose dans sa propre coupelle, sur la table.
Faites frire, ou passez au four, des tortillas de maïs jusqu'à ce qu'elles soient dorées et cassantes. Présentez-les au centre de la table : on les croque entre deux cuillerées, parfois tartinées de crÚme ou de fromage frais.
Servez le pozole brûlant dans de grands bols creux : une louche de bouillon rouge et de maïs, la viande effilochée par-dessus. Chacun ajoute alors sa poignée de laitue, ses radis, son oignon, une généreuse pincée d'origan frotté entre les paumes, quelques gouttes de citron et, qui veut, de l'avocat.
Le pourquoiLes garnitures crues apportent le croquant, la fraßcheur et l'acidité qui équilibrent la richesse du bouillon de porc. [Tradition mexicaine]
Le pozole se déguste lentement, en conversation. On l'accompagne d'une biÚre mexicaine bien glacée ou d'un verre de tequila reposado, et d'une eau de jamaica (hibiscus) pour qui ne boit pas d'alcool. C'est un plat-festin : il appelle le temps.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
â Cette recette n'a jamais Ă©tĂ© testĂ©e par la communautĂ©. Soyez le premier Ă fermer la couronne.
Le frĂšre Bernardino de SahagĂșn, dans le Codex de Florence (XVIá” siĂšcle), dĂ©crit un mets rituel mexica appelĂ© tlacatlaolli â « maĂŻs d'homme » : « cocĂan aquella carne con maĂz, y daban a cada uno un pedazo⊠con su caldo y su maĂz cocido ». La chair des sacrifiĂ©s y Ă©tait cuite avec le maĂŻs sacrĂ© et partagĂ©e lors des cĂ©rĂ©monies.
Le maĂŻs cacahuazintle Ă©tait si prĂ©cieux qu'on rĂ©servait le pozole aux classes hautes. La chronique veut que le pozole servi Ă Moctezuma fĂ»t de ceux-lĂ : maĂŻs, eau et une piĂšce de viande rituelle. Plat de cour avant d'ĂȘtre plat de rue.
AprĂšs la ConquĂȘte et l'Ă©vangĂ©lisation, les Espagnols bannirent la chair humaine du pozole et la remplacĂšrent par le porc â dont, Ă©crivent les chroniqueurs, le goĂ»t se rapprochait Ă©trangement. Le plat sacrĂ© devint le grand plat de fĂȘte du Mexique chrĂ©tien.
Le pozole est le plat des fiestas patrias : chaque 16 septembre, soir du Grito de Dolores qui cĂ©lĂšbre l'IndĂ©pendance, les marmites de pozole rojo, blanco et verde â aux couleurs du drapeau â couvrent les tables du pays.
Sourcer ou se taire
â COURONNE â PAGE MAĂTRESSE · or en attente du test
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier Ă cuisiner cette recette.
Une recette qu'on n'a pas vue cuire reste une hypothÚse documentaire, aussi bien sourcée soit-elle. Soyez celui qui ferme la boucle : le goût, la texture, le temps réel.