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Atlas Culinaire · Madagascar · Afrique
Boudin de sang et de foie de porc lié à la semoule de riz (kobam-bary), roulé dans des feuilles de petsay et poché doucement — la charcuterie des abattages familiaux, servie tranchée avec le vary et un bol de sakay.
En malgache, sesika veut dire « farce » : ce que l'on glisse dans autre chose pour la remplir. Le mot dit tout du geste. Quand une famille des Hautes-Terres abat un cochon (kisoa), rien ne se perd : le sang encore tiède, le foie, la panne et le lard partent dans un grand saladier où on les lie à la kobam-bary, cette semoule de riz bien malgache — car même dans la charcuterie, à Madagascar, le riz trouve sa place. La farce bordeaux, relevée d'ail, de gingembre (sakamalao), de poivre vert et de ciboulette, est ensuite roulée dans de larges feuilles de petsay blanchies, ce chou de type chinois qui sert d'enveloppe naturelle, puis pochée tout doucement jusqu'à ce que le rouleau se tienne. On le tranche comme un boudin : rondelles sombres piquées du vert des herbes et du blanc du lard, posées à côté du riz vapeur, avec la poitrine braisée pour la mâche et, toujours, le bol de sakay que chacun dose selon son courage. La parenté avec le boudin noir saute aux yeux — les voyageurs francophones le décrivent d'ailleurs ainsi — mais le sesika reste profondément malgache par son liant de riz, son enveloppe de brède et sa place dans l'économie de l'abattage familial, aux côtés de l'autre charcuterie des marchés, la sôsisy gasy. Sur les étals comme à la maison, il se mange chaud le jour même, ou tranché fin et repassé à la poêle le lendemain, quand la croûte caramélise.
Quel sesika ? Le mot désigne une farce, et l'animal change selon les maisons.
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Plongez le foie de porc dans une eau frémissante légèrement salée pendant 10 minutes, jusqu'à ce qu'il soit ferme. Laissez-le tiédir, puis hachez-le très finement au couteau ou passez-le au hachoir à grille fine, jusqu'à obtenir une pâte grossière sans morceaux. Réservez au frais.
Le pourquoiPrécuit, le foie se lie à la farce sans la détremper : cru, il rendrait son jus au pochage et affaiblirait la tenue du boudin, en plus d'apporter une amertume plus marquée.
Dans un grand saladier, versez le sang de porc bien frais. Ajoutez la kobam-bary (semoule de riz) puis la farine en pluie, en mélangeant à la main pour éviter les grumeaux : la texture doit rappeler une pâte à crêpe épaisse. Incorporez le foie haché, le lard en petits dés, le sakay, l'ail pilé, le gingembre râpé, le poivre vert et la ciboulette. Mélangez énergiquement 5 minutes. Goûtez et rectifiez le sel avec retenue.
Le pourquoiLa semoule de riz est le vrai liant du sesika : elle boit le sang et donne, à la cuisson, cette texture dense et tranchable qu'une farine de blé seule ne donnerait pas.
Portez une grande casserole d'eau à ébullition. Plongez-y les grandes feuilles de petsay (chou de type chinois) 30 secondes, juste pour les assouplir. Transférez-les aussitôt dans un bain d'eau froide, puis étalez-les sur un torchon et épongez-les délicatement.
Le pourquoiUn blanchiment éclair assouplit la feuille sans la cuire : elle devient pliable et épouse le rouleau au lieu de se déchirer, tout en gardant sa couleur verte qui signera la tranche.
Étalez une double couche de film alimentaire sur le plan de travail. Disposez les feuilles de petsay en rectangle, en les faisant se chevaucher. Étalez la farce au centre en un boudin d'environ 20 cm sur 8, en laissant 3 cm de marge de chaque côté. Rabattez les bords des feuilles sur la farce, puis roulez fermement à l'aide du film, en chassant l'air avec les paumes à chaque tour. Torsadez les extrémités et ficelez solidement.
Le pourquoiUn rouleau serré et sans air donne une tranche nette : les poches d'air se dilatent au pochage et font éclater ou s'effriter le boudin.
Dans une grande cocotte, faites revenir quelques tranches de lard, ajoutez les carottes en rondelles et versez l'eau ou le bouillon. Portez à frémissement, jamais à gros bouillons. Plongez délicatement le rouleau et cuisez à couvert 45 minutes à feu doux, en le retournant à mi-cuisson. Laissez tiédir 10 minutes dans le bouillon avant de retirer le film.
Le pourquoiLe sang coagule en douceur à basse température : un frémissement fixe la farce en une masse lisse, quand une ébullition violente la contracte, déchire l'enveloppe et expulse la farce.
Pendant le pochage, coupez la poitrine de porc en tranches de 1 cm. Salez-les et faites-les revenir à feu vif dans une poêle huilée jusqu'à belle coloration sur les deux faces, environ 5 minutes par côté. Baissez le feu et braisez à couvert 20 minutes, jusqu'à tendreté.
Le pourquoiLa poitrine dorée apporte la mâche et le croustillant qui manquent au boudin : le contraste des deux textures fait le plat.
Retirez délicatement le film du sesika tiédi. Tranchez-le en rondelles de 1,5 cm avec un couteau bien affûté. Disposez les tranches en alternance avec la poitrine braisée sur un plat de service. Accompagnez de riz blanc vapeur (vary) et posez un bol de sakay à part : chaque convive dose lui-même son piment.
Le pourquoiLe boudin lui-même reste doux : le feu se met à table, pas dans la farce. C'est la logique du sakay malgache, condiment posé à côté et jamais imposé.
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Le bol de sakay indispensable au service du sesika est le même geste que le mazavaroo mauricien, pâte de piment dont le nom même revendique une origine malgache : le condiment a voyagé avec les Malgaches à travers l'océan Indien. Chacun dose son feu à table, jamais dans le plat.
Voir la recette →CousineLes deux charcuteries de porc de Madagascar, qui coexistent sur les mêmes étals : le sesika est un farci de sang lié à la semoule de riz et enveloppé de feuilles, la sôsisy gasy une saucisse de viande hachée. Deux préparations distinctes issues de la même économie de l'abattage du kisoa.
Voir la recette →CousineHomonymie et non parenté : dans les sources écrites, « sesika » désigne la farce et le boudin, sens que porte cette autre fiche. Les deux préparations n'ont rien en commun sinon le mot ; la carte existe pour guider le lecteur vers le sens attesté du terme.
Voir la recette →De l'autre côté du canal, La Réunion a son boudin de sang de porc relevé de piment et d'épices, star des barquettes de charcuterie créole. Même famille du boudin de l'océan Indien, mais le sesika s'en distingue par son liant de semoule de riz et son enveloppe de feuilles de petsay au lieu du boyau.
Pas encore dans l'AtlasLes sources francophones décrivent spontanément le sesika de porc comme un proche du boudin noir : sang, gras et épices pris en masse à la cuisson douce. La logique est la même, mais la version malgache remplace le boyau par la feuille de brède et la panade par le riz — la signature vary jusque dans la charcuterie.
Pas encore dans l'AtlasSourcer ou se taire
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