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Atlas Culinaire · Singapour · Asie
Beignet de lentilles Tamil frit jusqu'au croustillant doré, épicé de cumin et de piment vert — snack sacré des temples hindous de Little India devenu icône populaire de tous les hawker centres singapouriens.
La grande controverse du vadai singapourien tourne autour de sa forme canonique et de sa base légumineuse : doit-on utiliser l'urad dal (mungo décortiqué, base du medu vadai en anneau) ou le chana dal (pois chiche cassé, base du paruppu vadai plat) ? L'article de Singapore Infopedia publié par la National Library Board en décembre 2014 documente explicitement deux types de vadai coexistant à Singapour depuis l'arrivée des tamouls : « one made from soaked lentils pressed into a ball shape and then deep fried, and another version made from a fermented lentil batter moulded into a doughnut shape before deep frying. » Le chef Devagi Sanmugam, « Spice Queen of Singapore » et autrice de Indian Heritage Cooking (Marshall Cavendish, 2011, ISBN 9789814346450), défend fermement le paruppu vadai au chana dal comme la forme la plus répandue dans les temples et hawker stalls tamils de Singapour — son argument : le chana dal, plus commun et moins cher que l'urad dal, a historiquement dominé les préparations de rue. En revanche, la version singapourienne la plus médiatisée depuis les années 1980 est le prawn vadai (medu vadai en anneau d'urad dal surmonté d'une crevette entière), popularisé par Mdm Jumana Rani qui rappelle dans une interview Makansutra (2021) : « My mother sold it and said it is created in Singapore » — positionnant le prawn vadai comme une invention locale des années 1950-1960 à Farrer Park. Cette dualité est tranchée par la pratique des temples hindous de Singapour (Sri Veeramakaliamman Temple, Sri Srinivasa Perumal, Serangoon Road) qui utilisent exclusivement l'urad dal pour les offrandes prasadam rituelles, l'urad dal étant considéré de valeur spirituelle supérieure dans la tradition shaivite tamil.
Teh tarik sucré ou filter coffee tamoul (kopi tarik) — le tanin de la liqueur de thé fort équilibre le gras de la friture ; accompagner de chutney de coco fraîche ou sambar de lentilles pour les temples et cafétérias tamiles.
Le vadai est l'un des snacks tamils les plus présents dans les hawker centres de Singapour, vendu dans quasiment tous les Indian food stalls du pays. La communauté indienne représente 9,0% de la population singapourienne (recensement 2020, Singapore Department of Statistics), dont environ 60-70% d'origine tamoule — soit environ 350 000 personnes dont le vadai constitue un repère alimentaire quotidien depuis le XIXe siècle. Le Tekka Centre (Buffalo Road, Little India) reste l'épicentre du vadai à Singapour, avec plusieurs stalls proposant vadai chaud dès 6h30 du matin pour le petit-déjeuner des ouvriers tamils. La version prawn vadai singapourienne a été propulsée sur la scène internationale par The Original Vadai (outlets à Amoy Street Food Centre, Golden Mile Food Centre et Joo Chiat), fondé par Mdm Jumana Rani dont la recette familiale remonte aux années 1950 à Farrer Park. Time Out Singapore et Daniel Food Diary ont tous deux couronné The Original Vadai comme meilleure adresse vadai de Singapour en 2021. Les temples hindous de Singapour (Sri Veeramakaliamman Temple à Serangoon Road, fondé en 1855 ; Sri Srinivasa Perumal Temple, fondé en 1855) distribuent du medu vadai comme prasadam (offrande aux dévots) lors des grandes fêtes comme Thaipusam et Deepavali.
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Rincer l'urad dal sous l'eau froide jusqu'à ce que l'eau soit claire, en frottant légèrement les grains entre les mains pour retirer l'excès d'amidon. Placer dans un grand bol, couvrir de 3 fois le volume en eau froide et laisser tremper 4 à 6 heures à température ambiante — ou 8 heures si la pièce est climatisée. Les grains doivent doubler de volume et devenir tendres sous la pression des doigts mais sans se désintégrer. Si vous utilisez également le chana dal, tremper séparément 2 heures. Un trempage insuffisant (moins de 3 heures) produit une pâte trop dense ; un trempage excessif (plus de 8 heures) la rend trop aqueuse.
Égoutter l'urad dal trempé dans une passoire fine en secouant bien pour retirer le maximum d'eau — la quantité d'eau résiduelle dans le dal détermine la consistance finale de la pâte. Verser dans un blender puissant ou robot de cuisine. Mixer d'abord 30 secondes à vitesse haute sans ajouter d'eau. Si le blender bloque, ajouter 1 à 2 c.à.s. d'eau froide UNIQUEMENT — pas plus. Mixer 2 à 3 minutes en arrêtant régulièrement pour racler les bords avec une spatule. La pâte idéale est épaisse et collante, légèrement granuleuse (pas parfaitement lisse), d'un blanc ivoire. Pour tester : déposer une cuillère à soupe dans un verre d'eau froide — si la pâte flotte, elle contient assez d'air pour des vadai légers. Si elle coule, continuer à mixer 1 minute.
Transférer la pâte dans un grand bol en inox. Toaster les graines de cumin à sec dans une petite poêle 1 minute sur feu moyen jusqu'à ce qu'elles soient parfumées et légèrement colorées. Ajouter à la pâte : oignon émincé, piments verts hachés, gingembre râpé, cumin toasté, poivre concassé, asafoetida et feuilles de curry déchirées en petits morceaux. NE PAS ajouter le sel maintenant. Mélanger énergiquement avec une cuillère en bois ou avec les mains mouillées pendant 2 à 3 minutes jusqu'à incorporation uniforme de tous les aromates. La pâte doit être collante mais manipulable avec les mains légèrement mouillées. Ajouter le sel en dernier, mélanger rapidement et façonner immédiatement — le sel fait rendre de l'eau à la pâte si on attend.
Verser l'huile dans une casserole à fond épais (wok en acier ou casserole profonde de 24cm minimum) sur une profondeur d'au moins 5cm. Chauffer sur feu moyen-vif pendant 5 à 7 minutes. Tester la température avec un thermomètre de cuisine : l'idéal est 175°C à 180°C. Sans thermomètre, tester avec une pincée de pâte : elle doit monter à la surface en 2 secondes en formant des bulles régulières. Si elle monte immédiatement en bouillonnant violemment, l'huile est trop chaude (baisser le feu, attendre 2 minutes). Si elle coule au fond et remonte lentement, l'huile est trop froide (attendre encore).
Mouiller les deux mains dans un bol d'eau froide. Prélever environ 2 c.à.s. de pâte (50g) et la poser dans la paume de la main gauche (ou droite si gaucher). Aplatir légèrement en disque de 7 à 8cm de diamètre et 1cm d'épaisseur. Avec l'index de l'autre main mouillé, percer un trou central de 2cm de diamètre en tournant l'index pour agrandir progressivement. Le trou doit traverser complètement la pâte — c'est lui qui garantit une cuisson uniforme à cœur. Transférer délicatement le vadai dans la paume de la main et le glisser doucement dans l'huile chaude en approchant la main au plus près de la surface de l'huile pour éviter les éclaboussures.
Glisser 3 à 4 vadai dans l'huile à 175°C en les déposant sans les faire se toucher. Les vadai vont d'abord couler légèrement puis remonter à la surface après 30 secondes — c'est le signal que la pâte est assez aérée. Frire 2 minutes sur la première face sans toucher — la croûte dorée se forme. Retourner délicatement avec une écumoire et frire 2 minutes supplémentaires sur l'autre face. La couleur cible est brun doré profond et uniforme des deux côtés. Retirer avec l'écumoire et égoutter sur du papier absorbant posé sur une grille (pas directement sur le papier pour éviter la condensation). Répéter pour les fournées suivantes.
Dans un petit blender, mixer 80g de noix de coco fraîche râpée avec 1 piment vert, 1 c.à.c. de gingembre frais, 0.5 c.à.c. de sel et 3 à 4 c.à.s. d'eau froide jusqu'à obtenir une pâte crémeuse. Goûter et ajuster sel et piment. Pour la touche finale : chauffer 1 c.à.s. d'huile dans une petite casserole, ajouter 0.5 c.à.c. de graines de moutarde noire — attendre qu'elles éclatent — puis 3 feuilles de curry et une pincée d'asafoetida. Verser ce tadka (tempérage) en crépitant directement sur le chutney et mélanger. Cette technique du tadka est la signature aromatique des cuisines tamoules de Singapour.
Disposer les vadai chauds sur une grande assiette ou une feuille de bananier (traditionnelle dans les restaurants tamils de Little India). Servir immédiatement avec le chutney de coco en petit bol séparé et le sambar chaud dans une tasse. Le rituel traditionnel du petit-déjeuner tamoul singapourien est de tremper le vadai dans le sambar chaud jusqu'à ce qu'il soit légèrement ramolli mais encore croustillant à l'extérieur — la combinaison des textures est la signature de ce plat. Pour le prawn vadai singaporien (variante), poser une crevette entière décortiquée et assaisonnée au sommet du vadai cru avant de le glisser dans l'huile.
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