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Atlas Culinaire · Saint-Marin · Europe
Le grand plat de chasse sammarinais : sanglier des forêts du Mont Titano, mariné 24h au Sangiovese di San Marino DOC, braisé 4h avec les aromates du sous-bois (laurier, genièvre, romarin), servi effilé sur pappardelle ou polenta. La version romagnola ajoute un carré de cioccolato fondente en fin de cuisson pour arrondir les tanins du vin.
La principale controverse du stracotto di cinghiale en zone romagnolo-sammarinaise porte sur l'ajout de cioccolato fondente (chocolat noir) en fin de cuisson. Cette pratique, courante en Émilie-Romagne et dans certaines maisons de Saint-Marin, remonte à la tradition toscane-romagnole de l'agrodolce (aigre-doux) appliquée aux viandes de gibier. Les défenseurs du cioccolato affirment qu'il arrondit les tanins durs du vin rouge réduit, ajoute une amertume complexe et une brillance à la sauce sans se sentir «chocolaté» dans l'assiette (10-20g maximum pour 1,5L de sauce). Les opposants — notamment la tradition marchigiane du Montefeltro — considèrent ce rajout comme une trahison de la sobriété de la cuisine de gibier, qui doit laisser parler la viande et le vin. Le chef Luigi Sartini (Casa Sartini, ex-Righi ⭐ Michelin) est connu pour inclure un mince carré de cioccolato fondente 85% dans son stracotto di cinghiale — signe de l'influence romagnole sur la haute cuisine sammarinaise. Deuxième controverse : utiliser le vin de marinade (filtré) pour la cuisson ou du vin frais ? Les puristes utilisent le vin de marinade (il est déjà infusé des aromates 24h) ; les techniciens prefèrent un vin frais car la marinade concentre les tanins amers de la viande de sanglier. La recette sammarinaise de référence utilise le vin frais pour le brasage.
Sangiovese di San Marino DOC Riserva (le même vin utilisé pour la marinade, en bouteille) — accord territorial absolu. Également : Brunello di Montalcino DOCG pour les grands repas de chasse.
8/10 à Saint-Marin — plat de la saison de chasse (automne-hiver) et des grandes occasions. La chasse au sanglier est réglementée en RSM (forêts protégées du Mont Titano). Casa Sartini l'inclut dans son menu de saison. La tradition sammarinaise de la caccia (chasse) est documentée depuis le Statuto di San Marino du XVe siècle.
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Marinade (24h avant) — Préparer la marinade, immerger la viande 24h — Dans un grand plat ou saladier (non métallique — le métal réagit avec l'acidité du vin), mélanger 750ml de Sangiovese di San Marino, le laurier, les baies de genièvre légèrement écrasées, le romarin, 2 gousses d'ail entières et l'oignon tranché. Plonger les morceaux de sanglier dans la marinade — ils doivent être entièrement immergés. Couvrir de film alimentaire et réfrigérer 24h. Retourner les morceaux après 12h si possible. La viande de sanglier sauvage du Mont Titano est plus riche en myoglobine que le porc domestique — son goût « sauvage » prononcé est à la fois son attrait et le défi de sa cuisine. L'acide tartrique du vin rouge dégrade partiellement les fibres musculaires et adoucit ce goût sauvage. La durée de 24h est un minimum : certaines familles sammarinaises marinent 48h pour les pièces plus anciennes (sanglier adulte vs marcassin). La cible après 24h : viande légèrement plus foncée, jus de surface visible (les fibres ont commencé à se relaxer), odeur de gibier atténuée et arômes de vin/genièvre prononcés. Pas de marinade dans un récipient en aluminium ou en cuivre — réaction avec l'acidité du vin qui altère le goût de la viande.
Le pourquoiL'acide tartrique et malique du Sangiovese (pH 3,2-3,5) dégrade les protéines de surface de la viande et réduit l'intensité des composés responsables du goût « sauvage » (skatole, androsténone). C'est la même chimie que la marinade pour les bœufs de boucherie, mais plus intense pour le gibier.
Égouttage et séchage — Égoutter, sécher PARFAITEMENT, saisir en cocotte — Sortir les morceaux de sanglier de la marinade. Filtrer la marinade et réserver le liquide. Sécher chaque morceau PARFAITEMENT avec du papier absorbant — cette étape est critique. Une viande humide ne brunira pas (la vapeur empêche la réaction de Maillard) et finira par bouillir dans son propre liquide au lieu de se caraméliser. Dans une grande cocotte en fonte, chauffer l'huile à feu vif jusqu'à légère fumée. Saisir les morceaux de cinghiale par petites quantités (3-4 morceaux à la fois maximum) — si trop de morceaux en même temps, la température chute et la viande «sue» au lieu de brunir. 3-4 min par face, belle couleur acajou. Ce saisissage est la première des deux grandes réactions de Maillard de ce plat (la seconde vient du vin réduit) — il crée les centaines de composés aromatiques qui fondent le plat en profondeur. Une viande non saisie donne un stracotto pâle et fade même après 4h de cuisson. La cible : morceaux uniformément brunisés, acajou profond, avec une croûte croustillante. Huile légèrement brûnie au fond de la cocotte (c'est bien). Réserver les morceaux saisis sur une assiette.
Le pourquoiLa réaction de Maillard se produit à >140-150°C, impossible si la viande est mouillée (l'eau bout à 100°C, la température de surface reste bloquée à 100°C tant qu'il y a de l'humidité). Sécher parfaitement = surfaces à 140°C+ dès le contact avec l'huile chaude.
Soffritto et déglacage — Soffritto cipolla-carota-sedano, déglacer au Sangiovese — Dans la même cocotte avec les sucs de la viande saisie, ajouter l'huile si nécessaire et faire revenir 2 oignons, 2 carottes, 2 branches de céleri finement émincés à feu moyen-doux, 8-10 min jusqu'à légère caramélisation. Ajouter les 2 gousses d'ail hachées, 1 min. Incorporer le concentré de tomate et cuire 2 min (caramélisation). Déglacer avec les 750ml de Sangiovese FRAIS (pas le vin de marinade) en grattant les sucs caramélisés du fond — ils vont dans la sauce. Ajouter la passata di pomodoro. Remettre les morceaux de viande saisie. Les morceaux doivent être partiellement immergés dans la sauce (pas totalement recouverts — on braise, on ne bouillit pas). L'utilisation du vin FRAIS pour la cuisson (plutôt que le vin de marinade) est la clé sammarinaise : la marinade a absorbé les impuretés de la viande — ses tanins sont devenus âcres. Un Sangiovese frais apporte ses tanins nobles et son fruité intact pour la longue cuisson. La cible : viande et légumes dans une sauce rouge-ambrée, partiellement immergés.
Le pourquoiLes sucs caramélisés (fond de cocotte brun après saisissage) sont des composés de Maillard concentrés — les plus riches en arômes du plat. Le déglaçage au vin les redissoût et les incorpore dans la sauce (réaction de dissolution dans le solvant acide). Une sauce sans ces sucs est nutritive mais pas gourmande.
Cuisson lente — 3-4 heures — Feu très doux, couvert — 180-200°C four ou feu minimum gaz — Couvrir la cocotte hermétiquement. Cuire à feu TRÈS doux sur la cuisinière (le frémissement doit être à peine perceptible — quelques bulles de surface toutes les 3-4 secondes) pendant 3 à 4 heures. Alternativement, enfourner la cocotte couverte à 150°C pendant 3h30. Vérifier toutes les 45 min : remuer doucement et ajouter 100ml de bouillon de bœuf chaud si la sauce réduit trop. La viande est cuite quand elle se défait complètement à la fourchette, sans résistance. L'expression « stracotto » signifie littéralement « trop cuit » — une cuisson délibérément prolongée au-delà du point de cuisson normal pour convertir le collagène (tissu conjonctif dur de l'épaule) en gélatine. Ce collagène gélatinisé est ce qui rend la sauce brillante et crémeuse naturellement, et la viande fondante. Pour que ce processus se produise : température >75°C pendant au moins 2h. En dessous de 75°C, le collagène ne se convertit pas. La cible à 4h : la viande se défait à la fourchette, la sauce est réduite et brillante, légèrement nacrée (signe de gélatine en suspension). Si après 4h la viande résiste encore (sanglier sauvage adulte âgé), ajouter 200ml de bouillon et cuire 30-45 min de plus.
Le pourquoiLe collagène de l'épaule de sanglier (10-15% du poids de la viande) se gélatinise entre 70-80°C après 2h de cuisson — la gélatine libérée épaissit naturellement la sauce et rend les fibres musculaires tendres. La même transformation est impossible à 200°C (le collagène se contracte et durcit).
Effilochage et cioccolato — Effilocher la viande, ajouter le cioccolato (optionnel) — Retirer les morceaux de viande de la sauce avec une écumoire. Sur une planche, effilocher la viande en gros filaments à la fourchette — elle doit se défaire sans effort. Remettre les filaments dans la sauce. Si on prépare la version romagnola : incorporer 20g de cioccolato fondente 85% dans la sauce chaude (hors du feu) en remuant jusqu'à fusion complète. Réchauffer 10 min à feu doux avec les filaments de viande. Rectifier sel et poivre. La sauce doit être dense, brillante et napper uniformément les filaments. L'effilochage transforme le plat de secundo à condimento : les filaments de cinghiale dans la sauce servent aussi de ragù pour napper les pappardelle. C'est la double vie du stracotto sammarinais : plat principal à part entière, mais aussi sauce pour pâtes en version plus modeste. La cible : filaments de viande fondants, enrobés d'une sauce dense et brillante, légèrement nacrée (collagène gélatinisé visible).
Le pourquoi20g de cioccolato fondente 85% dans 1,5L de sauce = 0,5% de concentration — imperceptible au goût comme chocolat, mais ses polyphénols (tanins du cacao) se lient aux tanins rugueux du vin réduit et les arrondissent (interaction physico-chimique des polyphénols). Sauce plus douce, plus brillante, sans goût chocolaté.
Service — Sur pappardelle fraîches ou polenta crémeuse — Cuire les pappardelle all'uovo en eau bouillante salée (3-4 min pour les fraîches). Égoutter en conservant 100ml d'eau de cuisson. Mélanger les pappardelle avec une partie de la sauce au cinghiale (version pasta). Servir dans des assiettes creuses chaudes, napper de sauce supplémentaire, parsemer de pecorino râpé. Pour la version plat principal : servir les filaments de cinghiale et la sauce dans des assiettes creuses chaudes, avec polenta crémeuse ou pain campagnard. La Fête nationale de Saint-Marin (3 septembre) est l'occasion traditionnelle pour ce plat de chasse dans les familles.
Le pourquoiLes pappardelle larges (2cm) sont la pasta idéale pour le ragù de gibier : leur large surface capture les filaments de viande et la sauce épaisse, créant un rapport pasta-sauce équilibré. Des spaghetti ou des pâtes fines seraient submergés par la sauce dense.
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