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Atlas Culinaire · La Réunion · Afrique
La pâte sablée fondante garnie de confiture de goyave rose des hauts de l'île, dessert incontournable des dimanches créoles.
La grande question qui divise les familles réunionnaises est celle de la confiture : goyave rose (Psidium cattleianum, plus parfumée et acidulée, dominante à la Plaine des Palmistes) ou goyave blanche (plus douce, moins colorée) ? La cuisinière créole Marie-France Payet, primée à la Fête des Goyaviers de la Plaine des Palmistes, défend mordicus la goyave rose : « sans la couleur bordeaux et le parfum sauvage, c'est une tarte fade, pas une tarte créole. » Deuxième débat fondamental : la pâte. La tradition ancienne préfère la pâte brisée sèche, héritée de la pâtisserie française coloniale ; la génération actuelle préfère la pâte sablée fondante enrichie au beurre de qualité, jugée plus gourmande et plus résistante à l'humidité de la confiture. Troisième controverse : l'ajout d'une couche de crème pâtissière à la vanille Bourbon sous la confiture, pratique des pâtissiers de Saint-Denis qui s'affrontent avec les familles des hauts n'utilisant que la confiture pure, estimant que la crème masque le goût du fruit.
Rhum arrangé aux goyaviers 974 (Recettes de Papounet, juin 2026), thé du Tampon ou tisane citronnelle réunionnaise
La confiture de goyavier est l'une des confitures les plus produites et consommées à La Réunion, avec environ 200 tonnes de fruits transformés chaque année à la seule Plaine des Palmistes (source : OT Est Réunion). La Fête des Goyaviers, qui a tenu sa 38e édition en 2026, attire des milliers de visiteurs et célèbre la cueillette familiale dans les hauts. La tarte goyave reste un dessert du dimanche familial plutôt qu'un dessert de restaurant, car la confiture maison, bien que emblématique, est longue à préparer.
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Rincer les goyaves et les couper en quartiers sans les éplucher. Les placer dans une casserole avec les 150 ml d'eau, couvrir et cuire à feu moyen pendant 25 à 30 minutes jusqu'à ce que les fruits soient complètement ramollis et commencent à se défaire ; on perçoit un parfum floral et acidulé puissant qui envahit la cuisine. Passer l'ensemble au moulin à légumes (grille fine) ou au chinois en pressant bien pour extraire toute la pulpe rosée tout en laissant derrière pépins durs et peaux : c'est l'étape clé qui détermine la texture finale de la confiture.
Reverser la pulpe dans la casserole propre, ajouter le sucre de canne, le jus de citron vert et la gousse de vanille fendue et grattée. Porter à ébullition à feu vif en remuant constamment, puis réduire à feu moyen-doux et cuire 30 à 40 minutes en écumant régulièrement ; la confiture doit passer d'une couleur saumon clair à un rose soutenu tirant sur le bordeaux, signe de caramélisation partielle des sucres. Tester la prise : déposer une goutte sur une assiette froide, elle doit figer en quelques secondes et ne pas s'étaler — si elle coule librement, poursuivre la cuisson 5 minutes supplémentaires.
Dans un grand bol, mélanger la farine tamisée, le sucre glace et le sel. Ajouter les dés de beurre froid et travailler du bout des doigts — pas avec les paumes — en pinçant et en frottant pour obtenir une texture de miettes de pain grossières ressemblant à du sable humide ; l'opération ne doit pas dépasser 2 minutes pour ne pas faire fondre le beurre avec la chaleur des mains. Incorporer l'oeuf battu et le zeste de citron vert, rassembler en boule sans trop pétrir : la pâte doit être homogène mais légèrement collante, c'est normal.
Envelopper la pâte dans du film alimentaire et réfrigérer 30 minutes minimum — jusqu'à 2 heures — pour permettre au beurre de se raffermir et à la farine d'absorber l'humidité, deux conditions essentielles pour éviter le rétrécissement à la cuisson. Étaler ensuite la pâte froide entre deux feuilles de papier sulfurisé sur 3 à 4 mm d'épaisseur, la déposer dans un moule à tarte beurré de 26 cm, piquer le fond à la fourchette toutes les 2 cm et replacer 15 minutes au frigo avant la cuisson.
Préchauffer le four à 180°C (chaleur tournante). Couvrir le fond de tarte d'une feuille de papier sulfurisé et lester avec des billes de cuisson ou des haricots secs, puis enfourner 15 minutes ; le fond doit commencer à dorer sur les bords mais rester pâle au centre. Retirer le papier et les billes, remettre 5 minutes à découvert pour sécher légèrement le fond : il doit être légèrement doré et sec au toucher, garantie que la confiture humide ne le détrempe pas.
Étaler la confiture de goyave bien froide (ou à température ambiante) sur le fond de tarte précuit, en couche généreuse et régulière de 1 à 1,5 cm d'épaisseur, en laissant 1 cm de bord libre. Avec les chutes de pâte sablée, rouler des boudins de 5 mm de diamètre et les disposer en treillis croisé sur la confiture, en appuyant légèrement aux extrémités pour les souder à la pâte du bord ; badigeonner le treillis au pinceau avec le jaune d'oeuf dilué dans une cuillère à café d'eau pour une belle dorure.
Enfourner à 170°C pour 25 à 30 minutes ; surveiller attentivement : la pâte sablée dore plus vite que la pâte brisée et peut brunir rapidement en fin de cuisson. La tarte est prête quand le treillis présente une belle couleur caramel doré, que les bords sont uniformément bronzés, et que la confiture forme de légères bulles nacrées autour des bandes de pâte — signe qu'elle a légèrement caramélisé sans brûler. Laisser refroidir complètement dans le moule avant de démouler : la confiture est liquide à chaud et la tarte se tient uniquement froide.
À la sortie du four, saupoudrer délicatement de sucre glace à travers un tamis fin dès que la tarte est tiède — pas brûlante — pour que le sucre adhère et forme une fine pellicule nacrée sur la confiture. Laisser refroidir complètement à température ambiante (minimum 1 heure) : la confiture de goyave, riche en pectine naturelle, se raffermit en refroidissant et la tranche se coupe nettement. Servir en parts épaisses accompagnées d'un rhum arrangé aux goyaviers ou d'un thé du Tampon pour un final 100% réunionnais.
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Sourcer ou se taire
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