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Atlas Culinaire · Trinité-et-Tobago · Amériques
Le curry qui ne ressemble Ă aucun curry indien â pas de tomate, pas de feuille de curry, pas de lait de coco : du chadon beni, de l'amchar masala, et une pĂąte de curry qu'on fait coller au fond de la marmite avant d'y jeter le poulet
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DĂ©coupe le poulet en morceaux de taille rĂ©guliĂšre, avec l'os et la peau. Frotte-le Ă©nergiquement au citron vert coupĂ©, ou Ă la farine, puis rince Ă l'eau froide et sĂšche soigneusement. Ă Trinidad, ce nettoyage n'est pas facultatif : il fait partie de la dĂ©finition mĂȘme de la prĂ©paration du poulet, dans toutes les communautĂ©s de l'Ăźle. Il retire les rĂ©sidus de surface et l'odeur de volaille crue, et le sĂ©chage qui suit conditionne toute la rĂ©ussite du bhunjay â un poulet mouillĂ© ferait chuter la tempĂ©rature de la pĂąte de curry.
Hache ou mixe grossiĂšrement le chadon beni, trois gousses d'ail, les cives, le thym, les pimentos et la moitiĂ© de l'oignon â c'est le **green seasoning** trinidadien, base de toute la cuisine de l'Ăźle. MĂȘle-le au poulet avec le sel, le poivre et l'amchar masala. Couvre et laisse mariner au frais **au moins trois heures**, idĂ©alement toute une nuit. Felix Padilla est catĂ©gorique sur ce point : tout le secret d'un bon curry chicken tient Ă l'assaisonnement et Ă la durĂ©e de marinade, pas Ă la cuisson.
Chauffe l'huile Ă feu moyen dans une marmite Ă fond Ă©pais. Jette les graines de cumin entiĂšres et attends qu'elles crĂ©pitent et embaument, une trentaine de secondes. Ajoute alors la poudre de curry et remue sans arrĂȘt : elle va absorber l'huile, foncer, et dĂ©gager un parfum tout autre que celui de la poudre crue. C'est le dĂ©but du **bhunjay**, le geste central du curry trinidadien.
Ajoute l'oignon restant et les deux gousses d'ail écrasées, et continue de remuer. La pùte va épaissir et commencer à accrocher au fond de la marmite : c'est exactement le repÚre que donne Felix, on cuit « until it gets sticky in the pot ». Ajoute alors une cuillÚre d'eau, gratte vigoureusement le fond pour décoller les sucs, et laisse re-sécher. RépÚte deux fois. Chaque cycle caramélise davantage les épices et construit la couleur brun-orange profonde du curry de roti shop.
Jette le poulet mariné dans la marmite et remue vigoureusement pour que chaque morceau soit enrobé de pùte de curry. Monte le feu, couvre, et laisse cuire cinq minutes SANS ajouter une goutte d'eau. Le poulet va rendre son propre jus, qui va déglacer le fond et devenir la base de la sauce. C'est le second point sur lequel Felix insiste : on laisse le poulet mijoter dans ses propres sucs avant tout apport extérieur. Le liquide qui sort est concentré et gélatineux, sans commune mesure avec de l'eau.
Ajoute maintenant l'eau chaude, juste assez pour arriver Ă mi-hauteur des morceaux, et dĂ©pose le Scotch bonnet **entier** Ă la surface, sans l'entailler. Couvre et laisse mijoter Ă feu doux quinze Ă vingt minutes, jusqu'Ă ce que le poulet soit tendre et que la sauce ait Ă©paissi. Le piment entier libĂšre son parfum fruitĂ© dans le bouillon sans jamais rendre le plat brĂ»lant â c'est une technique caribĂ©enne classique. Retire-le avant de servir, ou laisse-le entier pour ceux qui voudront l'Ă©craser dans leur assiette.
GoĂ»te et ajuste le sel. Si le curry manque de profondeur, ajoute une demi-cuillĂšre d'amchar masala **maintenant**, jamais dans l'huile du bhunjay : ses graines sont dĂ©jĂ grillĂ©es et elles brĂ»leraient instantanĂ©ment. Termine par une pincĂ©e de chadon beni fraĂźchement hachĂ© jetĂ© hors du feu. Laisse reposer cinq minutes couvert avant de servir â un curry qui repose s'homogĂ©nĂ©ise et la sauce Ă©paissit encore un peu.
Sers le curry chicken brĂ»lant, dans un plat creux, avec un **buss up shut** dĂ©chirĂ© en lambeaux, un dhalpuri, ou du riz blanc. Dans un roti shop de Tunapuna ou de Chaguanas, on l'emballe dans une grande dhalpuri repliĂ©e en paquet, avec du channa et de l'aloo â et on mange Ă la main, debout. Ă la maison, on pose la marmite au milieu de la table et chacun se sert. Un bol de dhal et un riz complĂštent le repas indo-trinidadien classique.
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Sourcer ou se taire
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