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Atlas Culinaire · Chili · Amériques
Le fromage le plus chilien qui soit porte le nom d'une petite ville du Maule et n'a strictement aucune protection : n'importe quelle usine du pays peut appeler son bloc « chanco »
Il tire son appellation de la ville de Chanco, dans la province de Cauquenes au sein de la Región del Maule, et la recherche universitaire chilienne le documente comme un produit typique de « la industria popular de Chile » des XVIIIe et XIXe siècles.
Or, la revue RIVAR de l'Universidad de Santiago de Chile est catégorique : « actualmente no hay ningún queso chileno con certificación.
Chile tuvo un queso de gran valor patrimonial, el queso de Chanco, pero su identidad se debilitó en el último siglo ».
Et de comparer avec l'Argentine : « destacaron históricamente Chile y Argentina, con los quesos de Chanco y Tafí respectivamente ; pero ninguno de ellos es actualmente reconocido como DO », en jugeant « difícil de comprender que dos tesoros culturales como estos quesos, nacidos de manos campesinas entre los siglos XVII y XVIII, no hayan alcanzado la atención de las políticas públicas ».
Le paradoxe est complet quand on sait que l'État chilien dispose d'un outil : Carolina Belmar Gamboa, de l'Instituto Nacional de Propiedad Industrial, décrit dans la même revue le programme Sello de Origen mené par l'INAPI pour reconnaître indications géographiques et dénominations d'origine — programme dont le pisco a bénéficié, mais pas le chanco.
Conséquence directe : le mot est devenu une catégorie industrielle.
Le Gouda et le Chanco représentaient à eux deux 90 % de la production fromagère nationale en 2012, « de elaboración industrial y uso básico », et le fromager Alejandro Thomas résume l'impasse dans Diario Lechero du 5 juillet 2020 : « llevamos 20 años produciendo quesos Gouda, Chanco y siguiendo recetas extranjeras ».
Dernier point à trancher, et il circule beaucoup en ligne : l'affirmation selon laquelle le chanco aurait été mis au point par les Mapuche ne tient pas, les bovins ayant été introduits par les Espagnols au XVIe siècle — la datation savante situe bien ce fromage dans l'industrie populaire coloniale et républicaine, pas dans le monde préhispanique.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Contrôlez d'abord la qualité du lait, son odeur, sa propreté et son acidité, puis filtrez-le soigneusement pour retirer toute impureté. Portez-le ensuite à soixante-cinq degrés pendant trente minutes, ou à soixante-douze degrés pendant quinze secondes, en remuant régulièrement pour éviter que le fond n'attache. Refroidissez immédiatement à trente-deux degrés dans un bain d'eau froide, car un lait qui redescend lentement laisse le temps aux flores indésirables de se réinstaller.
Le pourquoiLa pasteurisation détruit la flore pathogène et une grande part de la flore d'altération, ce qui laisse aux ferments ensemencés le champ libre pour conduire l'acidification.
Ajoutez la solution de chlorure de calcium au lait à trente-deux degrés et mélangez trois minutes, ce qui rend au lait pasteurisé le calcium ionisé que la chaleur a précipité. Incorporez ensuite les ferments lactiques mésophiles en les saupoudrant en surface, laissez-les se réhydrater deux minutes puis mélangez de bas en haut. Laissez maturer le lait quarante-cinq minutes à couvert, en maintenant la température, le temps que l'acidification démarre franchement.
Le pourquoiLe calcium ionisé est indispensable à l'agrégation des micelles de caséine lors de la coagulation, et les bactéries lactiques abaissent le pH, ce qui conditionne à la fois la prise et la texture finale.
Diluez la présure dans un demi-verre d'eau froide non chlorée et versez-la dans le lait en remuant vigoureusement pendant exactement une minute, puis ARRÊTEZ tout mouvement. Couvrez et laissez coaguler trente à quarante minutes sans toucher à la cuve, en maintenant les trente-deux degrés. Le test est simple et ancien : glissez le doigt à plat dans le caillé et relevez-le ; la cassure doit être nette et le sérum qui remonte parfaitement clair.
Le pourquoiLa chymosine coupe la caséine kappa et déstabilise les micelles, qui s'agrègent alors en un gel continu emprisonnant matière grasse et eau.
Découpez le caillé à la lyre ou au long couteau en cubes réguliers d'environ un centimètre de côté, d'abord verticalement dans les deux sens, puis horizontalement. Laissez reposer cinq minutes pour que les grains se raffermissent en surface, puis agitez DOUCEMENT à la main ou à la pelle pendant dix minutes. La douceur du geste n'est pas une élégance : un brassage brutal casse les grains encore fragiles, qui perdent leur matière grasse et donnent un fromage maigre et granuleux.
Le pourquoiLa taille des grains détermine la surface d'échange avec le sérum et donc l'humidité résiduelle de la pâte, qui fait toute la différence entre un fromage demi-mou et un fromage dur.
Retirez environ un tiers du sérum à la louche, puis remontez très progressivement la température jusqu'à trente-sept ou trente-huit degrés, en comptant un degré toutes les trois à quatre minutes et en agitant sans interruption. Ne dépassez sous aucun prétexte trente-huit degrés : au-delà, la pâte se resserre brutalement, expulse son eau et donne un fromage sec et cassant au lieu de la texture crémeuse qui définit le chanco. Poursuivez l'agitation finale une dizaine de minutes à température atteinte.
Le pourquoiLa chaleur accélère la synérèse, c'est-à-dire l'expulsion du sérum par le réseau de caséine, et une montée trop rapide crée une croûte imperméable autour de chaque grain qui bloque l'égouttage à cœur.
Retirez tout le sérum restant et laissez les grains s'égoutter cinq minutes dans la toile. Incorporez alors le sel fin en PÉTRISSANT le caillé à pleines mains pendant cinq bonnes minutes, jusqu'à ce que la masse devienne homogène, brillante et légèrement collante. Ce geste, l'amasado y salado, est la signature du chanco dans la séquence traditionnelle relevée par les travaux universitaires chiliens : il répartit le sel dans toute la masse au lieu de le laisser en surface et prépare la formation des petits yeux irréguliers.
Le pourquoiLe sel incorporé à cœur régule l'activité des ferments, contrôle la protéolyse pendant l'affinage et fixe l'humidité résiduelle de la pâte.
Tassez le caillé salé dans un moule cylindrique chemisé de toile, en pressant à la main pour chasser les poches d'air. Appliquez un premier pressage léger, environ deux fois le poids du fromage, pendant une heure, puis démoulez, RETOURNEZ le fromage, remettez une toile propre et appliquez un second pressage plus fort, environ quatre fois son poids, pendant trois heures. Le retournement entre les deux pressages est ce qui donne au chanco sa forme régulière et sa croûte homogène sur les deux faces.
Le pourquoiLe pressage progressif expulse le sérum interstitiel et soude les grains entre eux, tandis que le retournement égalise la pression et donc l'humidité entre les deux faces.
Préparez une saumure à environ vingt pour cent de sel, refroidie entre dix et douze degrés, et immergez-y le fromage six à huit heures selon son format. Retournez-le à mi-parcours et saupoudrez la face émergée d'un peu de gros sel, car un fromage flotte et sa partie supérieure ne salerait pas autrement. Ce bain complète le salage commencé à l'amasado, forme la première pellicule de croûte et amorce la sélection de la flore de surface.
Le pourquoiL'osmose fait entrer le sel et sortir l'eau dans les millimètres superficiels, ce qui durcit la surface et crée la barrière sur laquelle s'installera la croûte.
Placez le fromage en cave entre douze et quatorze degrés, à une humidité élevée d'environ quatre-vingt-cinq pour cent, et laissez-le affiner jusqu'à trois semaines — la norme chilienne veut que la maturation du chanco n'excède pas vingt et un jours. Retournez-le et essuyez-le CHAQUE JOUR sans exception, avec un linge propre légèrement humecté de saumure, ce qui empêche les moisissures indésirables de s'installer et affine la croûte. Le fromage est prêt quand sa croûte est fine et sèche et que la coupe révèle une pâte crémeuse, blanc jaunâtre, criblée de petits yeux irréguliers.
Le pourquoiLa protéolyse conduite par les ferments et les enzymes de la présure assouplit la pâte et développe les arômes, tandis que le gaz produit forme progressivement les yeux.
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Sourcer ou se taire
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