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Atlas Culinaire · Îles Féroé · Europe
Seul oiseau chassé sur les falaises de Mykineshólmur, le fou de Bassan (grásúla) livre une chair rouge sang dense au goût puissant d'anchois — rôti simplement, le sommet du terroir sauvage féroïen
La chasse à la súla sur Mykineshólmur cristallise une tension bien documentée entre conservation et tradition dans les Îles Féroé. En 2014, l'association Sea Shepherd publie le rapport "The Other Slaughter in the Faroe Islands: the Mass Bird Killings" (seashepherd.org, 26 septembre 2014), dénonçant la chasse aux oiseaux marins — dont la súla — comme pratiquée "pour des raisons culturelles et récréatives plutôt que de subsistance", dans un contexte d'effondrements reproducteurs documentés depuis 2004 à travers toute la Scandinavie. Sea Shepherd pointe l'absence de statistiques de chasse aux Féroé, rendant impossible toute évaluation de durabilité. En face, la communauté de Mykines défend une tradition ancrée dans la légende des Trois Cadeaux : la súla est le seul cadeau encore présent aujourd'hui sur l'île, précisément parce que "personne n'a jamais mal parlé du fou de Bassan" (visitvagar.fo, "The Three Gifts for Mykines"). Le chef Poul Andrias Ziska (KOKS, 2 étoiles Michelin 2017-2022) a tranché différemment du côté culinaire : plutôt que la cuisson traditionnelle au sel et à l'eau bouillante héritée de la chasse de subsistance, il poêle le filet de súla rosé, l'accompagne de pétales de rosier confits, de baies de sureau et d'une sauce betterave-poivre de Sichuan (TL Magazine, koks.fo) — repositionnant un oiseau de falaise en produit gastronomique d'exception. Point tranché : environ 600 súlur sont chassées annuellement sur Mykineshólmur (trap.fo, "Birds on the Faroe Islands"), toutes issues d'une colonie d'environ 1 200 couples nicheurs — volume que l'UICN classe l'espèce en LC (Least Concern) à l'échelle mondiale, mais que les défenseurs de l'environnement jugent préoccupant à l'échelle locale.
Bière brune Föroya Bjór Blábjalla (Klaksvík) — l'amertume torréfiée contre-balance la puissance iodinée de la chair. En version non alcoolisée : jus de cassis dilué froid, dont l'acidité fruité nettoie le gras marin. Éviter le vin blanc sec qui entre en compétition avec les notes d'anchois — un rouge léger et tannique (Pinot Noir frais, 12°) fonctionne si l'on tient à un accord vin.
La súla (Morus bassanus, fou de Bassan) est chassée exclusivement sur Mykineshólmur, l'îlot le plus à l'ouest des Féroé, unique site de nidification du fou de Bassan dans tout l'archipel. La colonie compte environ 1 200 couples nicheurs. Chaque automne (fin août — début septembre), les hommes de Mykines descendent en cordes (bjargalína) sur les falaises ou utilisent la fleygastong (longue perche à filet) pour capturer les juvéniles (grásúla — "súla grise", en référence au plumage juvénile encore tacheté). Environ 450 à 600 oiseaux sont capturés annuellement. La légende des Trois Cadeaux de Mykines — relatée sur visitvagar.fo — raconte que le géant Tórur Rami offrit à l'île trois cadeaux (le baleineau, le bois flotté, et le fou de Bassan), chacun disparaissant si les habitants en disaient du mal. Seule la súla est encore là, car "nul habitant de Mykines n'a jamais mal parlé du fou de Bassan." Cette relation culturelle unique explique pourquoi la chasse y est perçue non comme une prédation mais comme un droit naturel sacré entre l'île et son oiseau. Aujourd'hui, une partie de la récolte est vendue aux restaurants gastronomiques de Tórshavn et aux chefs de la nouvelle scène féroïenne, apportant des revenus à la communauté insulaire de Mykines (moins de 20 habitants permanents).
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Si l'oiseau est entier : plumer à sec (ne pas ébouillanter — la graisse sous-cutanée fond à la chaleur et imprègne les plumes, rendant le plumage impossible). Éviscérer proprement, rincer à l'eau froide. Lever les deux filets (suprêmes) en longeant la carène du sternum au couteau désosseur. Retirer la peau épaisse et grasse : la passer sous la chair avec les doigts, inciser en bout, tirer d'un mouvement sec — elle vient d'un bloc. Les filets doivent être d'un rouge très foncé, quasi violet. Éponger soigneusement avec du papier absorbant : l'humidité en surface empêche la réaction de Maillard.
Assaisonner les filets côté chair de sel marin fin, poivre noir fraîchement moulu. Laisser reposer à découvert 10 minutes sur une grille — le sel commence à dégorger légèrement l'humidité de surface, ce qui sera absorbé avant saisie. Préchauffer le four à 180°C chaleur tournante. Mettre les pommes de terre (robe des champs si non cuites) et les quartiers d'oignon dans un plat avec une noix de beurre ou talg — enfourner pour 35 minutes.
Pendant le repos des filets, vérifier les pommes de terre au four (35 min total). Préparer le chou : blanchir les feuilles 3 minutes dans l'eau bouillante salée, égoutter, essorer dans un torchon. Dans une poêle, faire fondre 15 g de beurre à feu moyen, ajouter le chou, sel et poivre, sauter 4-5 minutes jusqu'à légère coloration. Réserver au chaud. Garder les pommes de terre au four jusqu'à la fin de la cuisson des filets.
Faire chauffer une poêle en fonte ou inox épais à feu maximum pendant 2 minutes — elle doit fumer légèrement. Ajouter 20 g de beurre (ou talg) et laisser mousser puis dorer. Déposer les filets de súla côté chair (le côté le plus plat, sans peau) vers le bas. Ne pas toucher pendant 3 minutes : une croûte brune se forme. La chair doit rougir en remontant sur les côtés. Retourner à la pince et saisir côté opposé 2 minutes.
Transférer immédiatement la poêle au four à 180°C (ou déposer les filets dans un plat chaud). Cuire 6 à 8 minutes selon l'épaisseur des filets. Mesurer la température à cœur avec un thermomètre sonde : arrêter à 52°C pour rosé, 55°C pour médium (ne jamais dépasser). Retirer du four, couvrir lâchement d'un papier d'aluminium sans emballer hermétiquement (la vapeur ramollirait la croûte). Reposer 5 minutes.
Cette étape est optionnelle mais transforme le plat. Mixer les betteraves cuites avec une cuillère d'eau et le poivre de Sichuan jusqu'à purée très lisse. Passer au tamis fin si disponible. Faire chauffer doucement dans une casserole 5 minutes, ajuster sel et poivre. La purée doit être fluide mais nappante. Chauffer les baies de sureau ou airelles dans une petite casserole avec une cuillère de miel d'acacia 3 minutes jusqu'à légère gélification.
Trancher chaque filet de súla en 3-4 médaillons en biais (comme un magret) pour révéler la tranche rosée. Disposer sur assiette chaude. Déposer les pommes de terre rôties et le chou sauté. Napper légèrement de sauce betterave (si utilisée) sur le côté — ne pas couvrir la chair. Déposer quelques baies de sureau ou airelles sur et autour de la viande. Servir sans délai : la súla refroidit rapidement et doit être mangée dans la minute suivant le dressage.
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Sourcer ou se taire
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