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Atlas Culinaire · Guadeloupe · Amériques
Le ragoût-mémoire aux trois pois, hommage kréyol aux ancêtres kongo.
Cliquez un ingrédient pour le cocher pendant vos courses.
La veille, mettez bœuf salé et queue de cochon à dessaler dans un grand volume d'eau froide au réfrigérateur en changeant l'eau deux ou trois fois, et faites tremper les pois d'Angole, savon et boucoussou secs dans de l'eau à couvert. On dessale parce que ces viandes de conservation sont saturées de sel qui, sinon, rendrait le bouillon imbuvable ; le trempage réhydrate les pois et raccourcit leur cuisson. Vous saurez que c'est bon quand l'eau des viandes ne pique plus au goût et que les pois ont doublé de volume. Si vous avez oublié, un dessalage express par ébullition de 10 min, eau jetée, rattrape en partie le coup.
Le lendemain, égouttez les viandes, couvrez-les d'eau froide neuve, portez à ébullition puis jetez cette première eau pour éliminer l'excès de sel et les impuretés. Remettez-les dans de l'eau propre avec les feuilles de bois d'inde et laissez frémir : c'est ce premier bouillon qui portera tout le plat. C'est prêt à passer à la suite quand une pointe de couteau entre sans forcer dans la queue de cochon. Si le bouillon reste trop salé, plongez-y une pomme de terre crue qui absorbera une partie du sel, puis retirez-la.
Ajoutez les pois trempés et égouttés dans le bouillon de viande, ou cuisez-les à part si vous préférez maîtriser leur point. Laissez cuire à couvert jusqu'à ce qu'ils soient fondants : le pois d'Angole a un léger goût sauvage qui s'adoucit à la cuisson lente. Ils sont prêts quand un pois s'écrase sans résistance entre deux doigts. S'ils restent fermes et que l'eau baisse, rallongez à l'eau chaude, jamais froide, pour ne pas figer l'amidon.
Faites revenir dans un filet d'huile les cives émincées, les oignons et la moitié de l'ail écrasé jusqu'à ce qu'ils fondent et embaument, puis versez ce fond dans la marmite. Ce geste construit la base aromatique kréyol qui distingue une vraie soupe à Congo d'un simple bouillon de pois. C'est prêt quand les cives sont translucides et l'oignon doré pâle, sans coloration brune. Si ça attache, déglacez avec une louche de bouillon avant d'incorporer.
Réunissez dans la grande marmite le bouillon, les viandes, les pois et le fond aromatique, ajoutez le bouquet garni de thym et persil, les clous de girofle, le céleri et le piment antillais entier et non percé. Laissez mijoter doucement pour que les saveurs se marient et que le bouillon prenne du corps. C'est en bonne voie quand la surface frémit à peine et que l'arôme devient rond et corsé. Surveillez le piment : au moindre doute qu'il puisse éclater, retirez-le.
Ajoutez alors les légumes-pays coupés en gros morceaux : igname, malanga, giraumon, carotte et chou. Mettez d'abord les plus fermes, igname et malanga, puis le giraumon et le chou qui cuisent plus vite. Ils sont cuits quand la pointe du couteau traverse l'igname mais que les morceaux gardent leur tenue, sans se déliter. Coupez ferme et régulier : trop petits, ils fondent et troublent le bouillon.
Pétrissez la farine, une pincée de sel et un peu d'eau en une pâte ferme, roulez de petites boulettes, les dombrés, entre vos paumes et laissez-les pocher dans le bouillon frémissant. Les dombrés gonflent et rassasient, transformant la soupe en repas complet. Ils sont cuits quand ils remontent à la surface et sont fermes à cœur, sans pâte crue au centre. Ne surchargez pas la marmite : trop de dombrés d'un coup fait chuter la température et ils se défont.
Écrasez une louche de pois cuits contre la paroi de la marmite et reversez-la pour lier le bouillon sans farine, puis goûtez et rectifiez sel et poivre seulement maintenant. Cette liaison à l'amidon donne la texture veloutée qui fait dire aux anciens que la soupe « tient ». C'est prêt quand le bouillon nappe la cuillère et qu'une trace au doigt sur le dos de la cuillère tient. Si c'est trop épais, détendez avec un peu de bouillon ou d'eau chaude.
Hors du feu, incorporez le reste d'ail cru écrasé et un trait de citron vert, couvrez et laissez reposer quelques minutes avant de servir bien chaud en assiette creuse. L'ail cru et l'acidité du citron réveillent le plat corsé et tranchent le gras des viandes salées. C'est prêt quand le parfum d'ail frais et d'agrume monte à l'ouverture du couvercle. Ne faites pas rebouillir après le citron : l'acidité cuite devient amère et l'ail perd son mordant.
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Sourcer ou se taire
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