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Atlas Culinaire · Malaisie · Asie
Une coque feuilletée pâle qui s'effrite au premier contact, un cœur de haricots mungo salé-sucré parfumé à l'échalote frite — le biscuit que l'on rapporte de Penang, et dont personne ne s'accorde sur le nom.
On lit partout que le « biscuit de Tambun » viendrait de Bukit Tambun, gros bourg de la Province Wellesley sur la partie continentale de l'État de Penang, et l'hypothèse est si répandue qu'elle figure dans la plupart des guides.
Or le portail officiel MyPenang, édité côté État de Penang, rapporte le démenti d'un descendant de troisième génération de la maison Him Heang, dans des termes qui ne laissent pas de place au doute : « Some say the biscuits originate from Tambun on the mainland but it's rubbish.
My grandfather just decided to call it that.
» Le grand-père en question est nommé : Seow Oh Thor, fondateur de Him Heang en 1948, dont le même descendant dit qu'« he was very creative and came up with the original Tambun biscuit which is smaller than the tau sar pneah » — le tambun biscuit ne serait donc pas un biscuit venu de Tambun, mais une version réduite du tau sar pneah, baptisée ainsi par fantaisie commerciale.
Ce démenti ouvre immédiatement une seconde querelle, celle de l'antériorité : la maison Ghee Hiang, dont le portail MyPenang et l'entreprise elle-même datent la fondation de 1856 — un maître pâtissier venu du Fujian pendant la ruée sur l'étain et le caoutchouc de la Malaya coloniale — revendique d'avoir introduit le tau sar pneah à Penang près d'un siècle avant Him Heang, et la plupart des enseignes ultérieures descendent d'elle, soit par la famille soit par d'anciens ouvriers.
Reste un troisième point, plus concret que les deux premiers pour qui achète : le saindoux.
Le portail MyPenang signale noir sur blanc que le tau sar pneah de Ghee Hiang n'est pas halal, ce qui exclut de fait une part de la clientèle malaisienne d'un produit vendu comme le souvenir de Penang ; d'autres maisons ont tranché autrement, à commencer par Cheong Kim Chuan, installée à Penang depuis 1937 et certifiée halal, qui fabrique un tau sar piah sans graisse de porc.
Le biscuit le plus consensuel de Penang est donc, dans le détail, un objet de désaccord sur son nom, sur son inventeur et sur sa graisse.
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Faites tremper les haricots mungo décortiqués une nuit entière dans une grande quantité d'eau froide, puis égouttez-les et cuisez-les à la vapeur trente à quarante minutes, jusqu'à ce qu'un grain s'écrase sans résistance entre deux doigts. Écrasez-les immédiatement au presse-purée ou passez-les au mixeur pour obtenir une purée d'un jaune pâle uniforme, puis remettez-la dans une poêle large à feu moyen avec le sucre, le sel et le poivre blanc, et desséchez-la en remuant sans arrêt. Vous verrez la purée passer de crémeuse à mate, puis se rassembler en une masse compacte qui se décolle du fond en un bloc — c'est exactement le point recherché. La cible est une pâte assez ferme pour être roulée en boules qui gardent leur forme sur la planche. Si elle reste molle et colle aux doigts, poursuivez le desséchement : une farce trop humide fera gonfler puis éclater le biscuit à la cuisson.
Le pourquoiLe desséchement fait deux choses : il évapore l'eau libre, ce qui abaisse l'activité de l'eau de la farce et empêche celle-ci de ramollir la coque par migration d'humidité pendant le stockage ; et il fait rétrograder l'amidon du haricot, qui se restructure en un gel ferme et modelable au refroidissement.
Émincez les échalotes rouges le plus finement possible, à la mandoline si vous en avez une, puis faites-les frire dans l'huile froide que vous montez progressivement à feu moyen. Elles vont d'abord bouillonner bruyamment, puis le bruit se calme à mesure que l'eau s'en va, et c'est à ce moment qu'il faut surveiller la couleur seconde par seconde. Retirez-les à l'écumoire dès qu'elles sont blond noisette, jamais brunes, et étalez-les sur du papier absorbant : elles continueront de foncer et de croustiller hors du feu. Filtrez l'huile parfumée et incorporez-en soixante grammes environ à la purée de haricots encore tiède, en même temps que les échalotes frites concassées grossièrement. Goûtez : la farce doit être franchement salée-sucrée, avec l'oignon en arrière-plan et non en avant. Si elle vous semble plate, c'est le sel qui manque, pas le sucre.
Le pourquoiLa friture douce déshydrate l'échalote puis la brunit par réaction de Maillard entre ses sucres et ses acides aminés soufrés, ce qui engendre les thiols et les thiophènes responsables de l'odeur d'oignon frit. Ces molécules sont liposolubles : elles migrent massivement dans l'huile, d'où l'importance de récupérer celle-ci.
Le feuilletage chinois ne se fait pas comme le feuilletage français : au lieu d'enfermer une plaque de beurre dans une détrempe, on prépare deux pâtes distinctes que l'on emboîte l'une dans l'autre. Pour la pâte à l'eau, travaillez la farine T55 avec le saindoux, le sucre et l'eau froide jusqu'à obtenir une pâte souple, lisse et légèrement élastique, du type de celle d'une pâte à nouilles tendre. Pour la pâte grasse, mélangez simplement la farine faible et le saindoux du bout des doigts, sans ajouter la moindre goutte d'eau, jusqu'à une masse homogène, mate et sableuse qui se tient quand on la presse. Filmez les deux et laissez reposer vingt minutes à température ambiante. Les deux pâtes doivent avoir à ce moment la même fermeté sous le doigt : si la pâte grasse est nettement plus molle, mettez-la dix minutes au frais, faute de quoi elle percera sa gaine au premier coup de rouleau.
Le pourquoiLa pâte à l'eau contient l'eau et le gluten : c'est elle qui apporte l'extensibilité et la cohésion. La pâte grasse, sans eau, est incapable de former du gluten et reste friable. En les superposant par laminage, on obtient une alternance de couches hydratées et de couches grasses ; à la cuisson, la vapeur des couches hydratées pousse, la graisse imperméabilise et sépare, et le feuilletage se forme.
Aplatissez une boule de pâte à l'eau dans la paume, posez au centre une boule de pâte grasse, refermez la pâte à l'eau par-dessus en pinçant la soudure, et roulez pour obtenir une petite boule parfaitement close. Posez-la soudure vers le haut et abaissez-la au rouleau en une bande allongée que les livres chinois appellent une langue de bœuf, « 擀开成牛舌状 », puis enroulez-la sur elle-même du haut vers le bas. Laissez reposer quinze minutes sous un linge, puis recommencez : aplatissez le rouleau dans la longueur, étirez-le à nouveau en bande, enroulez-le encore. Ce sont ces deux tours qui créent la spirale — c'est très exactement le même principe que celui du karipap pusing, le chausson au curry spiralé de Malaisie, où le motif tourbillonnant reste apparent sur le produit fini. Laissez reposer une dernière fois quinze minutes avant de farcir. Si la pâte grasse transperce et fait une tache huileuse, la pâte à l'eau était trop sèche : pincez la déchirure, laissez reposer plus longtemps et abaissez plus doucement.
Le pourquoiChaque tour de laminage double le nombre d'interfaces entre pâte hydratée et pâte grasse. Deux tours en spirale produisent plusieurs dizaines de feuillets concentriques. Le repos entre les tours permet au réseau de gluten de la pâte à l'eau de se relâcher : une pâte qui se rétracte sous le rouleau est une pâte qui déchirera ses couches.
Divisez la farce en boules de vingt grammes environ et roulez-les entre les paumes. Prenez un rouleau de pâte, écrasez-le du plat de la main puis abaissez-le en un petit disque en travaillant du centre vers les bords, de manière à garder le centre un peu plus épais. Posez une boule de farce au milieu, remontez la pâte tout autour avec le pouce et l'index en tournant la boule dans la paume, comme on ferme une aumônière, puis pincez et arrachez l'excédent au sommet. Retournez la boule soudure vers le bas sur la plaque et aplatissez-la doucement à la paume jusqu'à un disque de cinq centimètres environ et deux centimètres de haut. La cible est un biscuit dont la pâte est également répartie tout autour de la farce : si la lumière laisse voir la farce par transparence quelque part, la coque cédera là. Une pâte percée se rattrape en prélevant une pastille sur un autre pâton et en la collant sur le trou, côté soudure.
Le pourquoiGarder le centre du disque plus épais compense l'étirement subi par la pâte au moment de l'enveloppement : au terme du façonnage, l'épaisseur redevient uniforme. C'est ce qui permet d'obtenir une coque régulière sans zone de faiblesse.
Diluez une pointe de colorant rouge alimentaire dans quelques gouttes d'eau, trempez-y un tampon en bois — ou, à défaut, le bout d'un bouchon de liège gravé, voire simplement le manche d'un pinceau — et marquez le sommet de chaque biscuit d'une empreinte franche et sèche. C'est la signature visuelle du tau sar pneah, portée par toutes les maisons de Penang, et elle sert historiquement à identifier le fabricant et le parfum. Parsemez ensuite quelques graines de sésame blanc sur le dessus, comme le fait Him Heang : la tradition chinoise décrit ce geste en trois mots, « 表层再撒上一些芝麻籽 ». Le sésame n'a pas ici de rôle structurel, il apporte une note grillée à la première bouchée. Si votre colorant est trop liquide et bave, épongez-le : une empreinte floue est le signe d'un tampon trop chargé.
Le pourquoiL'empreinte est un marquage, pas un décor. Dans le commerce du biscuit de Penang, où plusieurs dizaines de maisons produisent le même objet, le tampon distingue les fabricants et, sur les gammes modernes, les parfums — c'est l'équivalent d'un cachet de boulanger.
Enfournez à mi-hauteur dans un four préchauffé, chaleur voûte et sole, à 170 °C, et comptez vingt-cinq à trente minutes — c'est la température et la durée que donnent les recueils chinois pour ce type de feuilletage au saindoux. Contrairement à un feuilleté européen, ce biscuit ne doit surtout pas prendre de couleur : la coque cuite reste ivoire, à peine beige sur les arêtes, et c'est ainsi qu'on la reconnaît. Vous verrez la pâte se soulever et le feuilletage s'ouvrir en écailles fines à mi-cuisson. Retournez la plaque à quinze minutes pour égaliser. La cible est un biscuit qui sonne creux et léger quand on le soulève, et dont la base est sèche. Si les biscuits ont éclaté par le dessous en laissant s'échapper la farce, c'est que celle-ci était trop humide : le prochain lot demandera cinq minutes de desséchement supplémentaires.
Le pourquoiLe feuilletage se développe grâce à la vapeur libérée par la pâte à l'eau, qui pousse les feuillets séparés par le saindoux fondu. Une température modérée laisse à cette vapeur le temps d'agir avant que la surface ne se fixe. Monter le four accélérerait le brunissement de Maillard en surface et scellerait la coque avant l'expansion, ce qui donne un biscuit dense et coloré au lieu d'un biscuit pâle et feuilleté.
Laissez refroidir complètement sur grille, à nu, sans les toucher : la coque est extrêmement fragile à chaud et la moindre manipulation la fait s'écailler. Il faut compter une bonne heure pour qu'ils atteignent la température ambiante à cœur. Ce n'est qu'ensuite que l'on peut les ranger, et il faut le faire dans une boîte hermétique, en une seule couche si possible, séparés par du papier. Fabriqués sans conservateur — c'est la fierté revendiquée par Him Heang, dont les biscuits sont cuits chaque jour et vendus dans son unique boutique de Jalan Burma — ils se gardent une à deux semaines et perdent surtout leur croustillant, pas leur goût. Si la coque a ramolli, cinq minutes à 150 °C la ressuscitent presque intégralement.
Le pourquoiLe croustillant tient à la présence de zones vitreuses très sèches dans la coque. Elles sont hygroscopiques : dès que l'humidité relative dépasse un certain seuil, elles plastifient et la texture passe de cassante à souple. La boîte hermétique bloque cet échange, mais seulement si l'air enfermé est déjà sec — donc si les biscuits sont froids.
Marquez-la cuisinée : elle entre dans votre journal, vous rapporte des points d'explorateur.
Sourcer ou se taire
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