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Atlas Culinaire · Madagascar · Afrique
Taro fondant mijotĂ© sur une viande dorĂ©e au gingembre et Ă la tomate, le laoka d'un tubercule arrivĂ© sur la Grande Ăle dans les mĂȘmes pirogues que le riz
Le saonjo a fait le voyage dans les mĂȘmes pirogues Ă balancier que le riz. Quand les migrants austronĂ©siens ont abordĂ© la Grande Ăle au cours du premier millĂ©naire, ils transportaient leurs vivres de BornĂ©o : du vary, des bananes, de l'igname d'eau et du taro. Ce Colocasia esculenta compte parmi les plus anciennes plantes cultivĂ©es de Madagascar, aux cĂŽtĂ©s de la banane, de la coco et de la canne. Sur les marchĂ©s, on distingue encore le saonjo mamy, petit et doux, du saonjo ramandady, plus rustique mais rĂ©putĂ© pour sa saveur, celui qu'on choisit quand le tubercule doit tenir en sauce.
Le vrai débat du saonjo en sauce est une affaire de timing.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Pelez le taro sous l'eau courante, ou avec des gants si votre peau est sensible. Coupez-le en morceaux réguliers d'environ 1,5 cm d'épaisseur et plongez-les immédiatement dans un bol d'eau froide. Coupez la viande (zébu ou porc) en morceaux de 4 à 5 cm en conservant le gras.
Le pourquoiLe taro cru contient des raphides d'oxalate de calcium qui irritent la peau et la gorge, et sa chair s'oxyde dĂšs qu'elle touche l'air : l'eau courante limite l'irritation, le bain d'eau froide protĂšge la couleur. La coupe fine garantit une cuisson homogĂšne dans le court temps que le taro passera en sauce.
Chauffez l'huile dans une cocotte à feu vif. Ajoutez les morceaux de viande en une seule couche et faites-les dorer sur toutes les faces, 3 à 4 minutes par face. Procédez en deux fois si nécessaire pour ne pas surcharger la cocotte. Réservez la viande dorée.
Le pourquoiLa saisie déclenche les réactions de Maillard : la croûte brune et les sucs caramélisés accrochés au fond de la cocotte sont le socle aromatique de toute la sauce. Sans cette étape, le plat resterait un simple bouilli.
Dans la mĂȘme cocotte Ă feu moyen, faites revenir les oignons Ă©mincĂ©s 3 minutes sans coloration. Ajoutez l'ail et le gingembre, mĂ©langez 1 minute. Incorporez les tomates concassĂ©es et laissez compoter 5 minutes en les Ă©crasant lĂ©gĂšrement, en grattant les sucs du fond. Remettez la viande dans la cocotte.
Le pourquoiOignon fondu, ail, sakamalao et voatabia compotées : c'est le trio de base des laoka en sauce malgaches. L'acidité de la tomate équilibrera la douceur amidonnée du taro, et les sucs de la saisie, dissous dans le jus des tomates, passent entiers dans la sauce.
Versez de l'eau chaude Ă mi-hauteur de la viande. Portez Ă Ă©bullition, couvrez et rĂ©duisez Ă feu doux. Laissez mijoter 50 Ă 60 minutes pour le zĂ©bu ou le bĆuf (40 minutes pour le porc), jusqu'Ă ce que la viande soit presque tendre. VĂ©rifiez et remuez toutes les 15 minutes.
Le pourquoiLe collagÚne de la viande a besoin de temps à frémissement doux pour fondre en gélatine ; le taro, lui, cuit en vingt minutes. C'est ce décalage qui impose les deux temps de cuisson : la viande d'abord, seule, le tubercule ensuite.
Ăgouttez les morceaux de taro et posez-les dans la cocotte sur la viande presque cuite ; la sauce doit encore les couvrir Ă moitiĂ©. Couvrez et cuisez Ă feu moyen-doux 20 Ă 25 minutes, jusqu'Ă ce que le taro soit tendre mais encore entier. Testez Ă la pointe d'un couteau.
Le pourquoiL'amidon du taro passe de ferme Ă purĂ©e en quelques minutes : ajoutĂ© tard, il garde ses arĂȘtes nettes tout en libĂ©rant juste assez d'amidon pour velouter la sauce sans s'y dissoudre. C'est la rĂšgle d'or du plat.
Ătez le couvercle et laissez la sauce rĂ©duire 5 Ă 8 minutes Ă feu vif pour la concentrer. Ajustez le sel et le poivre. La sauce finale doit ĂȘtre nappante mais gĂ©nĂ©reuse : le saonjo en sauce n'est pas un ragoĂ»t sec.
Le pourquoiL'évaporation à découvert concentre les sucs de viande et de tomate, et l'amidon libéré par le taro fait le reste : la sauce se resserre en nappage brillant sans aucun liant ajouté.
Dressez le saonjo en sauce dans un plat de service, morceaux de viande et de taro bien visibles, et posez-le au centre de la table avec un grand bol de vary fotsy (riz blanc vapeur). Chacun se sert, dosant son laoka sur son riz.
Le pourquoiC'est la grammaire du repas malgache, le vary sy laoka : le riz est le socle du repas, le saonjo l'accompagne. Le plat au centre et le geste de doser soi-mĂȘme font partie du service autant que la recette.
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MĂȘme plante, mĂȘme mariage : le songe rĂ©unionnais est le nom local de Colocasia esculenta, le saonjo malgache, ici aussi mijotĂ© avec du bĆuf. La parentĂ© transĂźle est directe, jusqu'au geste de ne pas laisser le tubercule se dĂ©faire dans la sauce.
Voir la recette âCousineL'autre versant de la mĂȘme plante : quand le saonjo en sauce cuisine la racine, les brĂšdes songe Ă©touffĂ©es cuisinent les feuilles du mĂȘme Colocasia, avec la mĂȘme exigence d'une cuisson complĂšte pour neutraliser les oxalates.
Voir la recette âCousineĂ Maurice, le mĂȘme tubercule s'appelle arouille et se rĂąpe en beignets frits, Ă©cho direct des beignets de taro et du mofo saonjo des rues malgaches : trois Ăźles, une seule plante, des destins de friture et de sauce.
Voir la recette âVarianteMĂȘme grammaire du laoka Ă deux temps : une viande dorĂ©e puis mijotĂ©e sur sa base tomate-gingembre, un fĂ©culent ajoutĂ© pour finir. Ici la pomme de terre remplace le taro, avec le porc en vedette.
Voir la recette âVarianteLa banane verte joue le rĂŽle du taro dans la mĂȘme logique malgache : un fĂ©culent qui rejoint la viande en cours de mijotage pour boire la sauce sans s'y dissoudre.
Voir la recette âSourcer ou se taire
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