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Atlas Culinaire · Haïti · Amériques
Le sucre brun des moulins de bois du Plateau Central, vendu en baguettes dans les rues de Port-au-Prince
Sur la recette d'abord : « La recette locale englobe à la fois le jus de canne, la cannelle et le gingembre.
Quelques pincées de cendre de charbon noir sont parfois ajoutées au produit.
» Cette cendre n'est pas un colorant mais un remède, et l'article en donne la justification par la voix d'une détaillante, Jocelyne Séraphin, pour qui elle combat la brûlure d'estomac — pratique attestée mais qui n'a évidemment aucun statut réglementaire hors d'Haïti.
Sur la géographie ensuite : Mirebalais, Thomonde et Maïssade sont retenus comme les principales zones de fabrication, et l'agronome Emmanuel Jean Louis, responsable de la production végétale du département du Nord au Ministère de l'Agriculture, précise que la production se fait aussi de façon limitée dans le Nord et le Sud.
Sur la disparition enfin, et c'est le point le plus dur : Edgar Beaumier, coordonnateur national des professionnels de la canne, explique que la production a cessé à Léogâne depuis 1986, que l'usine de rapadou créée sous le gouvernement de Duvalier dans la localité de Nan Kolin a été reconvertie dans la fabrication du clairin, et surtout que les nouvelles machines industrielles obtiennent le clairin de la canne sans passer par l'extraction du jus.
Or le jus de canne est l'élément de base du rapadou : la modernisation de la filière du clairin assèche mécaniquement celle du rapadou.
Michel Brochet et Charles Lilin, dans la Revue Quart Monde, situent d'ailleurs ce qui reste de cette économie dans les mornes de moyenne altitude et sur le Plateau Central, où l'extraction s'opère encore souvent avec des moulins en bois.
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Épluchez les cannes à sucre et passez-les au moulin, ou pressez-les à l'extracteur si vous travaillez en petite quantité. En Haïti, l'extraction du jus s'opère encore souvent avec des moulins en bois installés dans des ateliers de particuliers, comme le décrivent Michel Brochet et Charles Lilin dans la Revue Quart Monde. Recueillez le jus dans un récipient propre et travaillez-le immédiatement, un jus de canne laissé plus de quelques heures à température ambiante fermentant spontanément. Comptez environ quinze kilos de canne pour cinq litres de jus.
Le pourquoiLes levures présentes naturellement sur la canne attaquent le saccharose dès l'extraction, ce qui fait chuter le rendement et acidifie le jus.
Passez le jus une première fois dans un tamis fin pour retirer les fibres et les fragments de tige, puis une seconde fois à travers un linge de coton propre tendu sur un récipient. Cette double filtration n'est pas une précaution esthétique, car les débris végétaux brûlent bien avant le sucre et communiquent une amertume que rien n'efface ensuite. Pressez le linge pour récupérer le maximum de jus. Le liquide obtenu doit être encore trouble mais dépourvu de tout fragment solide.
Le pourquoiLes fibres de bagasse sont riches en lignine et en cellulose, qui se pyrolysent autour de deux cents degrés et libèrent des composés amers.
Versez le jus filtré dans une bassine large à fond épais, ajoutez le jus de citron vert et portez à ébullition franche. Une écume grise et abondante monte rapidement en surface : retirez-la à l'écumoire aussi souvent que nécessaire pendant toute la première heure. Cette écume concentre les protéines coagulées, les cires et les impuretés restantes, et un rapadou mal écumé reste terne et légèrement amer. Maintenez une ébullition vive et régulière.
Le pourquoiLa chaleur dénature les protéines solubles du jus, qui remontent en s'agrégeant aux particules colloïdales et forment l'écume caractéristique.
Poursuivez la cuisson à feu vif en surveillant le niveau, le volume se réduisant d'environ deux tiers en deux à trois heures. Le liquide fonce progressivement du vert-gris au brun acajou et devient nettement sirupeux. Vous passez ici par le stade du sirop de batterie, ce gros sirop très sombre que Sweet Kwisine définit comme un sirop de canne obtenu après cuisson et évaporation du jus, et que les mêmes ateliers haïtiens produisent aux côtés du rapadou. Si vous vous arrêtez maintenant, vous obtenez du gros sirop et non du sucre.
Le pourquoiL'évaporation concentre le saccharose bien au-delà de sa solubilité à froid, ce qui prépare la sursaturation nécessaire à la cristallisation finale.
Plongez les bâtons de cannelle et le gingembre frais râpé dans le sirop en réduction et laissez-les infuser une bonne demi-heure. La recette locale, telle que la décrit AyiboPost, associe précisément le jus de canne, la cannelle et le gingembre, et c'est ce trio qui distingue le rapadou haïtien d'une panela sud-américaine neutre. Retirez ensuite les bâtons de cannelle et filtrez le gingembre à l'écumoire, car les fibres brûleraient dans la phase finale. Goûtez et prolongez l'infusion si les aromates sont encore timides.
Le pourquoiLe cinnamaldéhyde de la cannelle et les gingérols du rhizome sont solubles dans le milieu aqueux chaud et se fixent durablement dans la matrice sucrée.
Poursuivez la cuisson en remuant de plus en plus souvent, le sirop devenant épais et cracheur. La masse passe successivement par le filé, le petit boulé, le grand boulé puis le cassé, et elle doit atteindre environ cent quarante-cinq degrés. Testez en laissant tomber une goutte dans un verre d'eau glacée : elle doit durcir instantanément et se briser net sous la dent, sans coller. C'est le moment le plus dangereux de toute la préparation, le sucre à cette température adhérant à la peau et brûlant profondément.
Le pourquoiAu-delà de cent quarante degrés, la teneur en eau descend sous les dix pour cent, seuil en dessous duquel la masse pourra cristalliser en solide sec.
Retirez la bassine du feu et battez immédiatement la masse à la spatule, vigoureusement et sans interruption, pendant quatre à six minutes. Vous verrez le sirop brillant se troubler, épaissir, puis virer à une pâte mate et granuleuse d'un brun clair. C'est ce battage, et lui seul, qui transforme un sirop en sucre, en provoquant la nucléation de milliers de microcristaux au lieu d'une prise en masse vitreuse. N'arrêtez pas avant que la pâte ne devienne difficile à travailler.
Le pourquoiL'agitation mécanique d'un sirop sursaturé déclenche une nucléation massive et simultanée, ce qui donne un grain fin plutôt que de gros cristaux.
Huilez légèrement des moules étroits et allongés et versez-y la pâte encore chaude, en tassant à la spatule pour chasser les poches d'air. C'est sous ce format de baguette que les marchandes de Port-au-Prince le vendent au détail, comme le rapporte AyiboPost qui décrit une détaillante n'ayant plus qu'une seule baguette de rapadou dans son panier. Laissez durcir une heure à température ambiante, démoulez, puis laissez sécher vingt-quatre heures à l'air libre avant emballage. Conservez à l'abri de l'humidité, qui ramollit le rapadou en quelques jours.
Le pourquoiLe sucre brun reste hygroscopique et capte l'humidité de l'air, phénomène que seule une conservation au sec permet de contenir.
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Sourcer ou se taire
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