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Atlas Culinaire · Chine · Asie
Le cousin porcin du Shui Zhu Yu — tranches de porc veloutées nageant dans l'huile rouge du Sichuan, finies à l'huile brûlante versée sur ail et piment
La première controverse oppose le filet de porc (里脊肉 lǐjǐ ròu) à l'échine (梅花肉 méihuā ròu) : les puristes de Zigong — ville dont le plat est originaire — soutiennent que l'échine, avec son persillage léger et ses fibres courtes, résiste mieux aux 20-30 secondes de pochage violent et offre une mâche plus intéressante que le filet dont la maigreur extrême donne, selon le chef sichuanais Lan Guijun (蓝桂均, Chengdu Research Institute of Sichuan Cuisine), une texture « cotonneuse » une fois réchauffée par l'huile finale ; les partisans du filet rétorquent que la légèreté de la viande laisse mieux percevoir le mala complexe du bouillon (source : chinasichuanfood.com ; Fuchsia Dunlop, Land of Plenty, p. 157). La deuxième querelle porte sur les légumes d'accompagnement : la version canonique de Zigong (1950s) ne comprenait que du chou pommé (大白菜 dàbáicài) ou des germes de soja (黄豆芽 huángdòuyá) — des ingrédients paysans accessibles à toute famille — tandis que les restaurants contemporains de Chengdu et Chongqing incorporent librement champignons enoki, tofu soyeux, vermicelles de patate douce, coeurs de bébé pak choi, céleri et même pommes de terre en fines lamelles, ce qui selon les tenants du classicisme dilue la puissance du bouillon et transforme le plat en une version édulcorée du 麻辣火锅 (málà huǒguō) ; l'enquête terrain de Fuchsia Dunlop (Land of Plenty, 2003) établit que le chou reste la base légitime hors Chengdu. Troisième désaccord : la quantité d'huile finale — certains chefs versent jusqu'à 100 ml d'huile chaude par portion pour un spectacle pyrotechnique et un parfum intense, d'autres limitent à 30-40 ml au nom de l'équilibre sanitaire ; la tradition de Zigong situe le consensus entre 40 et 60 ml pour 4 portions (source : scxdf.com/news/cook/14548.html ; yunsfamilytable.com/recipes/shui-zhu-rou-pian/).
Bière lager fraîche (Tsingtao, Snow Beer) — indispensable pour éteindre le feu du mala ; thé au jasmin (茉莉花茶 Mòlì huāchá) tiède en alternative — ses tanins dégraissent le palais et contrebalancent la richesse de l'huile rouge
9/10 — Le 水煮肉片 est l'un des plats sichuanais les plus commandés dans les restaurants de quartier (小馆子 xiǎo guǎnzi) de Chengdu et Chongqing ; sur Dianping (大众点评), des milliers de restaurants listent ce plat comme spécialité, avec des cotes régulièrement supérieures à 4,5/5 ; à Zigong (ville d'origine), le plat est omniprésent des cantines d'usine aux restaurants gastronomiques ; à l'international, il figure dans presque tous les menus des restaurants sichuanais authentiques de Paris, Londres et New York aux côtés du Mapo Tofu et du Kung Pao.
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la marinade protectrice — Trancher le porc en lamelles très fines (0,2 cm) rigoureusement perpendiculaires aux fibres musculaires — couper dans le sens des fibres donnerait des tranches caoutchouteuses impossibles à attendrir. Dans un bol, mélanger les lamelles de porc avec le blanc d'oeuf légèrement fouetté, la fécule de maïs, la sauce soja, le vin de Shaoxing et le sel. Malaxer à la main pendant 2-3 minutes en mouvements circulaires jusqu'à ce que chaque tranche soit uniformément enrobée d'un film légèrement gluant et nacré. Ajouter l'huile neutre en dernier et mélanger : elle imperméabilise la surface et empêche les tranches de se coller entre elles lors du pochage. Laisser mariner 15-20 minutes à température ambiante.
Porter une grande casserole d'eau à ébullition. Blanchir les germes de soja 1 à 2 minutes — ils doivent rester croquants et légèrement translucides, pas avachis. Blanchir le chou en lamelles 2 minutes, le céleri 1 minute. Égoutter immédiatement chaque légume et les répartir dans le fond d'un grand bol de service profond ou d'un plat creux (le bol de service doit pouvoir recevoir le bouillon bouillant par-dessus sans déborder). Les légumes forment le lit de présentation et absorbent le bouillon épicé qui sera versé dessus.
Chauffer 2 c.à.s. d'huile neutre dans un wok à feu moyen-fort. Ajouter les tronçons de piment sec et les grains de poivre du Sichuan préalablement torréfiés à sec : faire revenir 30-45 secondes en remuant sans cesse jusqu'à ce que les piments foncent légèrement et que l'huile soit parfumée — attention, les piments doivent colorer mais jamais noircir (amertume). Ajouter le doubanjiang haché et faire sauter 1 à 2 minutes à feu moyen en écrasant légèrement pour libérer l'huile rouge caractéristique (红油 hóng yóu). La base doit être brillante, rouge-brique et parfumée. Ajouter l'ail haché (4 gousses) et le gingembre, faire revenir 30 secondes. Verser le bouillon ou l'eau chaude, ajouter les blancs de ciboule, la sauce soja et le sucre. Porter à ébullition puis laisser frémir 5 minutes pour que les saveurs s'amalgament.
Laisser le bouillon revenir à un frémissement vif (90-95°C, petites bulles actives mais pas de gros bouillons). Ajouter les tranches de porc marinées une par une en les étalant délicatement avec des baguettes pour les séparer — ne jamais les jeter en tas (elles s'agglutineraient). Laisser pocher SANS REMUER pendant 20-25 secondes jusqu'à ce que la couleur rosée disparaisse et que les tranches remontent en surface. Elles sont cuites lorsqu'elles sont juste opaques et encore légèrement brillantes en surface. Retirer immédiatement du feu. Transvaser les tranches de porc pochées délicatement sur le lit de légumes dans le bol de service, puis verser le bouillon épicé par-dessus jusqu'à hauteur.
ail, piment, poivre du Sichuan — Déposer sur la surface du plat, en monticule central, les 2 gousses d'ail réservées hachées finement, la poudre de piment sec (辣椒面), le poivre du Sichuan moulu et les verts de ciboule ciselés. Ne pas mélanger : les aromates doivent former un monticule compact qui va « exploser » sous l'huile brûlante. Saupoudrer les graines de sésame grillées en couronne autour du monticule.
le geste signature — Chauffer l'huile de colza dans une petite casserole à fond épais à feu vif jusqu'à 200-210°C — la vérifier avec une baguette : elle doit produire immédiatement un tourbillon de bulles vives et légères. À ce stade, le plat et les convives doivent être prêts car l'opération est instantanée et le plat doit être servi dans la foulée. Verser l'huile brûlante D'UN SEUL COUP en un mouvement circulaire lent sur le monticule d'aromates : un crépitement violent et une bouffée de vapeur aromatique se produisent instantanément — les composés lipophiles de l'ail, du piment et du poivre du Sichuan s'extraient en une fraction de seconde dans l'huile chaude. Le bouillon rouge bouillonne et les arômes envahissent la pièce.
Le Shui Zhu Rou Pian se sert IMMÉDIATEMENT après la versée d'huile — le plat ne supporte pas l'attente : le film de fécule des tranches de porc continue de cuire au contact du bouillon chaud et les tranches durcissent en 5-10 minutes. Accompagner obligatoirement de riz blanc vapeur (白饭 báifàn) — l'amidon du riz est le seul atténuant efficace du mala intense ; proposer également du pain mantou vapeur (馒头) pour les convives non-habitués au riz. Disposer au centre de la table pour un service communautaire à la sichuanaise : chaque convive puise les tranches et les légumes avec des baguettes et arrose de bouillon dans son bol individuel.
La variante 水煮牛肉 (Shui Zhu Niu Rou) remplace le porc par du boeuf (tende de tranche ou bavette) — même technique, même bouillon, mais le boeuf demande 5-10 secondes de pochage supplémentaires. La version 水煮鱼 (Shui Zhu Yu, CN093) utilise du poisson en filets (carpe ou sandre) pochés dans un bouillon encore plus court (15 secondes). Une version végétarienne remplace la viande par du tofu ferme en lamelles imbibé de la même marinade de fécule. Le plat ne se conserve pas : les tranches veloutées doivent être consommées dans les 10 minutes. Le bouillon restant peut être réutilisé pour un second service avec des nouilles ou des vermicelles de patate douce (红薯粉丝) plongées directement.
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