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Atlas Culinaire · Costa Rica · Amériques
La grande soupe dominicale tica de tripes de bœuf — mondongo (panse) longuement nettoyé puis mijoté 4 heures avec yuca, pomme de terre, maïs et chayote dans un bouillon tomate-paprika-coriandre. Patrimoine ibéro-andalou et caribéen, réputé contre la gueule de bois.
Plat dominical de fête au Costa Rica, héritage croisé de la cuisine andalouse (callos a la madrileña, callos andaluces) et des techniques afro-caribéennes du littoral atlantique. Inscrite dans la tradition tica depuis l'époque coloniale, la sopa de mondongo est un plat exigeant, qui demande temps, savoir-faire et respect des étapes — c'est pourquoi elle est devenue plat festif et dominical, jamais quotidien. Plusieurs controverses techniques. (1) ORIGINE — TROIS RACINES CROISÉES : l'historienne Marjorie Ross (*Entre el Comal y la Olla*, 2001) identifie trois lignages dans la sopa de mondongo tica. (a) **Racine espagnole** : descendance directe des **callos a la madrileña** (Madrid) et **callos andaluces** (Andalousie), apportés par les conquistadors XVIe siècle. Les callos espagnols utilisent chorizo, jambon, pois chiches — la version tica les a remplacés par yuca, plátano, maïs locaux. (b) **Racine afro-caraïbe** : sur la côte de Limón, l'influence afro-jamaïcaine et garífuna a apporté l'usage du paprika, du piment habanero doux et parfois du lait de coco. (c) **Racine indigène chorotega** : utilisation des tubercules autochtones (yuca, ñampí, ayote). (2) NETTOYAGE DU MONDONGO — RITUEL DE 1H NON NÉGOCIABLE : la **panse de bœuf** (mondongo, tripe en réseau-honeycomb) doit être MÉTICULEUSEMENT nettoyée. Tradition tica = blanchissage répété 3 fois minimum à l'eau bouillante avec citron vert, vinaigre et gros sel pour éliminer toute odeur. Sans ce rituel, la soupe sera marquée par une odeur intestinale insupportable. C'est pour cela que beaucoup de familles ticas achètent désormais le mondongo PRÉ-NETTOYÉ chez le boucher (mondongo limpio). (3) CUISSON LONGUE 3-4H — LE COLLAGÈNE QUI FOND : le mondongo cru est très ferme et caoutchouteux. Seule une cuisson longue à frémissement (3-4 heures minimum) transforme le collagène en gélatine et donne la texture FONDANTE caractéristique. Cocotte-minute possible (1h30 sous pression) mais perte de saveur selon puristes. (4) BOUILLON TOMATE — VS BOUILLON CLAIR : controverse identitaire forte. **Tradition tica de la Vallée centrale** = bouillon ROUGE-ORANGE à la tomate, paprika doux et achiote (rocou). **Tradition limonense (côte caribéenne)** = bouillon plus clair, parfois avec lait de coco. **Tradition campesina ancienne** = bouillon brun très simple, sans tomate. La version moderne dominante = bouillon tomate-paprika. (5) PATA DE RES (PIED DE BŒUF) ENSEMBLE : tradition stricte = ajouter 500 g de **pata de res** (pied de bœuf gélatineux) cuit avec le mondongo pour donner encore plus de gélatine et corps au bouillon. Indispensable selon les puristes. (6) RÉPUTATION ANTI-GUEULE-DE-BOIS — LE 'LEVANTA-MUERTOS' : selon une croyance populaire largement répandue dans toute l'Amérique latine, et particulièrement au Costa Rica, la sopa de mondongo est LE remède universel contre la gueule de bois ('cura la goma', 'levanta-muertos'). Théorie : la cystéine de la tripe + le sel + les électrolytes du bouillon + les vitamines des légumes-racines = combinaison régénératrice après une fiesta. Servie traditionnellement le DIMANCHE MIDI ou MATIN dans les sodas et marchés centraux. (7) ÉPICES TICA — PAPRIKA OUI, PIMENT NON : la sopa de mondongo tica est PARFUMÉE mais pas piquante. Paprika doux, achiote, cumin, coriandre — jamais de piment fort comme dans le mondongo dominicain ou colombien. (8) RIVALITÉ AVEC AUTRES MONDONGOS LATINOS : la sopa de mondongo existe partout en Amérique latine (République dominicaine, Colombie/Antioquia, Pérou, Mexique, Vénézuela). La version tica se distingue par sa **troika de tubercules** (yuca + pomme de terre + chayote), son maïs en troncs et sa douceur épicée — distincte de la version dominicaine (avec chorizo) ou colombienne paisa (avec patacón).
Boisson signature dominicale : **agua dulce** chaude (infusion tapa de dulce et cannelle) ou **fresco de tamarindo** glacé pour la version anti-gueule-de-bois. Pour version festive : bière **Imperial** (la nationale tica, depuis 1888) ou **Pilsen** glacée — la fraîcheur amère équilibre la richesse du bouillon. Vin : peu de tradition, mais un Tempranillo Rioja Reserva ou un Garnacha espagnol soutiennent bien la rusticité ibéro-andalouse du plat. Citron vert pressé à table impératif. Café Tarrazú en finale obligatoire.
8/10 — soupe dominicale festive du Costa Rica, plat exigeant donc préparé surtout en occasion (réunions familiales, dimanches après fiesta, fêtes patronales). Réputation populaire de remède universel anti-gueule-de-bois ('cura la goma', 'levanta-muertos') — servie le dimanche matin/midi dans les sodas et marchés centraux. Sodas emblématiques : Soda La Princesa (Mercado Central San José, depuis 1942), Soda Tala (Mercado Central, depuis 1953), Soda La Casona Cartago. Présent dans les fêtes patronales (turnos) régionales. Variantes régionales : sopa de mondongo josefina (Vallée centrale, classique tomate-paprika), sopa de mondongo limonense (côte caraïbe, avec lait de coco et habanero doux), sopa de mondongo guanacasteca (Pacifique nord, plus de maïs et plátano). Diaspora costaricaine maintient avec ferveur — disponible dans les restaurants ticos de Miami et Madrid.
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Si le mondongo est acheté brut (non pré-nettoyé), couper en gros morceaux carrés de 8 cm. Frotter chaque morceau VIGOUREUSEMENT des deux côtés avec gros sel pendant 5 min — le sel attire les impuretés et l'humidité résiduelle. Rincer abondamment à l'eau froide. Si le boucher l'a fourni nettoyé (mondongo limpio), passer directement à l'étape blanchissage.
Dans une grande marmite, porter 3 litres d'eau à ébullition avec le jus de 2 citrons verts et 100 ml de vinaigre blanc. Plonger les morceaux de mondongo, faire bouillir 5 min — l'eau devient grise. Jeter cette eau, rincer le mondongo. Recommencer une 2e fois avec eau propre, jus 1 citron et vinaigre. Puis 3e fois avec eau propre, bicarbonate (1 c.à.s.) et jus 1 citron. Égoutter, rincer une dernière fois. Le mondongo doit maintenant être blanc-rosé, sans odeur.
Une fois le mondongo nettoyé et refroidi, couper en lanières plus fines (2-3 cm de large × 4 cm de long) — taille bouchée. Couper la pata de res (pied de bœuf) en 6-8 morceaux selon disponibilité. Réserver à part dans un saladier.
Dans la grande marmite (lavée), placer le mondongo découpé et les morceaux de pata. Couvrir de 4 litres d'eau froide. Ajouter 1 oignon coupé en deux, 3 gousses d'ail écrasées, 2 feuilles de laurier, la moitié du bouquet de coriandre, le culantro coyote si disponible, 1 c.à.c. de cumin et 1 c.à.s. de sel. Porter à frémissement DOUX (jamais ébullition forte sinon mondongo dur). Écumer la mousse blanche. Couvrir partiellement et laisser cuire 2h30 à 3 heures à frémissement très doux — le mondongo doit devenir TENDRE et FONDANT, presque comme une pâte de viande.
Pendant la cuisson du mondongo (vers la 2e heure), préparer le sofrito tica. Dans une grande poêle, chauffer 2 c.à.s. d'huile à feu moyen. Faire suer 1 oignon haché et 1 poivron rouge haché 8 min. Ajouter 3 gousses d'ail émincées, 2 c.à.c. de paprika doux, 1 c.à.c. d'achiote (si utilisé), 0.5 c.à.c. d'origan, 0.5 c.à.c. de cumin restant. Cuire 1 min en remuant. Ajouter 500 g de tomates concassées (fraîches ou en boîte), saler légèrement. Mijoter 15 min à feu doux : la sauce épaissit et caramélise.
Quand le mondongo est tendre (après 3h de cuisson lente), verser le sofrito tomate-paprika dans la marmite, mélanger délicatement. Ajouter 1 c.à.s. de vinaigre de canne (touche signature campesina). Goûter le bouillon — rectifier sel et poivre. Le bouillon doit être désormais ROUGE-ORANGE PROFOND, parfumé et corsé. Continuer à mijoter 15 min pour fusion.
Ajouter dans le bouillon les tubercules durs en gros tronçons — yuca (500 g), pomme de terre (500 g), carottes (3). Cuire 25 min à frémissement doux — les tubercules doivent être tendres mais TENIR LEUR FORME, jamais en purée.
Ajouter ensuite les chayotes en quartiers, les troncs d'élote (épis de maïs en rondelles 4-5 cm), et le plátano vert en gros tronçons si utilisé. Cuire encore 15 min — chayote tendre mais entière, maïs gorgé de bouillon.
Couper le feu. Ajouter la moitié restante de coriandre fraîche hachée. Couvrir 5 min — les arômes infusent. Goûter une dernière fois et rectifier sel, poivre, vinaigre selon goût. La soupe doit être généreusement parfumée, robuste, riche.
Servir dans de grands bols creux chauds : louche très généreuse de mondongo + bouillon + tubercules + maïs + chayote. Saupoudrer de coriandre fraîche hachée. Disposer sur la table : grand plat de riz blanc à la tica, panier de tortillas de maïs chaudes, quartiers de citron vert, lamelles d'avocat Hass dans un bol, bouteille de salsa Lizano. Chaque convive presse son citron vert sur sa soupe et compose ses bouchées en alternant cuillères de soupe et bouchées de riz blanc. Servir TRÈS chaud — la gélatine fige rapidement.
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