Chargement de lâatlas
Atlas Culinaire · Espagne · Europe
La soupe mariniĂšre de l'Atlantique galicien, hĂ©ritĂ©e des barques de pĂȘcheurs
Le dĂ©bat le plus vif autour de la sopa de mariscos gallega oppose deux camps irrĂ©ductibles sur l'Ă©pice colorante de la soupe : faut-il du pimentĂłn ou du safran ? La tradition mariniĂšre galicienne la plus ancienne, documentĂ©e par Ălvaro Cunqueiro et Araceli Filgueira Iglesias dans leur ouvrage de rĂ©fĂ©rence "Cocina Gallega" (Everest, 1983), cite le pimentĂłn doux â souvent du pimentĂłn de la Vera ou du pimentĂłn gallego fumĂ© â comme condiment de base du sofrito, hĂ©ritĂ© directement des cuisines de barques oĂč les pĂȘcheurs n'avaient pas accĂšs au safran, denrĂ©e coĂ»teuse et fragile. Ă partir des annĂ©es 1990, une vague de modernisation gastronomique portĂ©e notamment par des restaurants de Vigo et Santiago-de-Compostela a imposĂ© le safran en filaments (azafrĂĄn) comme marqueur de prestige, avec l'argument que les soupes de mariscos festives de NoĂ«l mĂ©ritaient la mĂȘme gĂ©nĂ©rositĂ© que la bouillabaisse marseillaise ou la zarzuela catalana. La chef et auteure gallicienne Araceli Filgueira, considĂ©rĂ©e par l'Academia Galega de GastronomĂa (fondĂ©e en 1991, reconnue par la Xunta de Galicia en 2008) comme l'une des meilleures connaissances de l'Ăąme culinaire galicienne, tranche explicitement dans son recetario : le sofrito doit partir du pimentĂłn doux pour la couleur et le caractĂšre, le safran pouvant ĂȘtre ajoutĂ© en option festive mais sans jamais remplacer le pimentĂłn. Cette position est aujourd'hui le consensus des recettes maison galiciennes les plus documentĂ©es.
Albariño DO RĂas Baixas (jeune et minĂ©ral, cĂ©page autochtone galicien), ou Godello DO Valdeorras (plus ample et salin) â les deux blancs galiciens Ă©pousent la salinitĂ© des fruits de mer sans couvrir la finesse du fumet. Ăviter les vins trop boisĂ©s.
La sopa de mariscos est LE plat de NoĂ«l et de la Semaine Sainte des foyers galiciens â une enquĂȘte ethnographique sur les traditions culinaires du littoral des rĂas montre qu'elle figure systĂ©matiquement dans les tables festives de dĂ©cembre, prĂ©parĂ©e la veille et rĂ©chauffĂ©e le jour J. Elle est aussi populaire en tapa dans les tabernas de Vigo et de Cambados, servie en petits bols avec pain de maĂŻs.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
Faire tremper les palourdes 30 minutes dans de l'eau froide avec 10 g de sel par litre pour les faire cracher leur sable. Rincer les moules une par une sous l'eau froide, retirer le byssus (filaments) en tirant vers la pointe, et jeter les moules ouvertes qui ne se referment pas au toucher. DĂ©cortiquer les gambas en conservant prĂ©cieusement les tĂȘtes et carapaces dans un bol Ă part : ce sont elles qui feront la richesse du fumet.
Dans une grande casserole, chauffer 2 cs d'huile et y faire sauter les tĂȘtes et carapaces de gambas Ă feu vif 4 Ă 5 minutes en les Ă©crasant avec une spatule pour libĂ©rer le corail orange. Ajouter une carotte, la partie verte du poireau, une feuille de laurier et les arĂȘtes ou tĂȘtes de merlu si disponibles. Couvrir avec 2 litres d'eau froide, porter Ă frĂ©missement et maintenir Ă feu doux sans jamais faire bouillir Ă gros bouillons pendant 20 minutes exactement. Filtrer au chinois en pressant bien les carcasses, rĂ©server 1,5 litre de fumet. Ce fumet doit ĂȘtre ambrĂ© et parfumĂ©.
Dans une casserole large Ă couvercle, verser 100 ml de vin blanc sec et porter Ă Ă©bullition. Ajouter les moules Ă©gouttĂ©es, couvrir et cuire Ă feu vif 3 Ă 4 minutes en secouant la casserole une fois. Retirer les moules ouvertes dĂšs qu'elles s'ouvrent, jeter les fermĂ©es. RĂ©pĂ©ter l'opĂ©ration avec les palourdes (3 Ă 5 minutes). Filtrer et conserver le jus de cuisson des coquillages â il est prĂ©cieux : l'incorporer au fumet pour doubler la profondeur marine.
Dans une cocotte ou casserole Ă fond Ă©pais, chauffer l'huile Ă feu moyen-doux et faire fondre l'oignon hachĂ© trĂšs finement pendant 10 Ă 12 minutes jusqu'Ă transparence totale sans jamais coloration. Ajouter l'ail Ă©crasĂ© et le blanc de poireau Ă©mincĂ©, poursuivre 5 minutes. Incorporer le tomate rĂąpĂ© et cuire encore 8 Ă 10 minutes Ă feu doux en remuant rĂ©guliĂšrement jusqu'Ă Ă©vaporation du jus. Le sofrito doit ĂȘtre confit et presque sec, sans aciditĂ©.
Retirer la cocotte du feu ou mettre à feu maximum une seconde, ajouter le pimentón dulce et mélanger immédiatement 10 secondes pour le torréfier légÚrement sans le brûler. Remettre sur feu moyen et déglacer avec le reste du vin blanc (50 ml), laisser évaporer l'alcool 2 minutes. Verser le fumet chaud filtré ainsi que le jus de cuisson des coquillages. Si désiré, ajouter le safran préalablement infusé dans 2 cs d'eau tiÚde. Porter à frémissement et maintenir 10 minutes pour lier les saveurs.
Porter le bouillon Ă lĂ©ger frĂ©missement. Ajouter en premier le poisson (merlu ou lotte) coupĂ© en dĂ©s et cuire 4 Ă 5 minutes â il doit rester nacrĂ© au centre. Ajouter ensuite les gambas dĂ©cortiquĂ©es et cuire 2 minutes, pas une de plus. Incorporer enfin les moules et palourdes dĂ©jĂ cuites et dĂ©coquillĂ©es, simplement pour les rĂ©chauffer 1 minute. Ajuster l'assaisonnement en sel uniquement maintenant, le bouillon ayant concentrĂ© le sel des coquillages.
Disposer au fond de chaque bol profond une ou deux tranches de pain toastĂ© lĂ©gĂšrement frottĂ© Ă l'ail â cette tradition galicienne ancienne permet au pain d'absorber le bouillon et de l'Ă©paissir naturellement. Verser la soupe chaude, s'assurer que chaque bol comporte gambas, moules entiĂšres (quelques-unes avec coquille pour la prĂ©sentation), palourdes et morceaux de poisson. Terminer par une gĂ©nĂ©reuse pluie de persil ciselĂ© et, si dĂ©sirĂ©, un filet d'huile d'olive vierge extra. Servir immĂ©diatement avec du pain de maĂŻs galicien (broa).
Dans la version la plus traditionnelle des abuelas galiciennes cĂŽtiĂšres, le merlu est remplacĂ© par du congre (congrio) qui donne un bouillon plus gĂ©latineux, plus iodĂ© et d'une profondeur incomparable. Le congre se prĂȘte parfaitement Ă une longue cuisson sans se dĂ©faire et colore le bouillon d'une teinte plus ambrĂ©e. Utiliser 300 g de congre en tronçons et 200 g de lotte pour un Ă©quilibre entre profondeur et lĂ©gĂšretĂ©. Cette version, signalĂ©e par la blogueuse galicienne Mar Marcos sur ArtesanĂa Alimentaria comme la recette originale de sa grand-mĂšre, reprĂ©sente la version prĂ©-tourisme de la soupe.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier Ă cuisiner cette recette.
Vous l'avez testée ? Notez-la et partagez votre version : vous aidez l'Atlas à grandir.