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Atlas Culinaire · Singapour · Asie
Riz blanc garni de huit à douze légumes sautés finement hachés, de tofu frit, de radis mariné, de cacahuètes et de crevettes séchées, servi avec un bol de bouillon vert obtenu en broyant au mortier basilic thaï, menthe, feuilles de thé vert, mugwort et graines de sésame — plat cérémoniel et médicinal des Hakka He Po (河婆), arrivé à Singapour avec les vagues migratoires du XIXe siècle et devenu l'un des rares plats hawker singapouriens reconnus au Guide Michelin.
La principale controverse autour du Lei Cha singapourien oppose deux thèses sur l'origine géographique et la composition du plat : d'une part, le Johor Kaki Food Blog (TL Lim, octobre 2021) affirme, en s'appuyant sur des entretiens avec des hawkers Hakka de Singapour, que le Lei Cha est un plat exclusivement He Po Hakka (河婆, de la région de Jiexi, Guangdong), distinct du 擂茶 continental pratiqué à Jiangxi et Hunan où le thé broyé se boit seul, sans riz ni garnitures, et que le terme 'Thunder Tea Rice' est une invention singapourienne des années 2000 — la marque Thunder Tea Rice ayant été fondée en 2002 à Singapour. D'autre part, une seconde controverse, documentée par le guide Michelin Singapour (article 'What is Thunder Tea Rice', 2023) et le site Mothership.SG (mai 2022, portrait de Mr. Wong de Thunderbolt Tea), porte sur la légitimité de la version végétarienne : les stalls traditionnels comme Traditional Hakka Lui Cha (Jurong West 505 Market — seul stall Lei Cha au Michelin Guide Singapore en 2025) incluent des crevettes séchées et des anchois (ikan bilis) dans les garnitures, considérés comme fondamentaux à l'umami du plat par le patron M. Chang (Hepo Hakka de souche), tandis que les cafés véganes comme Sunnychoice (Bugis) et de nombreux stalls urbains ont entièrement supprimé ces ingrédients au profit de champignons, une substitution que les Hakka orthodoxes contestent comme une dénaturation commerciale du plat. Troisième point tranché : le nom même — le blog Johor Kaki établit que Lei (擂) signifie 'broyer' en hakka et que la traduction 'Thunder' (雷, même romanisation en mandarin) est une homophonie accidentelle perpétuée depuis au moins 2002, sans rapport avec la foudre ni avec une quelconque légende de médecin militaire — une autre légende populaire mais non sourcée.
Chrysanthème froid (菊花茶, chrysanthemum tea glacé) — accord hawker cantonais-hakka classique qui contrebalance l'amertume herbacée du bouillon Lei Cha et rafraîchit le palais entre les bouchées ; thé pu-erh (普洱茶) chaud en alternative digestive qui se marie avec les notes végétales du basilic et de la menthe broyés ; eau chaude nature (白開水, baak hoi séoi) selon la tradition médicinale hakka originelle ; Tiger Beer (5°) dans les stalls non-halal pour couper l'intensité herbacée du bouillon vert.
Le Lei Cha (Thunder Tea Rice) bénéficie depuis 2020 d'une popularité en forte hausse à Singapour, tirée par la tendance cuisine santé et végétarienne. Selon le Michelin Guide Singapore 2025 (danielfooddiary.com, avril 2025), Traditional Hakka Lui Cha au Jurong West 505 Market & Food Centre est le seul stall Lei Cha reconnu au Guide Michelin Singapore — une distinction notable pour un plat longtemps marginal et peu connu hors de la communauté Hakka He Po. Le Singapore Tourism Board (STB) a classé le Lei Cha parmi les 'iconic hawker dishes' dans sa communication 2022-2024 sur le patrimoine hawker singapourien (inscrit à l'UNESCO en 2020). L'enseigne Thunder Tea Rice (fondée 2002, 5 outlets en 2026) et Thunderbolt Tea (recette de 100 ans, selon Mothership.SG, mai 2022) ont largement contribué à populariser le plat auprès des Singapouriens non-Hakka. Selon SingaporeCalorie.com, un bol standard pèse environ 400 g avec une estimation de 400-450 kcal — positionnement 'healthy hawker' très différent du char kway teow (800+ kcal) ou du laksa (650+ kcal). Note de popularité 7/10 : croissance rapide, mais encore considéré comme un plat de niche par rapport aux grands classiques hawker (chicken rice, laksa, char kway teow).
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Laver tous les légumes et les herbes abondamment à l'eau froide. Sécher les herbes (basilic, menthe, coriandre) entre deux torchons propres — l'humidité résiduelle dilue la pâte d'herbes et rend le broyage plus difficile. Couper les haricots longs en rondelles de 5 mm, émincer le chou chinois grossièrement en morceaux de 2 cm, effeuiller les épinards ou le kangkong. Couper le tofu ferme (tau kwa) en dés de 1 cm, le déposer sur du papier absorbant et tamponner pour enlever l'excès d'humidité — fondamental pour une dorure nette à la poêle. Réhydrater les crevettes séchées dans de l'eau tiède 15 min, égoutter. Rincer abondamment le chai poh (radis mariné) à l'eau froide 2-3 fois, essorer entre les mains, réserver. Faire griller les cacahuètes à sec dans une poêle 8-10 min à feu moyen jusqu'à coloration dorée uniforme ; réserver 10 g en entières pour la garniture, concasser grossièrement les 30 g restants pour la pâte. Cuire le riz par absorption (riz + eau 1:1.5, couvrir, feu vif jusqu'à ébullition puis feu très doux 12 min, laisser reposer couvert 10 min hors feu).
Utiliser un grand mortier en terre cuite (suribachi ou mortier à granit de 20-25 cm de diamètre) ou un mortier à épices profond. Procéder dans l'ordre strict : (1) Broyer d'abord les graines de sésame grillées et les grains de poivre jusqu'à obtenir une pâte grossière crémeuse (2-3 min) — les huiles libérées créent le fond lubrifiant. (2) Ajouter les cacahuètes concassées, broyer 1 min pour les réduire en morceaux fins mais non en pâte (texture recherchée : granuleuse, pas lisse). (3) Ajouter les feuilles de thé vert sèches, broyer 2 min jusqu'à ce qu'elles soient finement broyées et intégrées. (4) Ajouter les herbes tendres : basilic, menthe, coriandre — broyer en mouvement circulaire lent pendant 5-8 min jusqu'à obtenir une pâte verte dense et parfumée. (5) Ajouter l'huile de sésame et le sel, broyer 1 min final pour lier. La pâte doit être vert vif, épaisse (consistance d'un pesto dense), parfumée mais non liquide. On peut utiliser un blender pour 30 secondes si le mortier n'est pas disponible, mais la texture sera différente — plus lisse, moins texturée.
Chauffer 1 c.à.s. d'huile dans un wok ou une grande poêle à feu vif jusqu'à légère fumée. Sautér les dés de tofu ferme en une seule couche sans remuer pendant 2 min jusqu'à face inférieure dorée, retourner et dorer encore 1-2 min l'autre face. Réserver dans un bol. Dans le même wok (ajouter un filet d'huile si nécessaire), sautér les crevettes séchées réhydratées à feu moyen-vif 2-3 min jusqu'à légère coloration et parfum iodé libéré. Réserver. Sautér le chai poh (radis mariné essoré) à feu moyen 2 min jusqu'à légèrement sec et légèrement caramélisé sur les bords. Réserver. Ces trois éléments sont sautés séparément car leurs temps de cuisson et leur teneur en eau sont très différents.
Sautér chaque légume séparément dans le wok avec un filet d'huile à feu très vif (pour éviter la détrempe). Haricots longs : 3-4 min jusqu'à légèrement croquant et points bruns apparus. Choux chinois (pak choy / choy sum) : 1,5-2 min en remuant constamment — les tiges d'abord 30 secondes, puis les feuilles. Épinards ou kangkong : 1-2 min à feu très vif jusqu'à légèrement tombés mais encore verts. Saler légèrement chaque légume en fin de cuisson. Réserver chaque légume dans un bol individuel (ils ne doivent pas se mélanger à ce stade — le hawker les dispose séparément sur le riz pour un effet visuel coloré). Simultanément, frire les ikan bilis dans 2 cm d'huile à 170°C pendant 2-3 min jusqu'à dorés et croustillants ; égoutter sur papier absorbant.
Pour chaque portion : déposer environ 150 g de riz cuit chaud dans un grand bol creux ou une assiette profonde. Avec le dos d'une cuillère, former une légère coupelle au centre du riz pour recevoir le bouillon. Disposer les garnitures en petits tas séparés sur le riz, en quartiers distincts (comme les tranches d'une orange) : tofu doré, crevettes séchées sautées, chai poh caramélisé, haricots longs, chou sauté, épinards, ikan bilis croustillants. Déposer les cacahuètes entières grillées et les graines de sésame blanches par-dessus. Réserver le centre du bol pour le bouillon. La présentation en quartiers colorés (vert, jaune, brun, blanc) est la signature visuelle du Lei Cha hawker.
Juste avant le service (ne jamais préparer le bouillon à l'avance) : prélever 3-4 c.à.s. de pâte d'herbes dans un bol ou un pot de service individuel. Verser 150 ml d'eau chaude à 70-80°C (jamais ébullition) en filet fin sur la pâte en mélangeant activement avec une baguette ou une petite cuillère pour dissoudre la pâte progressivement. Le bouillon doit être vert vif, légèrement trouble, avec des particules d'herbes en suspension — c'est la texture normale et souhaitée. Goûter : il doit être herbacé, légèrement amer (thé), savoureux (sésame, cacahuètes), avec une note fraîche de menthe en finale. Rectifier en sel si nécessaire. Ajuster la concentration selon le goût (plus d'eau pour un bouillon plus léger, moins pour plus intense).
Placer le bol de riz garni et le bol de bouillon Lei Cha vert côte à côte sur le plateau. Le Lei Cha se mange de deux façons selon la préférence : (A) verser une partie du bouillon directement sur le riz garni pour obtenir un 'riz-soupe', mélangeant les herbes à toutes les garnitures — c'est la façon traditionnelle des hawkers He Po et de Traditional Hakka Lui Cha (Jurong West) ; (B) alterner des bouchées de riz et des gorgées de bouillon séparément — méthode préférée de certains nouveaux stalls et cafés santé urbains qui veulent préserver les textures croustillantes des ikan bilis et cacahuètes. Les deux façons sont légitimes selon les sources (Michelin Guide SG, Johor Kaki). Servir immédiatement — le bouillon tiédit rapidement et les légumes sautés perdent leur croquant.
Le Lei Cha est l'un des plats hawker singapouriens les plus facilement adaptables : (Version végétarienne/végane) : omettre les crevettes séchées et les ikan bilis, remplacer par des shiitake séchés réhydratés sautés (2 min à la poêle) et des dés de champignons pleurotes sautés — l'umami iodé est partiellement remplacé par l'umami des champignons. Ajouter quelques gouttes de sauce soja (tamari pour la version sans gluten) dans le bouillon. (Version sans arachides) : remplacer les cacahuètes par des graines de tournesol grillées ou des graines de courge pour la pâte — la texture du bouillon sera différente mais acceptable. (Légumes) : la liste des garnitures est totalement flexible — les stalls singapouriens varient selon la saison : carotte râpée et sautée, chou-fleur haché, brocoli émincé, maïs doux, haricots mungo germés sont tous utilisés.
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