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Atlas Culinaire · Madagascar · Afrique
La plante des 50 000 cueilleuses malgaches, du remĂšde Ă la marmite â talapetraka sautĂ©e Ă l'ail
La tension entre le statut de remĂšde et celui d'aliment du talapetraka (Centella asiatica) est au coeur d'un dĂ©bat ethnobotanique qui traverse Madagascar depuis les annĂ©es 1940. Le Pr Albert Rakoto Ratsimamanga â docteur en sciences et en mĂ©decine, formĂ© Ă l'Institut Pasteur de Paris â a isolĂ© en 1942 les principes actifs de la plante pour crĂ©er le MadĂ©cassol, mĂ©dicament cicatrisant international brevetĂ©, transformant une brĂšde de case en molĂ©cule pharmaceutique exportĂ©e (source : nofi.media, 2015). Ce succĂšs scientifique a paradoxalement relĂ©guĂ© le talapetraka dans la catĂ©gorie "mĂ©dicament" au dĂ©triment de sa rĂ©alitĂ© alimentaire quotidienne : dans la rĂ©gion d'Alaotra-Mangoro, des familles la mĂ©langent au riz ou la font sauter avec de l'ail depuis des gĂ©nĂ©rations, un usage que ni les sites culinaires malgaches ni la littĂ©rature pharmaceutique ne documentent sĂ©rieusement (source : peopleandplants.org, uebt.org). L'UEBT (Union for Ethical BioTrade) et L'OrĂ©al, dont le projet Solidarity Sourcing mobilise 3 006 femmes dans les districts de Fierenana et Ambatondrazaka depuis 2016, ont rationalisĂ© la filiĂšre vers l'export cosmĂ©tique, amplifiant cette invisibilisation culinaire â pendant que 50 000 cueilleuses, payĂ©es sous le SMIG malgache, rĂ©coltent une plante qu'elles cuisinent elles-mĂȘmes le soir avec du riz.
Vary fotsy (riz blanc nature) · Bouillon de zĂ©bu lĂ©ger · Eau chaude citronnĂ©e (non alcoolisĂ© â contexte familial quotidien)
6/10 â Plante connue de tous les Malgaches pour ses vertus mĂ©dicinales (tisane, cataplasme), mais son usage culinaire comme brĂšde sautĂ©e est documentĂ© principalement dans les foyers ruraux de la rĂ©gion Alaotra-Mangoro et peu mis en avant dans les recettes malgaches publiĂ©es ; source : UEBT / peopleandplants.org confirment l'usage alimentaire traditionnel ('mixed and eaten with rice')
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SĂ©lectionnez uniquement les jeunes feuilles rondes de talapetraka, de moins de 3 cm de diamĂštre â elles sont plus tendres et moins amĂšres que les grandes feuilles adultes. Retirez soigneusement les tiges Ă©paisses en laissant les pĂ©tioles fins. Plongez les feuilles dans un grand bol d'eau froide, agitez pour dĂ©loger la terre, Ă©gouttez dans une passoire et renouvelez l'eau une fois. Laissez reposer 2 minutes dans la passoire â un excĂšs d'eau dans la poĂȘle stĂ©riliserait le sautĂ© en cuisson vapeur.
Ămincez finement l'oignon en demi-rondelles. Ăcrasez les gousses d'ail au plat du couteau puis Ă©mincez-les en fines lamelles â cette double action libĂšre mieux les composĂ©s soufrĂ©s que l'ail pressĂ©. Coupez la tomate en dĂ©s de 1 cm. Si vous utilisez le gingembre, rĂąpez-le finement sur une rĂąpe fine ou Ă©crasez-le au mortier avec une pincĂ©e de sel.
Chauffez l'huile dans un wok ou une grande sauteuse Ă feu vif jusqu'Ă ce qu'elle scintille lĂ©gĂšrement. Ajoutez l'oignon et faites-le revenir 3 minutes en remuant, jusqu'Ă ce qu'il commence Ă dorer sur les bords. Ajoutez l'ail et, si dĂ©sirĂ©, le gingembre rĂąpĂ©. Continuez Ă remuer 1 Ă 2 minutes : l'ail doit prendre une lĂ©gĂšre coloration dorĂ©e mais pas brĂ»lĂ©e. Une lĂ©gĂšre fumĂ©e est normale â c'est cette caramĂ©lisation qui donne la saveur signature des brĂšdes malgaches.
Ajoutez les dĂ©s de tomate dans la poĂȘle et mĂ©langez vigoureusement. Laissez cuire 2 minutes en pressant lĂ©gĂšrement les dĂ©s avec la spatule pour qu'ils rendent leur jus et forment un fond de sauce lĂ©gĂšre. La tomate agit comme liant et apporte l'aciditĂ© qui contre-balance l'amertume naturelle du talapetraka. Ne cherchez pas Ă obtenir une sauce Ă©paisse â une base humide et aromatique suffit.
cuisson flash â Versez les feuilles de talapetraka Ă©gouttĂ©es en une seule fois dans la poĂȘle. MĂ©langez rapidement avec la spatule pour bien enrober chaque feuille des aromates. Couvrez 1 minute pour crĂ©er une mini-Ă©tuve qui affaisse les feuilles, puis ĂŽtez le couvercle et continuez Ă sauter Ă feu vif 3 Ă 4 minutes en remuant sans cesse. Les feuilles doivent flĂ©trir, perdre les 2/3 de leur volume et prendre une teinte vert foncĂ© mais rester lĂ©gĂšrement croquantes â elles ne doivent pas devenir molles et brunes.
Retirez la poĂȘle du feu. GoĂ»tez et ajustez le sel â commencez par une demi-cuillĂšre Ă cafĂ© et goĂ»tez Ă nouveau. Les brĂšdes centelle se servent immĂ©diatement, chaudes, dans un bol ou sur le cĂŽtĂ© du riz blanc. Le plat ne supporte pas d'ĂȘtre rĂ©chauffĂ© : les feuilles continuent Ă cuire et perdent toute texture. Servez le riz blanc nature (vary fotsy) sĂ©parĂ©ment â la tradition malgache est de manger le riz et les brĂšdes dans le mĂȘme bol en les mĂ©langeant Ă la cuillĂšre.
Les brĂšdes centelle ne se consomment jamais seules comme plat principal â elles sont systĂ©matiquement servies en accompagnement du vary fotsy (riz blanc nature cuit Ă l'eau). La ration standard par personne est une grosse cuillerĂ©e de brĂšdes pour un bol de riz. Dans les familles, les brĂšdes centelle peuvent ĂȘtre accompagnĂ©es d'un bouillon de zĂ©bu lĂ©ger (rĂŽ) versĂ© sur le riz. Certaines familles des hauts plateaux ajoutent Ă©galement quelques crevettes sĂ©chĂ©es (chevaquines) dans les brĂšdes pour en renforcer l'umami.
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Sourcer ou se taire
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